LIVRE II, CAAPITRE III
cheminée, une somme de trente mille francs en billets de banque? »
« Ton mari m'en avait promis le double, si je pouvais attirer chez moi un certain duc du faubourg Saint- Germain , dont Sa Majesté désirait connaître les dispositions. J'ai réussi; mais comment suis-je arrivée à mes fins? par une suite de grands dîners , à chacun desquels il n'y avait pas moins de quarante personnes , et de féîes, dont la première m'a coûté seule un bon tiers de cette malheureuse somme dont tu fais parade. Je pourrais te le prouver pièces en main. »
« Elle était fort belle , j'en conviens. C'est à cette fête que la ridicule marquise , tu sais ce que je veux dire, celle du faubourg Saint-Honoré, qui avait ce soir-là dans sa jolie bouche plusieurs dents toutes neuves , a fait tant d'agaceries au vieux duc en question, et, en l'empéchant de causer avec toi , a failli rendre infructueuses les énormes dépenses que tu avais faites. Cependant tu n'avais mis qu'un buffet ; il n'y avait pas de souper. »
l34 ALPHONSE DORIA.
«Oui, mais quel service! tous les fruits de l'été au mois de mars. )i
« Puis ton salon , je te parle en amie , n'était pas assez éclairé. »
« Pas assez! avec cent vingt bougies! c'est peut-être parce qu'il est tendu en rouge? Rien n'éteint la lumière comme cette maudite couleur. Je changerais demain mes draperies, si j'avais un sou vaillant. «
« Je t'avouerai aussi que mon mari n'a pas trouvé tes derniers rapports assez détaillées. On y trouve beaucoup de répétitions sur les cancans usés du faubourg Saint-Germain; mais de ce qui regarde les liaisons d'un personnage dangereux avec l'ambassade d'Autriche, pas un mot. Or, tu n'ignores pas quel prix Sa Majesté, qui est à la veille d'entreprendre une campagne dans le Nord , attache à être informée des secrètes intentions du cabinet de Vienne. »
« Si vous n'êtes pas satisfaits de toutes les clartés que vous recevez de moi , je renonce à la tâche dont je m'étais chargée par dévouement aux intérêts de l'empereur; car tout ce