‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 80 sur 232 · LIVRE II, CHAPITRE VI. t/jQ · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI. t/jQ

à découvert; un coup d'œil que je jetai sur mon miroir, avant de sortir, me rendit assez content de ma personne. A cette époque, ma taille droite et élancée ne perdait pas une ligne de ses cinq pieds six pouces, et je n'étais pas un cavalier de trop mauvaise mine.

Je ne savais trop quel motif donner à M. Desprez pour justifier ma visite. Par bonheur, je rencontrai M. Estève, mon dernier maître de peinture.

« Transfuge du plus beau des arts, déserteur du pinceau, vous voici donc, s'écria-l-il ; ce sera pour moi le sujet d'un étonnement qui ne finira qu'avec ma vie , qu'il se soit rencontré sur la terre un jeune homme doué de véritables dispositions pour la peinture , et ayant goûté la vie d'artiste , qui ait renoncé à l'une et abandonné l'autre. Mais la vie d'artiste, mon cher, c'est le combat du soldat , l'intérêt du joueur, le transport de l'amant, l'oubli, la gloire, les fleurs , les précipices , c'est tout enfin. »

Après m'avoir fait subir une longue tirade de ce genre, il m'avoua que tous ses meubles ve-

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liaient d'être saisis et qu'il ne savait où aller coucher, la nuit suivante :

« Je vais faire , ajouta-t-il en faisant sonner son éperon sur la dalle du trottoir , une partie de chasse à deux lieues d'ici ; et ce soir j'irai, dans un grenier que me prête un de mes amis, achever un tableau dérobé à mes créanciers : c'est ce qui me servira à les payer. » Il me donna une poignée de main et après m'avoir dit encore, (c Tu as tourné le dos au plaisir, sinon à la fortune, » il me quitta en fredonnant un air de l'opéra de Fanchon.

J'oubliais de dire qu'au moment de nous séparer, il m'avait appris que M. Desprez était malade. Cette circonstance me fournissait une raison toute naturelle d'aller rendre mes devoirs au père de la belle Mauresse. Je le trouvai très souffrant : il fut très sensible à ma visite , que je lui dis avoir été déterminée par la nouvelle que venait de me donner M. Estève. Je demandai comment se portait mademoiselle Dagana : « Pas trop bien , me réponditil; cette pauvre enfant a une imagination si

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