CHAPITRE IV
De la difficulté qu'eut Alphonse à se tirer de ce mauvais pas .
Au même instant, M. du Loiret entra; il était rasé, habillé, parfumé; une perruque grise habilement faite essayait de le rajeunir de dix
ans ; il portait l'uniforme brodé d'or de sénateur, et tenait à la main un claque noir à plumes blanches. C'était vraiment un petit sénateur impérial fort coquettement ajusté pour son âge. Je ne pus m'empécher de songer, lorsque je le vis paraître, à la carmagnole et au bonnet rouge qu'il avait portés dans un autre temps. Il me demanda d'un air empressé la copie qu'il m'avait donné à faire ; force me fut de répondre qu'elle n'était pas encore commencée.
« Qu'est-ce que cela veut dire ? » s'écria-t-il en levant les bras d'étonnement , ce qui amena la chute de son chapeau, que je m'empressai de ramasser. « A quoi donc avez-vous passé votre temps? et moi qui suis déjà en retard pour la séance du sénat! Il faudra que je lise mon discours sur un brouillon tout raturé, ou bien que je l'improvise; ce que je ferais aisément, si j'avais seulement le temps de le lire deux ou trois fois ; mais les minutes me sont comptées. Jeune homme! jeune homme ! vous ne me répondez pas? pourquoi ne vous étes-vous pas acquitté du travail que je vous avais confié? »