‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 66 sur 232 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Où l'on apprend quel homme était M. le comte du Loiret.

Je trouvai le comte occupé dans son cabinet à écrire un discours qu'il devait prononcer , ce jour-là, devant le sénat. Il s'agissait de délibérer, dans le sein de cette assemblée , sur un projet de décret , ordonnant une nouvelle levée de cent mille hommes. A cette époque, l'empire commençait à pencher sous son propre poids, mais rien ne trahissait encore un déclin, si ce n'est la fatale nécessité de toujours vaincre pour se maintenir. Napoléon se disposait à cette grande expédition contre la Russie, dont

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l'issue a été pour l'armée française l'immortalité dans la souffrance. Les corps de l'État délibéraient pour la forme sur la levée d'hommes demandée. Le sénat se distinguait surtout par une servilité poussée jusqu'au point d'étonner le maître lui-même. Le seul changement que cette assemblée se permît d'apporter aux projets de décrets dans lesquels l'empereur consignait ses vœux, c'était d'accorder plus qu'il n'avait demandé.

Le discours que M. le comte du Loiret était en train de composer, lorsque j'arrivai chez lui, aboutissait à une conclusion de ce genre. L'empereur demandait cent mille hommes : il proposait de lui en accorder le double. Il exprimait en outre l'idée d'imposer aux citoyens eux-mêmes un service militaire actif, de les partager en trois bans, et de les substituer pour la défense du territoireaux troupes envoyées pour soutenir au loin l'honneur de nos armes. Il avait fait là-dessus la plus belle prose du monde. Au moment où son valet de chambre m'introduisit dans son cabinet , il se promenait de long en

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