LES APPRÊTS DE NOCES
'» fils, accélcTC Ion retour, si tu le » peux; mais prends toute confiance y> en moi : ton Adélaïde m'est de- » venue si chère, que je ne crains » pas d'avouer que ma vie est alla- » chée à la sienne, w
« Des considérations bien fortes, >î d\in autre genre, mon amr, » reprit M. Dalbois , occupent mes » pensées.
» Tu vois aussi bien que moi, » sans doute, la violence des opi- » nions qui se manifestent dans 5> toute la France. Une noblesse » avide de distinctions et de priviw léges ; un haut clergé domina- » teur, qui ne veut rien céder de ses )i richesses, qu'il appelle diviaeSy » toutes coutraires qu elles soient 4
a 7^ CHAPITRE XIX,
» l'esprit de l'Évangile; une cour » corrompue, pleine d'intrigues, » dont le chef suprême seul , peut- » être, mérite l'amour de ses peu- » \)hs; une génération qui s'éclaire » sur ses justes droits, jusqu'ici M méconnus ; enfin, le progrès inévi- « table des lumières ; tout annonce, » tout prépare une fermentation » dans les esprits que rien, je le » crains , n'arrêtera.
» Le fol orgueil des uns , le fou- » gueux entêtement des autres, et » la terrible résistance de tous, peu- )) \ent entraîner les plus grands » malheurs et bouleverser l'état » actuel de la société. Il est prudent » de songer de bonne heure à se » mettre à l'abri. Nous n'ayons point
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» <le rôle à jouer dans tout cela. Si w les évéaemcns clovienuent trop M iuquiétaus, nous nous réfui^Merons V sur quclquocoiu biou isole dectttc » jolie j)ro\iuce; je u) occupe déjà » d'en chercher un au besoin. iNous w avons échappé à la grande catas- « trophe de la Pologne; faisons tout » pour n'avoir rien à démêler ici. »
u C'est très -bien vu, mon père, M lui dit Au^Mistc, les mêmes ré- M flexions me sont souvent venues.
» Oui, je le crois et je le redoute; » le peuple français, enflammé par » tous les écrits qui pullulent en ce » moment, prend une altitude me- » naçante contre ce qu'il appelle ses » oppresseurs; une violente secousse » peut s'cusuivrc, si la sagesse du
2 7^ CHAPITRE XîX.
w gouvernement ne conjure pas w l'orage. L'exemple de l'Amérique » anglaise tourne toutes les têtes.
^) La cour de France, qui a si im- » prudemment contribué , par ses » secours , à l'indépendance amériw caine, a donné des armes contre » elle-même. Elle verra trop tard ^i qu'il est des questions délicates « qu'il ne faut pas soulever quand •» on tient à la conservation absolue » d'une autorité qui, comme on ose » l'écrire aujourd'hui, n'a de fonde- » ment réel que le temps , l'habitude » ou la force.
» Comment se fait- il que ces » grands, ces hommes d'état, ces >ï ministres si vantés, n'aient pas » aperçu l'imminence du danger?
TES APrnfrrs de noces. 279
») Dans leur puéril orgueil, ils rc- » gardent eu uié[)ris ces averlissc- » mens , ces prophélies (car on » peut les nommer ainsi) , claire- » meut énoncées dans les pages M immortelles des Rousseau, des » Voltaire , des Montesquieu. Les » Rois, que leur éducation et les » plaisirs dont on les entoure, éloij) gnent de ces pensers salutaires, » ne peuyent connaître la vérité.
i) Jouets, sans s'en douter, de » leurs vils courtisans, ils aliènent î^ leurs peuples et se détruisent euxw mêmes avec eux. Voilà ce qui est » arrivé en Angleterre à Charles 1.", î) à Jacques 11.
>î Dieu préserve de tels maî- » heui's celte belle France et socv
28o CHAPITRÉ XIX.
» Monarque ! Nul ne pect prévoir la » fin de tout ceci ; mais on s'échaufFe w furieusement de part et d'autre.
» C'est au point que je n'^ose plus » aller à la société. On m'y regarde » presque de travers, parce que j'ai » pris l'habitude sage, selon moi, » de n'y point parler , de ne figurer » dans aucune discussion , et de me î> retrancher toujours sur ma qualité î) d'étranger, j^
«J'approuve cette prudence, mon » fils, dit M."'* Dalbois. Au surplus, » tu vas quitter la scène , et peut- 5) être le calme sera rétabli quand » tu reviendras. = Je le souhaite w beaucoup, répondit Auguste, mais 3) sans trop y compîer. J'entends » dire que l'on fait venir des troupes