QUESTIONS ET DOUTES SUR LE MAGNETISME ANIMAL
Histoires semblables aux histoires du magnétisme. — Possédées
de Loudun1.
Vers 1632, deux jeunes religieuses des Ursulines de la ville de Loudun , à une dizaine de lieues de Poitiers, ayant été atteintes de violentes convulsions accompagnées de symptômes bizarres, on pensa qu'elles étaient possédées du démon, et on les exorcisa. L'exorciste les ayant interrogées, en s'adressant, selon l'usage, aux diables présumés dans leur corps, les diables répondirent qu'ils avaient été envoyés là par un curé de la ville , nommé Urbain Grandier. Cet Urbain Grandier, d'un extérieur agréable, d'un esprit cultivé , était le sujet des conversations de Loudun. On lui imputait plusieurs
1. Voy. Bertrand, du Magnétisme animal, pour ce chapitre et les deux suivants.
aventures; même il avait à ce propos subi un procès Condamné par son évoque et interdit de ses fonctions, il en avait appelé à l'archevêque de Bordeaux, qui avait cassé la première sentence. Mais l'opinion était toujours contre lui. Ces bruits avaient dû pénétrer dans le couvent des Ursulines; on avait môme eu l'occasion d'y donner une attention particulière : Grandier s'était présenté pour être directeur des religieuses, et, pour sa mauvaise réputation , s'était vu refuser; on lui avait préféré l'ecclésiastique qui exorcisa lès deux religieuses
malades.
Les exorcismes, d'abord secrets, furent peu i peu divulgués et finirent par devenir publics. Parmi les scènes dont elles étaient témoins chaque jour, d'autres religieuses, treize environ, furent frappées plus ou moins gravement du même mal, six entièrement possédées. C'étaient les jeunes qui étaient atteintes, et les plaisants du temps s'amusaient à dire que les diables faisaient preuve <k bon goût. La contagion gagna la ville, et» de proche en proche, les villes voisines, attaquant toujours uniquement les femmes et même les jeuins filles de préférence. Toutes les religieuses furent exorcisées, et toutes accusèient Grandier. Richelieu chargea le conseiller d'État Laubardcinont, sa créature, de terminer cette affaire. Celui-ci choisit une commission de douze juges» et, avec ce
conseil, procéda à l'instruction. Elle dura huit mois , pendant lesquels les religieuses ne cessèrent d'être exorcisées deux fois par jour. Urbain Grandier , convaincu à l'unanimité, fut brûlé vif à Loudun , environ deux ans après l'époque où on avait commencé à l'accuser de magie. Au dehors de la commission , l'opinion fut divisée : les protestants, entre autres, tenant que les juges étaient gagnés, les religieux exorcistes ennemis de Grandier ou complaisants de Laubardemont ; que les religieuses n'avaient fait que répéter en public une comédie étudiée d'avance, et que la fin de tout cela était la perte jurée de Grandier. Notons , en passant , qu'à Louviers, vers le même temps, quinze religieuses se disaient également possédées par le fait de leur confesseur. Le confesseur étant mort, on brûla son cadavre.
Quelles étaient donc ces scènes extraordinaires ? Les religieuses exorcisées répondaient en latin, au milieu d'accès dont le récit nous a été heureusement conservé dans les procès-verbaux do l'instruction. « Asmodée, l'un des diables qui possédaient la sœur Agnès, ayant paru, fit bientôt voir sa plus haute rage, secouant diverses fois la fille en avant et en arrière, et la faisant battre comme un marteau, avec une si grande vitesse que les dents lui en craquaient; outre ces agitations, son visage devint tout à fait méconnaissable, son re-
gard furieux, sa langue prodigieusement grosse, longue et pendante hors de la bouche, livide ei sèche à tel point que le défaut d'humeurs la ti: paraître toute velue, sans être cependant aucunement pressée des dents , et sans que la respirait l cessât d'être toujours égale. Béheret, qui est ut autre démon, fit un second visage riant et agréable, qui fut encore diversement changé par deui autres démons, Acaph et Achaos , qui se produisirent l'un après l'autre; commandement ayant r!< 'fait à Asmodée de demeurer ferme, et aux autre* de se retirer , le premier visage revint. »
Exorcisme de la sœur Agnès..., « Après divers antres contenances, elle porta un pied par le derrière de la tête, jusqu'au front, en sorte que le* orteils touchaient quasi le nez. » Exorcisme de h sœur Elisabeth . « Cet esprit malin exerça sur son corps de grandes violences et donna des marque? horribles de sa rage. 11 la renversa trois fois ec arrière en forme d'arc, en sorte qu'elle ne touchait au pavé que de la pointe des pieds et ik bout du nez. » Exorcisme d'une autre religieuse « Le démon partit sur son visage, selon le commandement que lui en fit son exorciste; il l'assouplit et la rendit souple et maniable comme uik lame de plomb. L'exorciste lui plia ensuite le corjde diverses façons, en arrière et en avant, et A& deux côtés, en sorte qu'elle touchait presque h
terre de la tête, le démon la retenant dans la posture où elle avait été mise jusqu'à ce qu'on la changeât, n'ayant, durant ce temps qui fut assez long, aucune respiration par la bouche, mais seulement un petit souffle par le nez. Elle était presque insensible, puisque le père lui prit la peau des bras et la perça d'outre en outre avec une épingle, sans qu'il en sortit du sang ou que la fille en témoignât aucun sentiment. Le démon Sabulon porta cinq ou six fois le pied gauche de la sœur par-dessus l'épaule à la joue, tenant cependant la jambe embrassée du même côté. Durant toutes ces agitations, son visage fut fort différent et hideux, sa langue grosse, livide et pendante jusqu'au menton et nullement pressée des dents ; la respiration égale, les yeux immobiles, toujours ouverts sans cligner. Il lui fit après cela une extension de jambes en travers, qui fut telle qu'elle touchait du périnée contre terre. Pendant qu'elle était dans cette position, l'exorciste lui fît tenir le tronc du corps droit et joindre les mains. »
Tous ces faits eurent pour témoin , qui les certifia de sa main, Gaston d'Orléans, le frère de Louis XIII. Deux des exorcistes, le P. Lactance et le P. Tranquille, moururent en peu de temps avec l'idée qu'ils étaient possédés, et éprouvèrent les sjmptômes de la possession. Un autre, le P. Surin, d'une réputation d'honnêteté incontestée, et
qui exorcisa seulement après la mort de Grandier, tomba aussi dans ces accidents, qu'il décrit avec une grande naïveté. « Tant y a que depuis trois mois et demi je ne suis jamais sans avoir un diable auprès de moi en exercice.... Le diable passe du corps de la personne possédée, et, venant dans le mien, m'assaut et me renverse, m'agite et me traverse visiblement, en me possédant plusieun» heures comme un énergumène. Je ne saurais vou> expliquer ce qui se passe en moi durant ce temps, el comme cet esprit s'unit avec le mien , san> m'ôler ni la connaissance , ni la liberté de mon âme, en se faisant néanmoins comme un autre moi-même, et comme si j'avais deux âmes, dont l'une est dépossédée de son corps, de l'usage de ses organes, et se tient à quartier en voyant faire celle qui s'y est introduite... Quand je veux, par k mouvement de l'une de ces deux âmes, faire ur. signe (Te croix sur ma bouche, l'autre me détourne la main avec grande vitesse, et me saisit le doi^' avec les dents, pour me le mordre de rage... Quand je veux parler, on m'arrête la parole ; à L* messe, je suis arrêté tout court; à table, je Dt puis porter le morceau à la bouche ; à la confession, je m'oublie tout à coup de mes péchés, eî je sens le diable aller et venir chez moi comme en sa maison. Ce n'est pas un seul démon qui nuira vaille ; ils sont ordinairement deux. »
II se passa dans cette affaire de l'exorcisme des religieuses quelques faits qui ne sont pas nets. Les diables ayant annoncé, à diverses reprises, que des pactes tomberaient du haut de l'église, ou qu'ils graveraient un nom sur la main de deux ou trois possédées, les prédictions se vérifièrent. On pensait que la supérieure avait la faculté de rester suspendue en l'air, et un jour qu'elle tournait ainsi, les enthousiastes criaient au miracle, quand un incrédule, soulevant sa robe, fit voir qu'elle touchait la terre avec la pointe de l'un de ses pieds. Le comte de Lude étant allé à Loudun , et voulant savoir à quoi s'en tenir sur les merveilles racontées , feignit de vouloir constater l'authenticité de reliques qui lui avaient été léguées par ses ancêtres, et demanda qu'il lui fût permis de s'assurer si le diable en ressentirait la vertu. Les exorcistes les prirent de sa main, et les appliquèrent à la prieure, qui aussitôt fit des cris horribles et des contorsions épouvantables. Au plus fort de ses accès, on lui ôta le reliquaire, et à l'instant elle redevint aussi tranquille qu'elle l'était auparavant. L'exorciste, se tournant alors vers le comte, lui dit : « Je ne crois pas, monsieur, que vous doutiez maintenant de la vérité de vos reliques. — Je n'en doute pas plus , repartit celui ci , que de la vérité de la possession ; » et à l'instant il ouvrit la boîte, dans laquelle on ne vit, au lieu de
reliques, que de la plume et du poil. « Ah ! monsieur, s'écria le prêlre, pourquoi vous ètes-vou> moqué de nous? — Mais vous, mon père, répliqua le comte, pourquoi vous moquez-vous de Dieu ei du monde? »
11 est curieux de voir, à la distance des lemps , les procès-verbaux des séances de cette instruction : en plusieurs endroits , à côté de la signature de Laubardemont et de grands personnages , la signature d'Asmodée et de Satan. (Manuscrits de L Bibliothèque impériale.)
Les caractères auxquels on reconnaissait dan> ces temps la possession étaient : 1° la connaissant des pensées non exprimées; 2° l'intelligence delangues inconnues; 3° la faculté de parler de* langues inconnues ou étrangères; 4° la connaissance des événements futurs ; 5° la connaissance <ir ce qui se passe dans des lieux éloignés ou situ* hors de la portée de la vue ordinaire ; (>• l'exaltation subite des facultés intellectuelles ; 7° un développement des forces physiques supérieur à Yàz* ou au sexe de celui qui les présentait; 8° la suspension du corps en l'air pendant un temps considérable.
Histoires semblables aux histoires de magnétisme ( suite )
Trembleurs des Gévennes.
Après la révocation de l'édit de Nantes, les protestants furent, comme on sait, persécutés. Cette persécution, rude partout, le fut davantage dans les provinces , et principalement dans les campagnes , où le zèle est moins contrôlé. On les empêchait de se réunir, on allait Jusqu'à leur enlever leurs enfants pour les élever dans la religion catholique. Dans les Cévennes , l'exaltation des protestants ainsi poursuivis fut. extrême, et se manifesta par des signes singuliers. On était réuni dans des lieux déserts, à l'insu de l'autorité, pour chanter en commun des psaumes : soudain quelqu'un des assistants était jeté à la renverse , tremblait de tout son corps, puis prêchait et prophétisait. Après lui, un autre continuait , et quelquefois même deux ou trois prêchaient en même temps; ceux en qui se montraient ces signes obtenaient sur le reste un grand ascendant. Il y en eut en peu de temps plusieurs milliers. On leur a donné le nom de Trembleurs des Cévennes. Cette fois ce furent des hommes chez lesquels se passèrent ces phénomènes extraordinaires , les réunions éloignées et clandestines
ayant dû être peu fréquentées par les femmes. On vit un grand nombre d'enfants tomber dans cet état, prêcher et prophétiser à leur tour, même, dit-on, des enfants de trois ou quatre ans, et qui. habitués au patois, parlaient en français; quel quetremble urs s'exprimaient en des langues inconnues. Ils avaient la prétention d'apercevoir en esprit leurs persécuteurs à une grande distance, vi de lire dans la pensée pour démasquer les traîtres. Un nommé Clary confondit ainsi deux espions qui avouèrent. L'insensibilité extérieure était portée chez eux à un haut degré. Un jeune homme en sentinelle sur un arbre, tomba de douze pie* de haut sans se faire aucun mal. Mieux que veU pour prouver qu'il n'était pas d'intelligence a*les espions qu'il avait démasqués, Clary demau<! et obtint l'épreuve du feu : on plaça autour illui, à la vue de l'assemble, une grande quanti: de branches sèches auxquelles on mît le feu »' qu'on réduisit en cendres, sans qu'il parût éprouver ni douleurs ni suffocations. Le prophète le plu* célèbre fut une jeune fille de seize à dix-sept an< connue sous le nom de la bergère de Cret9 quV allait voir de très-loin. Elle avait l'apparence d*nnpersonne endormie sans aucun mouvement iw.vulsif. Elle était d'une insensibilité complète . toute sorte d'excitations; ne connaissant, dans >-■• état ordinaire, que très-imparfaitemenl le frauça:-
slle s'expliquait alors dans cette langue très-purement ; n'ayant jamais appris que son Pater et son Credo, elle faisait pendant son sommeil des prières admirables et excellentes ; quand elle sortait de son sommeil , elle ne se souvenait de rien de ce qu'elle avait dit; elle soutenait qu'elle avait fort bien dormi, quoiqu'elle eût parlé pendant quatre ou cinq heures, presque sans prendre de repos ; elle faisait des prédictions pendant son sommeil ; elle n'en sortait pas d'elle-même , mais demandait qu'on l'éveillât. Pendant que les hommes, pour la plupart, donnaient le spectacle que nous avons dit au milieu des champs ou des bois, dans les villes les femmes en faisaient autant. Le maréchal de Villars, qui a terminé les troubles des Cévennes, dit : « J'ai vu des choses que je n'aurais pas crues si elles ne s'étaient point passées sous mes yeux : une ville enière dont toutes les femmes et toutes les filles, sans exception, paraissaient possédées du diable. Elles remblaient et prophétisaient publiquement dans es rues. »
Histoires semblables aux histoires de magnétisme (suite) : Convulsionnaires de Saint-Médard.
Ce fut aussi dans une secte religieuse persé- :utée que se manifestèrent les faits étranges dont
nous allons parler. On connaît l'histoire du jansénisme : les cinq propositions théologiques présentées comme extraites de Jansénius dénoncées i Rome; la lutte autour de ces propositions : dV. côté le gouvernement de Louis XIV et les jésuite de l'autre les solitaires de Port-Royal ; les Prori*étales sortant de cette querelle; la question d'orthodoxie abandonnée pour une question de fait à savoir si les propositions condamnées à Rom étaient ou non dans Jansénius; la signature du fuiînulaire qui portait contre les propositions et ro: tre Jansénius; les douleurs de ceux qui consentrcnl à signer et la proscription de ceux i. refusèrent; Port-Royal rasé (1710); les sépulli;i violées et les corps dispersés dans divers rint»tières; enfin la part d'action et de courage q*. dans cette lutte, revient aux religieuses, n\u à leur tête les femmes de la famille d'Arnai et de Pascal. Plus tard, Forage se reforma. I P. Quesnel, de l'Oratoire, avait écrit un Iin intitulé : Réflexions morales sur le Nouveau T* famenl, où l'on crut reconnaître les principe* Jansénius. Il fut condamné, en 1714, par le |udans la bulle Untgenitvs. Les difficultés du f * titulaire reparurent pour la bulle, et un «nv nombre de jansénistes refusèrent d'y souscrire. appelant au futur concile, d'où on les nomma les pelants, et, avec les oppositions, revinrent les per-
eut ions. Parmi les appelants se distingua le diacre Paris, qui refusa une cure pour éviter d'adhérer à la bulle, consuma sa fortune en œuvres de charité, vécut ensuite dans la pauvreté et le travail, mourut en odeur de sainteté (1727), et fut enterré au cimetière de Saint-Médard. Des malades qui visitèrent son tombeau pensèrent être guéris; ils publièrent ce miracle, et la foule vint au tombeau. Bientôt des femmes enthousiastes du jansénisme , frappées de l'intercession de Dieu en sa faveur, tombèrent là en convulsions, d'autres femmes après elles, par contagion, et, à la suite, des guérisons merveilleuses, guérisons constatées avec une telle autorité , que la haine de parti elle-même ne put alors les réfuter suffisamment. Le gouvernement, qui favorisait les jésuites, vit avec déplaisir cette faveur renaissante du jansénisme : il ordonna la clôture du cimetière et le fit garder. L'archevêque de Paris interdit les visites au tombeau, et plusieurs convulsionnaires furent emprisonnés. Tout le inonde connaît la plaisanterie qui fut faite alors; on trouva sur la porte du cimetière cette inscription :
De par le roi, défense à Dieu
De faire miracle en ce lieu.
C'était en 1732; les miracles ne se firent plus au cimetière, puisqu'il était gardé, mais ils continuèrent ailleurs, en plusieurs endroits avec des
effets moins violents, par l'absence du spectacle, en d'autres avec le caractère primitif. Un témoin considérable, Carré de Montgeron, conseiller au Parlement de Pans, écrivit ce qu'il avait vu dam un livre intitulé : La vérité des miracles de Pans (1737-1748). Dans sa sincérité, il présenta ce livft à Louis XV, qui le fit enfermer à la Bastille, pui> l'envoya en exil, où il mourut. Des faits tout pareils sont attestés, en 1759, par du Doyer de Ga.tel et par un homme illustre, La Condamine. On retrouve d'abord ici ce qu'on vient de voir ch?: les trembleurs des Cévennes : une exaltation dtfacultés intellectuelles, le don de parler avec éloquence des choses sur lesquelles, dans l'état ordinaire, on eût été en peine de s'exprimer (ch». nos convulsionnaires jansénistes, le texte ordinaire des sermons est le péché originel , la nécessité *« secours divin , toutes les vérités condamnées dai> la bulle); — la découverte du secret des cœurs; — la prévision de l'avenir (les convulsionnaires prédisaient volontiers la conversion des Juifs et la résurrection du prophète Élie pour remettre toulichoses dans l'ordre, suivant les promesses de l'Evangile); — ils donnèrent en outre des consultatic: pour les malades, déclarant l'état, la marche t. la fin des maladies ; — influence de l'état de ccr.vulsion sur la vie ordinaire : un M. Fontaine, a\.i .* prédit qu'il resterait quarante jours sans manger.
resta quarante jours sans manger. Si quelquesuns, oubliant ce qu'ils avaient dit en convulsion , voulaient manger dans l'intervalle fixé pour le jeûne, ils ne le pouvaient absolument pas, ils ne pouvaient ingérer aucun aliment ; — le penchant à faire des représentations de différentes scènes ï ordinairement il s'agissait de figurer la passion de Jésus-Christ, ou les supplices que devaient un jour souffrir les infidèles après la venue d'Élie. Leur physionomie peignait, avec la vérité la plus frappante, tous les sentiments, toutes les sensations qu'ils voulaient représenter. Pendant qu'ils étaient étendus pour figurer le crucifiement, on voyait sur plusieurs se former des rougeurs ou d'autres marques, précisément aux endroits où les mains de Jésus -Christ ont été percées par des clous; — mais rien n'égale les prodiges d'insensibilité extérieure et de force organique que les convulsionnaires firent paraître.
Nous ne parlons pas de l'épreuve du feu ni de traits de courage révoltants, dans le genre de celui qui est raconté de sainte Elisabeth de Hongrie : ce sont les moindres choses, mais de l'administration des secours. C'est , en effet , par là que les convulsions sont originales. Une fille de vingt-deux à vingt-trois ans , Jeanne Mouler, debout et le dos appuyé contre la muraille, recevait dans l'estomac et dans le ventre cent coups d'un chenet pesant
vingt-neuf ou trente livres, qui lui étaient assénés par un homme des plus vigoureux. Cette fille assurait qu'elle ne pouvait être soulagée que par des coups très-violents ; et Carré de Montgeron , qui s'était chargé de les lui administrer, lui en ayant donné soixante avec toute la force dont il était capable, la sœur les trouva si insuffisants, qu'élu fit remettre le chenet entre les mains d'un homnit plus robuste, qui lui administra les cent coup* dont elle croyait avoir besoin. Alors Carré d« Montgeron , pour prouver la force des coups qr n'avaient pu la satisfaire , s'essaya contre un mur. «• Au vingt-cinquième coup, la pierre sur laqueflje frappais , qui avait été ébranlée par les prtnvdents, acheva de se briser; tout ce qui la retenal* tomba de l'autre côté du mur, et y fit une ouverture de plus d'un demi-pied de large. »
C'était aussi l'exercice de la planche, qui se foi sait en étendant sur la convulsionnaire , couchée i terre, une planche qui la couvrait entièrement; t: alors montaient sur cette planche autant d'homme qu'il en pouvait tenir; la convulsionnaire les soutenait tous. Il en monta, dit-on, jusqu'à trente. « d'où il résulte, comme le fait observer Carré <*• Mongeron, que le corps de cette fille était charp d'un poids de plus de trois milliers, poids qui serait plus que suffisant pour écraser un bœuf. Une autre , couchée à terre , se faisait fouler atn
pieds par les hommes les plus robustes, et n'était pas satisfaite encore. Une autre , qui était contrefaite, « se faisait attacher le cou avec une trèsforte lisière, et faisait lier les deux bouts de deux autres lisières à chacun de ses pieds. Elle engageait ensuite deux des spectateurs à tirer, avec toute la violence qui leur était possible , les deux lisières qui tenaient à ses deux pieds; et afin qu'ils fussent en état de le faire avec plus de force , elle les priait de passer ces deux lisières en forme de ceinture aulour de leurs reins, et de s'appuyer les pieds contre une grosse pièce de bois qu'on avait placée à cet effet. » Par ce moyen, son cou s'allongea, et elle porta ensuite la tête droite.
Il y avait aussi le biscuit. C'était un caillou de vingt-deux livres avec lequel un secouriste frappait sur le sein de la convulsionnaire. Il relevait aussi haut qu'il pouvait, et frappait aussi fort qu'il pouvait jusqu'à cent fois de suite. « A chaque coup, la chambre était ébranlée et le plancher tremblait. » Nous passons des faits horribles. Or, tous ces faits ont pour témoins les propres adversaires des convulsions, qui s'accordent ici avec les partisans, et ne trouvent d'autre recours que de les attribuer au démon. Ceux-ci môme, pour mieux les constater, demandèrent au Parlement une enquête où il n'osa s'engager. Un fait curieux, c'est que tel de ces miracles, et des plus effrayants,
fut attesté par Armand Àrouet, le frère de Voltaire, son « janséniste de frère. »
En 1660, les commissaires nommés par le roi pour examiner les prétendues possédées d'Àuxonne déclarèrent qu'ils en avaient vu plusieurs se heurter la tête contre le pavé ou contre les murs avec une violence qui aurait dû entraîner une fracture du crâne, ou au moins une effusion de sang considérable, sans qu'il en résultât seulement une meurtrissure.
La Condamine nous a laissé le procès-verbal minutieux du crucifiement de deux femmes. Elles forent vraiment crucifiées, de longs clous furent enfoncés dans leurs mains et dans leurs pieds ; aprè> avoir tenu la croix debout, on la renversa un quart d'heure, puis on la redressa. Pour l'une d'elles, cela dura bien trois heures et demie, ù qui ne fut pas , ajoute le témoin , sans donner des marques de la plus vive douleur.
Histoires semblables aux histoires de magnétisme (suite) : Eiorcismes de Gassoer. — Attouchements de Greatrakes. — Aimini» du P. Hell. — Tracteurs métalliques de Perkins.
Nous avons déjà parlé des exorcismes de Gassner, lors de sa rencontre avec Mesmer. Il ordon-
nait au pouls d'une malade de battre plus ou moins vite, et le pouls obéissait. On a le procèsverbal de l'exorcisme d'une jeune fille, qui avait le don des représentations. Gassner lui ayant ordonné de paraître comme morte, son visage exprima parfaitement la mort, et elle parut entrer en agonie.
« Grealrakes1, écrit le savant George Rust (doyen de Conmor, puis évoque de Dromore en Irlande), était un homme simple, aimable, pieux, étranger à toute fourberie. 11 n'avait sur la religion aucune opinion erronée , et il était fort attaché aux rites de l'Église anglicane. J'ai passé trois semaines chez lui avec M. Comvayes, où j'ai eu l'occasion d'observer ses' mœurs et de le voir guérir un très-grand nombre de malades. Par l'application de sa main , il faisait fuir la douleur et la chassait par les extrémités. L'effet était quelquefois très-rapide, et j'ai vu quelques personnes guéries comme par enchantement. Ri la douleur ne cédait pas d'abord , il réitérait lès frictions , et faisait ainsi passer le mal des parties les plus nobles à celles qui le sont moins, et enfin jusqu'aux extrémités. Je puis affirmer, comme témoin oculaire, qu'il a guéri des vertiges, des maux d'yeux
1. Voy. Deleuze, Histoire critique du magnétisme animal, 2* volume.
et des maux d'oreilles très-graves, des épilepsies, des ulcères invétérés, des écrouelles , des tumeurs squirreuses et cancéreuses au sein. Je Tai vu amener à maturité, dans l'espace de cinq jours , des tumeurs qui existaient depuis plusieurs années.
« Ces guérisons surprenantes ne m'induisent point à croire qu'il y eût quelque chose de surnaturel; lui-même ne le pensait point, et sa manier» de guérir prouve qu'il n'y avait ni miracle ni influence divine. La cure était souvent fort lentr. plusieurs maladies ne cédaient qu'à des attouchements réitérés; quelques-unes même résistaient * tousses soins, soit qu'elles fussent trop invétérées. soit à cause de la complexion du malade. Il para! qu'il s'échappait de son corps une émanation balsamique et salutaire.
« Greatrakes est persuadé que la faculté qui possède est un don de Dieu, et voici pourquoi, t y a environ quatre ans qu'il crut éprouver une sorte d'inspiration et entendre une voix lui dîn qu'il avait reçu le don de guérir les écrouelles Fatigué plusieurs mois de suite par cette idée, .. en fit part à sa femme, qui pensa que c'était une maladie de l'imagination. Un jour, ayant trouvé ur écrouellcux , il le toucha et le guérit ; il en chercha d'autres, et le succès qu'il obtint lui donna confiance. Une fièvre épidémique s'étant déclartV
dans le pays , il se crut averti par la même voix , <»l, s'étant rendu dans les lieux où les malades étaient réunis, il les toucha et en guérit un grand nombre. Il s'imagina bientôt qu'il pourrait guérir toutes les maladies, et ses espérances furent réalisées. Cependant il était quelquefois étonné de sa puissance, et il allait jusqu'à douter si tout ce qu'il croyait voir n'était pas une illusion ; mais enfin , s'étant persuadé que Dieu lui avait accordé une faveur particulière, il se dévoua uniquement au soin des malades. »
Au témoignage d'un savant théologien joignons celui de deux médecins célèbres , Faireclow et Astelius, qui ont examiné soigneusement les guérisons opérées par Greatrakes.
« J'ai été frappé, dit Faireclow, de sa douceur, do sa bonté pour les malheureux, et des effets que produit sa main. 11 n'emploie aucune cérémonie étrangère. Lorsqu'il a guéri quelqu'un, il ne s'en glorifie point, il se borne à lui dire : « Que Dieu vous « conserve la santé; » et, si on lui témoigne de la reconnaissance, il répond sérieusement qu'il faut uniquement remercier Dieu. Tous ceux qui l'ont connu admirent sa piété et sa modestie. Il se plait surtout à donner des soins aux matelots et aux soldats malades par la suite des blessures qu'ils ont reçues ou des fatigues qu'ils ont éprouvées à la
guerre. »
Écoutons maintenant Astelius.
« J'ai vu Greatrakes, dit-il, soulager à l'instant les plus vives douleurs par l'application de sa main. Je l'ai vu faire descendre une douleur de l'épaule jusqu'aux pieds, d'où elle sortait enfin par les orteils ; une chose remarquable, c'est que, lorsqu'il chassait ainsi le mal et qu'il était obligé de discontinuer, la douleur restait fixée dans l'endroit où il s'arrêtait, et ne cessait que lorsque, par de nouveaux attouchements, il l'avait conduite jusqu'aux extrémités. Quand les douleurs étaient fixées dans la tête ou les viscères, et qu'il les déplaçait, elles produisaient quelquefois des crises effrayantes et qui faisaient craindre pour la vie du malade ; mais peu à peu elles passaient dans les membres et il les enlevait entièrement. J'ai vu un enfant de douze ans tellement couvert de tumeurs scrofuleuses qu'il ne pouvait faire aucun mouvement : Greatrakes fit résoudre la plupart de ces tnmeurs par la seule application de sa main ; il ouvrit avec la lancette celles qui étaient les plus considérables , et il guérit les plaies en les touchant et en les mouillant quelquefois de sa salive.»
Astelius raconte encore plusieurs guérisons remarquables dont il a été témoin. Il affirme qu'il en a vu un bien plus grand nombre dont il supprime le détail ; il confirme les éloges que Rust et Faireclow ont faits des mœurs et du caractère de Greatrakes,
et il reconnaît comme eux que les guérisons qu'il opérait n'avaient rien de miraculeux , qu'elles n'étaient pas toujours complètes , et que môme quelquefois il ne réussissait pas.
Valentin Grealrakes, chevalier d'Alfanc, était né dans le comté de Waterford, en 16-28. Ce fut en Jb62 qu'il se sentit porté à toucher des écrouelles, et en 1665 qu'il essaya de traiter toutes sortes de maladies. En 1666 il alla à Londres, et la cour l'appela à Whilehall. Il y fit des guérisons ; mais il lui arriva ce qui devait arriver à un homme simple et pieux : plusieurs courtisans se moquèrent de lui. 11 se retira dans un quartier do Londres, près d'un hôpital, où il allait tous les jours toucher des malades.
Nous avons cité plus haut les aimants du P. Hell; n'oublions pas les tracteurs métalliques de Perkins. Vers 1792, un médecin des États-Unis, Elisha Perkins, attribua aux métaux de l'influence sur les corps vivants. En conséquence, il fit construire un instrument long de deux pouces et demi, composé de différents métaux, appelé tracteur métallique. « Pour guérir, dit Deleuze, plusieurs affections locales et particulièrement les douleurs inflammatoires , il suffit de promener lentement la pointe du tracteur sur la partie affectée, en suivant la direction des principaux nerfs, et cela vingt ou trente minutes de suite , deux ou trois fois par jour. La maladie cède quelquefois à
la première opération ; souvent aussi la guérison exige plusieurs semaines. On fit avec le plus grand soin l'expérience des tracteurs métalliques dans hhôpitaux de Philadelphie. Un grand nombre d'iionn mes éclairés, parmi lesquels on compte des physiciens, des naturalistes, et quarante-deux médecin* ou chirurgiens des plus distingués, attestent l'utilité de cette découverte, qui fut approuvée par :• gouvernement. »
Benjamin Perkins, fils de l'inventeur, a>«u. porté des tracteurs à Londres en 1798, en fit \,v. hliquemcnt l'essai dans les hôpitaux ; il obtint un patente qui lui assurait le privilège exclusif de !»* vendre, et il fit imprimer la relation des cui»* opérées par ce moyen sur les hommes et sur I chevaux.
Divers jugements de ces faits. Quelques-uns les nient. — 1 li-uze les explique par le magnétisme. — Le docteur B .»»•;: par l'extase. — Le doc eur Dupau par les affection> Laveuses. — D'autres par le démon.
Les faits que nous venons de rapporter ne ^ .. guère communs, et il y en a d'extraordinaires |»a ■ dessus tous les autres. Il se trouve des persja.»^ qui les nient absolument, et accusent de nicnxu.ou de prévention les acteurs et les témoins. !)*.■«*
trc s les acceptent. Parmi ces derniers, Deleuze et les magnétiseurs les tirent à eux. Ce qui, selon eux , les a produits , c'est toujours et partout le fluide magnétique, connu ou inconnu, dirigé ou non dirigé. Ecoutons Deleuze : « Rassemblez dans un même lieu plusieurs malades : qu'un homme bien convaincu qu'il a le pouvoir de les guérir s'approche d'eux, qu'il fasse usage de sa volonté, bientôt le fluide magnétique sera mis en action, et, une fois que cela aura lieu, il se propagera d'une manière surprenante, et produira toutes les crises qu'on a vues au baquet de Mesmer. Les objets mômes, qui sont dans ce lieu pourront s'imprégner tellement de la vertu magnétique, qu'ils deviendront un ferment propre à la développer dans les lieux où on les transportera.... Au tombeau de Paris, le magnétisme agissait de même qu'au baquet : la seule différence, c'est qu'aujourd'hui les magnétiseurs dirigent l'agent dont ils connaissent l'action , et qu'à Saint-Médard cette action était irrégulière et désordonnée.
« On trouve encore dans les provinces de bonnes gens qui se croient doués de la faculté de guérir certaines maladies, fis réussissent ordinairement, parce qu'on ne leur a pas persuadé que leur confiance était un préjugé ridicule. Un cordonnier d'Auxerre, nommé Dal, était, il y a quelques années, connu dans cette ville pour guérir les dou-
leurs de dents et les foulures. Il est essentiel de remarquer qu'il n'acceptait aucun salaire ; il prétendait même que, s'il se faisait une fois payer, il ne réussirait plus. Lorsqu'on s'adressait à lui, sa première question était : «< Voulez- vous être guéri?» On répondait : « Oui. » (C'était là sa manière de se mettre en rapport.) 11 vous touchait pendant quelques minutes ; ensuite il vous disait : « Marchez « sans crainte , » ou bien : »« Servez-vous de votre « main, » et l'on reconnaissait que le mal avait entièrement cessé. Je tiens ce fait de personnes dignes de foi qui habitaient Auxerre , et qui ont eu plusieurs fois recours à lui. Ce n'est pas le seul exemple que je connaisse ; mais il est inutile de raconter ce* choses-là à ceux qui ne croient pas au magnétisme. • Le docteur Bertrand, qui d'abord se rapprochai! de l'opinion des magnétiseurs , prit plus tard d'autres idées. Il donna plus d'attention à un fait qui lui expliqua les autres. 11 arrive quelquefois à dv» individus de tomber dans un état bizarre. Il s'opère une sorte de divorce entre la vie physique et la vie morale, et, dans ce divorce, le corps et rame montrent chacun de singulières vertus. Quoique cet état se présente sous les formes les plus diverses, Bertrand le désigne sous le nom générique d'extase. Cet état n'est pas une maladie proprement dite, quoique certaines maladies, comme le> affections convulsives, y prédisposent éminemment.
el qu'il ne survienne que dans des circonstances déterminées. La plus puissante de ces circonstances est une exaltation morale portée à un haut degré. L'extase paraît dans tous les siècles . c'est elle qui fait l'effet de la possession à Loudun , et du magnétisme animal au baquet de Mesmer et dans le sommeil des somnambules ; les médecins l'ont jusqu'ici méconnue.
Voici les signes qui la caractérisent : 1° l'insensibilité extérieure; 2° l'inertie morale, ou absence de retour sur soi-même ; 3° l'oubli au réveil ; 4° l'appréciation du temps ; 5° l'exaltation de l'imagination; 6° le développement de l'intelligence; 7° les prévisions des crises ; 8° l'instinct des remèdes; 9° l'influence particulière des individus sur leur organisation; 10° la communication des symptômes des maladies; 11° la communication des pensées ; 12° le transport des sens, la vue sans le secours des yeux. L'observation du premier, du deuxième , du quatrième et du neuvième signe , lui appartiennent, dit-il , en propre.
Insensibilité extérieure. Une somnambule, par exemple, chante, et sans aucune altération de voix, pendant qu'on enfonce quarante ou cinquante épingles dans son corps. On se rappelle les expériences consignées dans le rapport de H. Husson.
Inertie rfiorale. C'est-à-dire l'absence de ré- M g
flexion , de retour sur soi-même , pour reconnaître l'état où on se trouve, et en conséquence, à en juger par les réponses aux questions qui lui sont faites, nul étonnement chez le somnambule de l'état où il est et de la bizarrerie des états nouveaux par où on le fait passer. Par suite encore de leur inertie personnelle, une disposition chez les somnambules et les extatiques à attribuer les connaissances qu'ils acquièrent à la révélation d'um intelligence étrangère. Comme ils ne se voient pa.* agir , ils supposent qu'un autre agit en eux.
Oubli au réveil. Le magnétisé oublie au réveil c* qui s'est passé dans son sommeil , et s'en souvieo: très-bien quand il se rendort. S'il oublie sa vie dr sommeil, au contraire il se rappelle, et souvcn' avec une plus grande vivacité , sa vie éveillée. Il : pour ainsi dire deux existences divisées, et, an rapport de Deleuze, parle quelquefois de l'être éveillé e: de l'être endormi comme de deux êtres différent*.
Appréciation du temps. Si on demande à ut somnambule endormi combien de temps il faut 1' laisser dans l'état où il se trouve, ou à quelle époque il faudra lui administrer tel ou tel médicament, et qu'il indique un temps déterminé, avertit lui-même de ce moment avec une précision étonnante.
Exaltation de t imagination. On entend par là L faculté de recevoir des objets absents la mèn*
impression que s'ils étaient présents. On rêve en extase comme dans le sommeil ordinaire , et sous l'empire d'une complète illusion, le spectacle variant seulement selon les dispositions physiques ou morales des somnambules.
Développement de l'intelligence. Ce développement est d'ordinaire beaucoup moins grand dans le somnambulisme magnétique que dans les autres modifications de l'extase. La mémoire , particulièrement, est très-développée , et même des circonstances insignifiantes de l'enfance se représentent à elle très -vivement. De là la faculté de parler des langues dont on n'avait qu'une connaissance imparfaite, ou que Ton a oubliées depuis longtemps. Deleuze a vu une demoiselle de seize ans dicter, sur son invitation , des traités remarquables de médecine.
Prévision. On entend par là, dans les malades, la faculté d'annoncer d'avance les modifications organiques qui doivent survenir en eux , et d'indiquer avec la plus grande précision le moment de l'invasion de ces changements ou crises, leur durée et les principaux symptômes qu'elles doivent présenter. L'auteur a vu jusqu'à soixante accès des plus graves prédits par une somnambule, et prédits, pour le commencement et la fin , à la minute; et aussi un délire annoncé de quarante-deux heures qui eut lieu exactement.
Instinct des remèdes. Il rabat beaucoup de la prétendue divination accordée en ce genre aux somnambules. Il a vu ordinairement les somnambules se faire pour eux-mêmes des prescriptions incontestablement moins déraisonnables que celles qu'on aurait dû attendre de personnes absolument étrangères à l'art de guérir.
Influence particulière des somnambules sur leur organisation. D'abord l'influence de l'imagination sur l'état du corps , influence déjà considérable chez les hommes dans l'état ordinaire , et autrement puissante et constante chez les somnambules. Puis des influences plus cachées encore : de> accidents prédits dans le sommeil arrivant dans l'état de veille , peut- être parce qu'ils ont été prédits ; et ces représentations extérieures , par des taches sensibles sur le corps, des affections qu'il* pensent éprouver.
Communication des symptômes des maladies, le don de ressentir, par suite d'un simple contact, les douleurs des malades avec lesquels on entre en rapport. C'était une des marques auxquelles autrefois , encore en 1699, on reconnaissait les sorciers , ce qui paraît dans le procès d'une malheureuse accusée d'avoir souffert sur sa personne le mal d'une autre femme à qui elle l'avait ainsi enlevé ; c'était encore une vertu des convulsionnaires. Le docteur Bertrand assure avoir constaté
cette propriété de manière à ne conserver aucun doute.
Communication des pensées, permission de lire dans l'esprit des autres : ancien signe de possession. L'auteur n'avance ici qu'avec réserve. Il cite d'abord plusieurs témoignages anciens : celui du P. Surin, cet exorciste, plus tard possédé, dans l'affaire de Loudun, avouant que les religieuses « disaient les pensées les plus secrètes ; » — Gaston d'Orléans, qui atteste de sa main « qu'une religieuse avait obéi à un ordre qu'il lui avait doiiné mentalement sans proférer aucune parole et sans faire aucun signe ; »' — Jean Cavalier , qui raconte que deux jeunes garçons ont deviné jusqu'aux moindres circonstances de ce qu'il éprouvait intérieurement ; — les écrits de plusieurs auteurs amis et ennemis, attribuant aux convulsionnâmes la faculté de découvrir les cœurs, l'intérieur des consciences; — Mme Guyon, racontant, dans l'histoire de sa vie, que souvent elle lisait dans la pensée du P. Lacombe, son confesseur, comme celui-ci dans la sienne : « Je compris que les hommes pouvaient dès cette vie apprendre le langage des anges ; peu à peu je fus réduite à ne lui parler qu'en silence; » — M. de Puységur, cité plus haut. Enfin Bertrand rapporte ses aventures avec des somnambules : l'une, qu'il faisait mine d'éveiller, mais avec une volonté contraire, lui di-
sant: « Comment, vous me dites de m'éveiller, et vous ne voulez pas que je m'éveille ! » l'autre, entièrement ignorante, lui expliquant le sens du mot encéphale, qu'il lui avait proposé, avec une parfaite justesse, « phénomène, dit-il, qui, si on ne veut pas y voir un hasard aussi difficile peut-être que la faculté même qu'il suppose , ne peut s'expliquer qu'en reconnaissant que cette femme lisait dans ma pensée même la signification du mot sur lequel je l'avais interrogée. »
Vue sans le secours des yeux. L'auteur a vu une somnambule indiquer avec précision le lieu où se trouvait une bague qu'il avait ôtée du doigt de celte somnambule pour la donner à une dame ; et encore il ignorait que le mari de cette dame eût pris la bague pour la mettre dans sa poche. H cite les Observations de Pététin sur sept cataleptiques. L'une reconnaît les cartes glissées dans son lit et placées sur son estomac; divers objeb dans la main d'une personne ou dans une boite; sous la veste de son médecin une bourse glissée là par un incrédule, et en indique le contenu: dans les poches de tous les spectateurs ce qu'elles renferment de plus curieux ; à travers un paravent, Pététin prenant par erreur le manteau de son mari pour le sien, et le fait avertir de son erreur. Une autre désigne dans la poche d'un spectateur un louis qu'elle déclare n'avoir pas I*1
poids, et lit une ordonnance renfermée dans un papier cacheté.
Dans une ville d'Allemagne, trois médecins attestent des faits pareils : par exemple, une somnambule lisant un écrit renfermé dans un secrétaire. Deleuze certifie qu'une jeune somnambule, après avoir lu, les yeux bandés, sept ou huit lignes très- couramment, comme on lui présente une boîte de carton fermée où étaient écrits les mots : amitié, santé, bonheur, lut le premier mot, et soupçonna que les deux autres étaient bonté, douceur. M. Rostan parle d'une somnambule lisant exactement et à plusieurs reprises l'heure que marquait une montre placée derrière sa tête. M. Georget a vu chez une somnambule « des phénomènes fort étonnants de prévision et de clairvoyance, tellement, dit-il, que dans aucun ouvrage de magnétisme , pas même dans celui de Pététin , je n'ai rien rencontré de plus extraordinaire, ni même tous les phénomènes que j'ai été à môme d'observer. » Enfin, le mathématicien Francœur publie, tout en ne le garantissant pas et n'y croyant pas, dit-il (vers 1829), un récit de faits merveilleux de ce genre, constatés pendant plusieurs mois par différents médecins des eaux d'Aix, et notamment M. Despine, médecin en chef de l'établissement. C'est une malade qui voit, entend et odore par les doigts et les orteils; une autre qui lit du doigt dix pages entières
avec une extrême vivacité, choisit, sur un paquet de plus de trente lettres , l'une d'entre elles qu'on lui avait indiquée, en écrit, les corrige, les recopie mot pour mot, lisant avec le coude gauche, tandis qu'elle écrivait de la main droite; tout cela à travers un écran de carton épais qui lui masquait exactement les objets. Les mêmes faits avaient lieu sur l'épigastre , à la plante des pieds , et en diverses parties du corps. Ella rapportait toujours la vision à l'œil, l'odorat aux narines, aspirant l'air par le nez , tandis qu'elle sentait par le bout des doigts, e\ , quand elle lisait par la paume <k la* main, se frottant les yeux pour, voir plus clair » On trouve des faits pareils de sens transporté* dans les histoires des possédés , des sorciers et de> convujsionnaires. L'exorciste Surip, parlant des religieuses de Loudun, dit qu'il peut jurer devant Dieu et sur son Église que plus de deux cents fob elles lui ont découvert des choses très-cachées en sa pensée ou en sa personne. A propos de cettr pauvre sorcière de 1699, Marie Bucaille, on lit dan? le factum rédigé en sa faveur : « Le sieur curé dr Gol le ville rapporte que, ladite Bucaille étant dan> une de ses extases, il lui mit une lettre dans U main au sujet de la femme d'un de ses amis qc était malade, et qu'aussitôt,- sans avoir ouvert h lettre ni entendu ce qu'on lui voulait , elle se mit à offrir à Dieu des prières pour cette personne.
qu'elle nomma. Le même curé rapporte que, pendant une autre extase, ayant mis un autre billet entre ses mains, plié et cacheté, où un homme demandait éclaircissement sur plusieurs choses, elle répondit pertinemment aux demandes qui lui étaient faites , sans ouvrir le billet. >»
Chez les convulsionnaires , mêmes phénomènes, u Un fait indubitable , attesté par une foule de personnes de mérite et. très-dignes de foi qui Font vu et examiné avec tout le soin et l'attention possibles, est cehii d'un convuhionnaire qui reconnaît et distingue, par l'odorat, au. point de lire ce. qu'on lui- présente , quoiqu'on Jui couvre exactement les yeux avec un bandeau très-épais qui lui dérobe, entièrement la lumière*. »
Quant à la faculté chez lé:s extatiques de voir, ce qui se passe dans leur propre corps, le docteur Bertrand n'y peut croire : au milieu d'une foule de faits absolument contraires, il n'en a trouvé que deux ou trois tout au plus qui fussent un peu satisfaisants. . .
Comme oh .voit, le docteur Bertrand accueille, et même volontiers, un grand nombre de faits merveilleux, et les explique par un état particulier, qu'il appelle extase. Le docteur Dupau, plus radical, nie, un certain nombre de. faits, les plus