‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 71 sur 232 · LIVRE II, CHAPITRE III. l · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE III. l

que j'en fais , c'est pour l'amour de sa gloire et de sa sûreté. Oui , l'admiration de son génie est chez moi une idolâtrie; le zèle pour la stabilité de son règne , une religion ; l'ardeur de voir tous ses ennemis confondus et anéantis, un vrai fanatisme. Voilà ce qui ennoblit les services que j'ai consenti à rendre à son gouvernement. Ne rae suppose pas l'ame assez basse pour obéir à un vil intérêt; ce que je reçois d'une main, je le dépense de l'autre; et le mobile qui me pousse est tellement étranger à tout calcul sordide, que je me suis à moitié ruinée au service de notre auguste et bien-aimé souverain. Crois-tu que, sans l'attachement profond que je lui ai voué, je consentirais à vendre mes yeux et mes oreilles à l'état, à épier les démarches et à noter les moindres paroles des personnes que je reçois chez moi ou qui m'admettent chez elles, à profiter de l'abandon, abuser de la confiance, trahir l'amitié? Le rang auquel je suis élevée par la position de mon mari ne suffirait-il pas pour contenter mon ambition ? Va, celle qui te parle n'est pas un vil espion, mais une Française qui

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ne coiiuait rien près de son amour pour la grandeur de la France et pour la gloire de l'empereur. La preuve que je méprise l'argent et que je ne pourrais songer sans horreur qu'on me jugeât guidée par l'appât d'une telle récompense, c'est que je renonce désormais à toute indemnité de ce genre. Porte cette nouvelle à ton mari , et ajoute que, pour prix de tous les soins que j'ai pris jusqu'à présent, de tous les sacrifices que j'ai faits, de tous les dangers que j'ai courus, et de toute la peine que je consens à me donner encore dans le même but, je me borne à demander la promotion de mon mari au titre de duc ; dis-lui bien que le rang de duchesse me suffira. »

Ici la conversation se fit à voix plus basse : je ne pus entendre la réponse. Les deux dames se levèrent , et celle qui avait parlé la dernière dit alors tout haut :

« C'est convenu, je t'attends aujourd'hui à diner : nous avons un assez grand nombre de convives, et entre autres mon vieux duc royaliste. »

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