‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 47 sur 232 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Fin de l'histoire de M. Desprez.

« Quand mes yeux se rouvrirent, je me trouvai clans ma tente, étendu sur la même natte qui me servait autrefois de couche. Laobé était assise à côté de moi ; tout ce qui m'était arrivé me parut un rêve ; mais les premiers mots que m'adressa la sultane dissipèrent cette illusion. « Ingrat , vous avez voulu me quitter , le Prophète vous en a puni. Je me vengerai en consacrant ma vie à faire votre bonheur. » « Où est ma femme ? w m'écriai-je.

«Elle n'est plus, recueillez vos souvenirs : oubliez-vous votre fuite dans le désert? Quand nous vous avons trouvés, nous vous avons cru morts tous deux : jugez de ma douleur. Si j'avais bien fait, j'aurais suivi le conseil que donnent les guéhués aux jeunes femmes qui leur demandent un charme pour toucher le cœur d'un ingrat ami; j'aurais recueiUi dans un vase d'or toutes

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les larmes que tu m'as fait verser -, j'aurais exposé ce mystère pendant toute une nuit aux influences de la lune, et je t'aurais fait boire le charme pendant ton sommeil.

«Que sont devenus, m'écriai-je encore, les restes de ma femme ? »

« Ils sont déposés , répondit-elle , dans la grotte du marabout qui demeure dans le bois de palmiers à l'entrée dfi désert. Elle tenait entre les mains un signe de ta religion que j'ai conservé. Sidi-Gana, le plus instruit de nos marabouts , m'a assuré que ce serait entre les miennes un charme auquel rien ne pourrait résister. Sans doute elle s'en servait pour garder ton amour : car toute morte qu'elle était, sa main glacée tenait ce mystère appuyé sur ton cœur. »

« Donnez-le moi , lui dis-je , je vous en conjure; dégagez votre esprit de ces folles superstitions. Cet objet n'a d'autre puissance que de rappeler aux chrétiensla foi dans laquelle ils ont été élevés. S'il devenait un talisman pour vous, ce ne serait que pour attirer sur votre tête

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quelque vengeance de la profanation commise par une infidèle sur l'image du vrai Dieu. J'y attache d'autant plus de prix que c'est le seul souvenir qui me restera de cet être angélique dont vous avez causé la mort, »

« A ces derniers mots, Laobé offensée se leva précipitamment et sortit de sa tente : peutêtre avait-elle voulu me cacher les pleurs que lui arrachait un mouvement de jalousie.

« Je tombai gravement malade ; les fatigues que j'avais éprouvées , le regret déchirant de la mort de ma femme, le chagrin de me retrouver captif des Maures, tout cela, mêlé à un incroyable dégoût de la vie, amena une fièvre inflammatoire qui faillit être mortelle. Je ne saurais vous dire avec quel dévouement cette pauvre Mauresse , qui s'était prise de passion pour moi , me soigna durant cette longue maladie. Pendant le jour elle ménageait un peu les apparences et donnait quelques heuresaux fonctions du commandement; mais elle passait toutes les nuits à mon chevet.

« J'avoue que je ne pus m'empëcher d'être

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