LIVRE II, CHA.PITRE VII. j
rivale ; pardonnez-lui ; qu'il ne soit pas dit que mon amour l'ait conduit à la mort. » Et la jeune fille me prenait les mains et les couvrait de ses larmes, employant dans ses prières tout ce que la passion pouvait lui inspirer de plus propre à m'attendrir.
(c Mais je sentais la nécessité d'un exemple rigoureux : le devoir militaire me rendit inflexible. La seule faveur que je lui accordai fut un dernier adieu à son amant.
« Je me recouchai assez agité de cette scène ; je ne pus trouver le sommeil, et j'entendis avec assez d'émotion au point du jour le bruit d'une décharge de mousqueterie annonçant que l'arrêt était exécuté. Quelques minutes après , l'officier qui avait commandé le feu entra tout effaré dans ma chambre, et m'apprit qu'au nombre des trois personnes fusillées se trouvait une femme. Je le sommai de s'expliquer. Une jeune fille, munie d'un ordre de moi, avait pénétré dans la prison de Trillo , et était restée seule avec lui. Au bout d'un quart d'heure, on avait vu sortir une femme voilée pareille à celle
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qui y était entrée ; l'heure de l'exécution étant venue, on avait conduit les condamnés sur une plate-forme; un épais brouillard permettait à peine de distinguer leurs traits, et d'ailleurs Trillo avait toujours tenu sa main sur ses yeux jusqu'au moment où l'on était venu pour lui bander les yeux, opération qu'il avait voulu faire lui-même; le signal du feu avait été donné; il était tombé mort, en laissant échapper une lettre qu'il tenait dans sa main. En s'approchant pour ramasser les corps, on avait reconnu avec une douloureuse surprise qu'à la place de Trillo on avait exécuté une femme.
«En même temps, l'officier me remit la lettre ramassée par les soldats; elle était à mon adresse, et contenait ces mots :
« Barbare , je t'ai sauvé la vie, et tu n'as pas a voulu m'accorder celle de mon fiancé; c'est « donc moi qui, aux dépens de mes jours, l'ar- « lâcherai à la mort. Ne le crois pas assez lâche « pour avoir consenti à ce que je périsse à sa « place ; il est parti persuadé que je révélerais