Coup d'oeil sur les Convulsions
extraordinaires, et attribue les autres simplement aux affections nerveuses déjà connues. Il y a aussi ceux qui attribuent ces faits au diable.
Histoires semblables aux histoires de magnétisme (suite :
tables et esprits.
C'était au commencement de mai 1853, rimer ne finissait pas , les amusements de Tannée étaient épuisés; en fait de merveilles, quelquefois on suspendait dans un verre , par un fil léger ou un cheveu, une bague, qui, la main restant immobile. se mouvait dans le sens voulu par l'opérateur et frappait le nombre de coups qu'il avait pensé. Mai* cette merveille datait de longtemps. Cependant oo attendait quelque chose. Déjà on essayait de développer cette première expérience, et le cheveu suspendu profitait : il disait l'Âge des personnes sur lesquelles on le consultait. Il pouvait aller loin , quand il nous vint une nouvelle étrange. Plusieurs personnes étant rangées autour d'une table et formant une chaîne , la table tournait , lentement d'abord . puis avec une telle vitesse qu'il fallait courir pour la suivre. On essaya, timideiqent et assez gauchement d'abord; on ne savait pas trop comment s'y prendre; mais on connut bientôt la méthode. 0
fallait, pour le moral, fixer son attention sur le fait à produire; pour le physique, placer le pouce de la main droite sur le petit doigt du voisin de droite, et le petit doigt de la gauche sur le pouce du voisin de gauche, quand on voulait que la table tournât à droite; et au contraire, si elle devait tourner à gauche. Ce fut à qui réussirait. Réussir prouva la chose, ne pas réussir ne prouva rien : car on distingua vite entre les sujets qui faisaient l'expérience, les uns bons, les autres mauvais, qui n'avaient pas ce qu'il fallait pour cela. Le fait produit, on l'expliqua, et généralement ainsi : tout le monde sait ce que c'est qu'un fluide, et qu'il y a un fluide dans notre corps; supposez qu'il s'en échappe par les extrémités des doigts , il passe dans la table où il circule , et voilà ce qui fait que la table tourne. Mais on comprend aussi qu'il n'est pas égal en tous les hommes.
Ce fiit une passion , et tout fut oublié. Les Français, qu'on accuse d'être légers, restèrent des heures entières immobiles, muets, les yeux fixés sur un même point , l'esprit fixé sur une même idée , et cela se répéta tous les soirs pendant des semaines. Il fallait voir les scrupules scientifiques des opérateurs, leur anxiété, l'attention aux moindres craquements, l'émotion au premier mouvement, et quand la table avait pris sa course, quand on la suivait à perdre haleine, la gravité et la frayeur
des uns , les rires nerveux des autres , la confusion des esprits forts , la honte de ceux qui n'avaient pas de fluide.
Il se fit de nouvelles distinctions. Parmi ceux qui réussissaient, il y en avait qui réussissaient miein que d'autres. 11 y eut les initiateurs et la foule. En l'absence des initiateurs, tout languissait; à leur entrée, le salon prenait une figure nouvelle, or. sentait qu'on passait à -quelque chose de sérieui Ils commandaient et on obéissait ; ils prononçaten: . sur les cas* difficiles, ils mettaient les tables en mouveinent, pu i? ils se retiraient , laissant le menn peuple courir après: Ils- ont eu un moment un personnage ; maintenant rentrés dans la vie privée , ifc y oiit conservé une sorte de dignité. triste.
Toute» chose -profite ou meurt; Pour changer > mouvement de la tablé , on avait changé, la position des mains ; oh s'affranchit de cette nécessiu matérielle : la volonté suffit. On ordonna à la taMc de tourner,, de s'arrêter, d'aller à droite ou à gauche , elle obéit. On espéra tout. Il y eut de mauvaises plaisanteries. On raconta qu'une table mur par des priseurs ayant éternité, une autre mue par des avocats avait répondu : « Dieu vous bénisse ! > Le Siècle prétendit que des matelots, ne pouvais: faire virer un navire , avaient fait la chaîne magnétique, et que le navire avait viré. On devrait avertir quand on rit; plusieurs crurent le fait du SièeU,
el partirent de là pour assurer qu'avec une volonté ferme, sans y mettre les mains, les matelots auraient levé l'ancre.
Aux tables tournantes la malveillance opposa les tables volantes. Les tables volaient déjà depuis vingtdeux ans; la merveille à la mode se trouvait donc dépassée et vieillie , ce qui est triste pour une nouveauté. On rapporta {Illustration , 25 juin) de Sibérie une lettre de M. Tscherepanoff, qui aurait vu, en 1831 , des lamas ordonner à des tables de suivre leurs gestes, et les laisser retomber pour observer la direction de la chute, qui est justement la direction d'un objet dérobé qu'on recherche. On ajoutait que les Chinois jouaient de temps immémorial au jeu des tables tournantes.
Les vrais croyants ne se laissaient point émouvoir par des plaisanteries. Quant à l'ancienneté du fait , cela même leur était un argument. Quelques-uns allaient chercher des appuis jusque dans l'antiquité sacrée. Pour nous en tenir à la profane , sans discuter l'histoire des flèches d'Hercule, qui allaient où leur maître voulait, ni approfondir la vertu que les anciens attribuaient à une volonté forte, nous nous rappelons , comme tout le monde , que la pythie de Delphes rendait sur un trépied les oracles célèbres par lesquels la Grèce se conduisait. On la prit d'abord jeune, plus tard âgée au moins de cinquante ans, mais toujours elle monta sur le trépied.
outre, nous trouvons dans Homère la mention expresse des trépieds de Vulcain, dont Fauteur parle en ces termes : « Thétis trouve Vulcain tout couvert de sueur, fort empressé après les souffleb de sa forge, car il se hâtait d'achever vingt trépied* qui devaient faire l'ornement d'un palais magnifique. Il les avait assis sur des roues d'or , afin qu* d'eux-mêmes ils pussent aller à l'assemblée de* dieux et s'en retourner, spectacle inerveilleax voir. Ils étaient sur le point d'être achevés , il & leur manquait que les anses. » (Iliade , xvm , traduction de Mme Dacier.) « Quel jour jeté sur la quo tion ! » comme dirait l'auteur du Mystère dévoilé. Le 13 mai , les Débats publièrent une lettre <i M. Chevreul , l'académicien , lettre qui avait parvingt ans auparavant dans la Bévue des Dni Mondes , et qui se rapportait alors à un fait antérieu d'une vingtaine d'années. Plusieurs personnes aftir maient, en 1812, qu'un pendule formé d'un cor^ lourd et d'un fil flexible oscille lorsqu'on tient ■■ main au-dessus de certains corps , quoique le bra* soit immobile, et pressaient M. Chevreul de répét* ' l'expérience. M. Chevreul la vit d'abord réussir e&tre les mains d'une personne qui tenait ce pendu! au-dessus de l'eau, d'un bloc de métal ou d'un animal vivant, et la vit réussir entre ses proprr mains, quand il mettait sous l'appareil une cureti* de mercure, une enclume, plusieurs animaus.
Étatent-ce là en effet les seuls corps qui eussent cette vertu? Il les remplaça par du verre, de la résine , et les oscillations diminuèrent et s'arrêtèrent. n échangea les premiers corps et les seconds à plusieurs reprises, même résultat. Les savants sont difficiles à contenter. « Plus ces effets me paraissaient extraordinaires, dit M. Chevreul, et plus je sentais le besoin de vérifier s'ils étaient étrangers à tout mouvement musculaire du bras. » n fit faire un support mobile sur lequel son bras portait, et il vit que plus le bras était appuyé , plus le mouvement était faible, et que si les doigts appuyaient euxmêmes , il cessait. Il se souvint de plus d'avoir été dans un état tout particulier pendant qu'il faisait l'expérience, et, la répétant pour s'observer luimême, il reconnut en lui une disposition ou tendance au mouvement, involontaire, mais d'autant plus satisfaite que le pendule décrivait de plus grands arcs. Il pensa que, s'il faisait l'expérience les yeux bandés, il y aurait d'autres résultats, ce qui ne manqua point. « Pendant que le pendule oscillait au-dessus du mercure , on m'appliqua un bandeau sur les yeux, le mouvement diminua bientôt ; mais , quoique les oscillations fussent faibles , elles ne diminuaient pas sensiblement par la présence des corps qui avaient paru les arrêter dans les premières expériences. Enfin, à partir du moment où le pendule fut en repos, je le tins en-
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core un quart d'heure au-dessus du mercure, sans qu'il se remit en mouvement. Pendant ce temps-là, et toujours à mon insu, on avait interposé ou retiré plusieurs fois soit le plateau de verre, soit le gâteau de résine. » 11 conclut que la pensée d'un mouvement à produire peut mouvoir nos muscles, sans que nous ayons ni la volonté ni la connaissance de ce mouvement, et, en dernière analyse. qu'il est facile de prendre des illusions pour des réalités. Cette communication et l'opinion de M. Arago , exprimée quelques jours plus tard dans l'Académie, confirmèrent plusieurs personnes daœ leur dqute, et ramenèrent tous ceux qui ne s'étaient pas beaucoup avancés. Les tables tourne* rent comme si M. Chevreul et M. Arago n'avaient rien dit.
La Société royale de Londres écouta une communication là-dessus. L'illustre physicien H. Faraday s'était persuadé que le mouvement de la table venait du mouvement des mains des opérateurs. mouvement dont ils n'avaient pas conscience; il se proposa de le leur rendre sensible. L'appareil consistait en quatre ou cinq plaques de carton très-lisses, unies entre elles par du mastic à demi-dur, la plaque inférieure fixée de même façon à un morceau de papier de verre qui était sur la table; quand U table eut tourné, il enleva ses disques et montra que les supérieurs avaient glissé sur les inférieur?
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dans le sens de la table même. L'impulsion partait donc des mains et retardait en s'éloignant. Une autre fois, c'était une feuille de mica. Le mica collé à la table, elle tournait ; libre, elle ne tournait pas. Pour achever sa démonstration , il inventa un appareil dont nous donnons l'idée principale. Une Ion gue aiguille très-légère porte sur une tige qui la divise en deux parties très-inégales comme un levier; elle appuie sa courte branche sur un disque de carton disposé comme précédemment. Le disque se déplace-t il un peu, aussitôt l'aiguille tourne, et la longue branche considérablement. Dès que les opérateurs se mettaient à l'œuvre, la table étante! core immobile, l'aiguille tournait; ils étaient ainsi avertis des mouvements involontaires de leurs mains, se tenaient sur leurs gardes , et l'expérience échouait. « Bien des personnes, dit M. Faraday, ne savent pas combien il est difficile de presser exclusivement dans un sens vertical ou dans tout autre sens déterminé contre un obstacle fixe, ou même de savoir si l'on presse réellement ou non , à moins qu'elles n'aient un indicateur qui les en prévienne par un mouvement visible ou autrement. Cela arrive surtout lorsque les muscles des doigts et de la main ont été engourdis et qu'ils ont été rendus ou tremblants ou insensibles par suite d'une pression continue. » Il l'a constaté formellement sur luimême et sur d'autres personnes. Il termine ainsi
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toute sa réfutation : « Je suis quelque peu honteux de l'avoir entreprise , car il me semble qu'au temps où nous vivons et dans notre pays , elle aurait dît être superflue. J'ose espérer qu'elle ne sera pas inutile. »
V Illustration (9 juillet) et plusieurs journaux français rendirent compte de cette communication, qui fit un grand effet sur les adyersaires des table* tournantes. On y. répondit ailleurs .que Faction d'une force se. communique toujours de proche en proche : qu'une locomotive entraîne d'abord le premier wagon , puis le second.,, «puis le troisième ; e* on traita les aiguilles d'agréables jouets d'enfants.
D'autres attaques devaient encore partir de l'Académie. M. Babinet s'est moqué des tables tournantes, et, dans des articles de la Revue des Deux- Mondes (1er mai, 15 janvier 1854), il a propos*, comme explication du fait, la puissance irrésistible des mouvements naissants, la force de détente dur. muscle. Ainsi , les jeunes filles électriques lançaien: à distance des chaises en les brisant.
Un jeune homme, M. Léon Foucault, qui a déj l'esprit de l'Académie, avait dit, à plusieurs reprise*, des paroles désobligeantes pour la nouvelle scient Il ne lui suffit pas d'avoir prouvé que la terre tourne. il veut prouver encore que les tables ne tourneo: pas. M. Agénor de Gasparin trouve cette prétend»: inquisitoriale (Débals, 30 août), et la relève. Ou-
les tables tournent ou non , peu lui importe , et il accorde « qu'il est impossible de prouver mathématiquement qu'une action musculaire inconsciente ne détermine pas le mouvement , » quoiqu'il ait vu des personnes ne pouvoir réussir quelquefois à mouvoir une table, malgré leur bonne volonté, et d'autres fois la mouvoir au bout de deux ou trois minutes. * 11 suffit que le doute soit permis, le doute doit prévaloir. Vous voyez, ajoute-t-il, que je suis de bonne composition.» Mais voici ce qui ne laisse pas la moindre prise au doute : les tables accomplissent des ordres non exprimés. Par-devant des témoins graves , il a expérimenté sur une table de frêne, lourde et les trois pieds bien espacés. On avait décidé, pour que le fait fût concluant, que la table devait obéir douze fois de suite, sans la moindre erreur; elle a obéi jusqu'à vingt et trente fois. Dix personnes se mettant autour, un des témoins inscrivait sur un morceau de papier le nombre de coups que devait, selon lui, frapper la table, puis il montrait en secret le papier à celui des expérimentateurs qu'il chargeait de donner l'ordre. Toutes les autres personnes qui entouraient la table avaient les yeux fermés et ne les ouvraient qu'à la fin de l'opération, pour prévenir toute idée de complicité. L'opérateur adressait ordinairement l'ordre au pied placé devant lui , sur lequel , par conséquent , il n'avait aucune action physique. La table a toujours frappé
le nombre de coups indiqué , n'en frappant aucun, quand le papier portait un zéro. On a comparé les forces des opérateurs. Deux d'entre eux donnaient deux ordres différents à la table, elle obéissait au plus fort , s'arrêtait en chemin lorsque le nombre commandé par ce dernier était plus faible, et poursuivait dans le cas contraire , mais de mauvaise grâce. « Rien , dit M. de Gasparin , n'était plus comique que la difficulté visible avec laquelle elle achevait sa tâche depuis le moment où les deux chiffres et les deux volontés cessaient de coïncider. Rien n'était plus significatif que sa vigueur, sa prestesse et son élan , dès qu'on invitait l'adversaire a cesser son opposition. On eût dit une voiture à laquelle on ôte brusquement son sabot et qui roule précipitamment sur la pente. Enfin on a trouvé !. balance exacte des actions. A la personne la plis puissante on a opposé plusieurs adversaires réunie: les uns ont été vaincus, les autres ont fait équilibre. Tout cela s'est accompli à maintes reprises, a\r? des précautions minutieuses , en présence de umoins soupçonneux, et qui ne se sont rend tu qu'à l'évidence absolue. » M. de Gasparin ne ci* qu'en passant des faits de peu d'importance, mt table faisant tourner, puis jetant par terre .1 homme qui pesait 87 kilogrammes , et des bits qi dit-il, n'ont pas un caractère scientifique : l'imitât*, des airs chantés , les danses , l'exécution inéviubii
de Tordre : « Frappe des coups énormes, frappe des coups très-petits , qu'on les entende à peine. »
Quant à l'explication des faits , on pourrait , à la rigueur , s'en dispenser , car on n'a pas expliqué encore comment notre volonté se communique à toutes les parties de notre corps; mais M. de Casparin propose l'explication suivante. Il a observé une circonstance curieuse : au moment des évolutions de la table , un morceau de verre rapproché d'elle gène ses mouvements , posé sur elle l'arrête, posé sur un des bords provoque le soulèvement du côté opposé. Cette observation lui a fourni la théorie suivante : supposons qu'un fluide soit émis par un opérateur, et qu'il ait un mouvement, la rotation n'en résultera-t-elle pas? Supposons que ce fluide prenne la direction que lui imprime la volonté , et qu'il s'accumule dans le voisinage du pied auquel l'ordre s'adresse, le pied ne se lèvera-t-il pas ? Supposons que le fluide fuie le contact du verre , le mouvement ne cessera-t-il pas lorsque le verre sera au centre de la table ? Et, dans le cas où le verre est placé sur un des bords, le fluide ne refluera-t-il pas vers l'extrémité opposée, de manière à la soulever immédiatement?
H y aurait bien quelques objections à faire à M. de Casparin, car on cherche aussi à s'éclairer. Il ne fait peut-être pas assez de différence entre son corps et un morceau de frêne , entre son pied
et le pied d'une table ; on ne voit pas exactement pourquoi le fluide s'accumule dans telle partie de la table , au lieu de passer dans le sol ou dans l'air comme font les fluides connus , qui sont très- voyageurs de leur nature, et alors pas de mouvement; mais l'auteur ne donne pas son explication comme certaine, et il lui suffit que le fait existe. Cela nous suffit aussi. Après tout , il propose sa théorie pour prouver qu'il n'y a pas besoin d'eu* sorcier pour produire le fait en question , et l'intention nous semble bonne. Les raisons qu'il accumule sont spécieuses, celle-ci entre autres. « qu'un magicien qui redouterait à ce point !< contact du verre appartiendrait à une catégorie inconnue jusqu'ici. » Ai-je bien compris ceci ? démontrant que le frappement des tables n'a rien que de naturel, l'auteur dit : « pour se soulever, ell* ont besoin de rencontrer un point d'appui, une inêgalité du parquet , et elles glissent jusqu'à ce qu'elles l'aient trouvée. » Serait-ce ce que nous appelons une table mal calée ? Il déclare, du reste , que les tables ne devinent rien et qu'elles ne volent pas. « Quan: on veut les charger d'autre chose que d'obéir comn* des membres, on arrive à des erreurs continuelles.* M. de Gasparin était un modéré ; il eut beau protester, il fut dépassé : les tables parlèrent, devinèrent le passé, le présent et l'avenir : d'abonl elles frappèrent du pied, ensuite, portant au pia!
un crayon, elles écrivirent; mais il arriva un moment où on se passa d'elles, et il suffit de tenir suspendu entre deux fils un crayon , * qui écrivit. Les uns s'enflammèrent à ces récits, les autres trouvaient que c'était aller un peu loin, et que par des excès on compromettrait la vérité. Il se passait de bien autres choses en Amérique.
C'était dans le village d'Hy desville, État de New- York. Une nuit de l'année 1847, un M. Weekman entend frapper- à sa porte, ouvre, ne voit personne, entend frapper encore, ouvre de nouveau sans rien voir, et, fatigué de cette scène qui se renouvelle, quitte la maison. H est remplacé par le docteur John Fox et sa famille , composée de sa femme et de? deux de ses filles, l'une de quinze ans, l'autre de douze. Les bruits qui avaient chassé M. Weekman se répètent et semblent inexplicables, jusqu'à ce que la fille aînée de M. Fox s'ftvise de frapper dans ses mains plusieurs fois en invitant le bruit à lui répondre. Il répond en effet.. La mère survient et engage la conversation ; elle entend dire l'âge de ses enfants. « Si tu es un esprit., frappe deux coups. » Deux coups sont frappés. « Es-tu mort de mort .violente? » Deux coups. « Dans cette maison? » Deux coups-. « Le meurtrier est-il vivant? » Deux coups. En convenant avec l'esprit qu'on récitera un alphabet et qu'il frappera pour désigner la lettre voulue , on apprit que l'irîterlocu-
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teur s'appelait Charles Rayn, qu'il avait été enterré dans la maison même par le meurtrier, que sa femme était morte-depuis deux ans, et qu'il avait laissé cinq enfants encore tous vivants. Peu à peu on convint avec lui de certaines abréviations, pour causer pto* vite, et, quand la famille Fox déménagea pour se rendre à Rochester, l'esprit déménagea avec elle. Enfin, au bout de quelque temps d'un commerce assidu av< , cet esprit , la famille Fox fut en état d'en évoquer d'autres. Les trois sœurs conduisirent tout.
En février 1850, on constate authentiquemen: les mouvements des tables où les esprits résident, et autour desquelles on fait le cercle obligé, le> mains sans bras qui frappent les assistants , la tu» d'un fluide grisâtre, et toute espèce de bruits, d'agitations et de phosphorescences dans la pièo où l'opération a lieu.
La famille Fox se transporta alors à New- York . où l'attendaient les plus grands succès. Il y eut biec quelques ennuis, quelques rapports fâcheux d< personnes incrédules, et surtout une lettre A Mme Norman Cul ver, une parente de la famille, qui divulguait le secret, qu'elle tenait, disait-elle des trois sœurs elles-mêmes. À l'entendre, les coup? étaient produits par un jeu de l'orteil , au besoin de la cheville ; il n'y avait qu'à chauffer le pied e: l'exercer convenablement ; en le plaçant à des endroits choisis, on produisait des bruits à volonté*
qui paraissaient partir de différents points plus ou moins éloignés. Quant à arrêter l'interrogateur sur une lettre plutôt que sur une autre , c'était l'affaire d'un compère ou de la perspicacité de l'opérateur, éclairé par l'émotion de celui qui parcourt cet alphabet. Toutefois cette révélation n'arrêta point le vol du prodige.
L'intermédiaire entre les esprits et le vulgaire s'appelle médium.
Voici l'appareil nécessaire. En général , quelques personnes se réunissent autour d'une table ; s'il s'y trouve un ou plusieurs médiums déjà connus, c'est d'autant mieux. On se tient par la main, mais on peut aussi garder les mains libres: on fixe la pensée commune sur ce sujet par des lectures publiques ou des chants , à moins qu'on ne demeure en silence ; l'obscurité est très-favorable pour prévenir les distractions ; il est très-désirable qu'on soit du même avis sur cette matière. Tantôt il arrive quelque chose et tantôt il n'arrive rien, malgré des séances de plusieurs heures; ce qui dépend de l'état physique ou moral de quelqu'une des personnes qui composent le cercle.
Les manifestations sont de plusieurs sortes. Il y a les esprits frappeurs, qui s'annoncent par des coups donnés aux objets où des mouvements qu'ils leur impriment. Pour faire de cela une langue , il n'y a qu'à convenir avec l'esprit. Le mouvement dans tel
ou tel sens signifiera oui ou non : une assiette qui tournera à gauche affirmera, à droite niera. Dans la famille Fox , trois coups marquent l'affirmation , un coup la négation, deux: coups le doute, car le doute est prévu. Pour rendre l'entretien plus rapide,, on promène un crayon sur un alphabet imprimé , et l'esprit frappe un coup à la lettre qui désigne. Quelquefois aussi il veut interroger et demande par cinq coups qui se suivent rapidement qu'on récite l'alphabet.
Malgré ces perfectionnements ingénieux , on sent tout ce que ce procédé a de lenteur : le génie du médium n'est qu'une longue patience. Ceci est plu* prtompt.
H y a des médiums gesticulants, qui, sous l'influence dé l'esprit, tombent dans des crises nerveuses, semblables, dit-on; aux crises magnétiques. Ce sont alors des automates mus par une âme étrangère; aux questions verbales ou même mentales qu'on adresse à l'esprit, ils répondent par des mouvements du corps , de la tête ou de la main, ou en promenant le doigt sur les lettres d'un alphabet avec une extrême vitesse.
Les médiums écrivants écrivent ou figurent les choses. Ils publient ainsi des journaux.
Les médiums parlants font des cours et des discours comme d'eux-mêmes, mais ils sont violente parfesprit.»
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Par un progrès naturel, le langage des esprits est arrivé , dans de certains lieux , à un merveilleux degré de rapidité. Le tout est de l'entendre. Voici, par exemple, une de leurs phrases : Ri-e-lou-couze-ta ; traduite, elle a donné ceci : « Comme le ciel et les sphères spirituelles doivent devenir la future habitation de tout le genre humain, aussi la connaissance doit l'accompagner dans les sentiers de la sagesse ; tandis que la paix et l'amour, dans une chaîne de bonté , uniront l'univers par les liens de l'harmorne, » (Spirit rapping in England and Americçt.)
Les esprits évoqués sont, en général, ou des personnages illustres, ou des parents et des amis perdus.
Les médiums se révèlent euX-mémes à l'épreuve, ou sont désignés par des médiums déjà développés. Il y en a de tout âge, de tout sexe, de tout état, de tout caractère, des magistrats, des ministres et des hommes grossiers, des personnes vénérables et des coquins. Grâce à cela , on en comptait , aux États- Unis, au commencement de 1853, de trente à quarante mille; il y en aurait, dif-oii, quarante mille dans New-York seul, et cinq cent mille dans toute l'Union. La perfection du médium est de se faire instrument passif à la volonté de l'esprit.
Quel est l'objet des communications faites par les esprits ? H est très- varié. — Histoire. Faits anciens oubliés, faits récents ignorés, faits lointains, faits à venir. Des médiums racontent ou représentent des
scènes de la vie d'une personne qu'ils n'ont jamais connue. On a vu la révélation de Charles Rayn aux États Unis. Il y a quelque temps, à Paris, une table lucide a déclaré devant une assemblée illustre qo> Montgommery avait tué exprès Henri II ; et il arriv. de tous côtés des prédictions dont on verra l'effet plu* tard. — Médecine. Des médiums décrivent les maladies de ceux qui les consultent, en indiquent 1* remèdes ou les guérissent avec la main. — Affaire*. Ils donnent quelquefois d'excellentes consultations. — Littérature. On a entendu des médium* parler des langues inconnues , mais cela n'es* qu'une curiosité ; ce qui vaut mieux , ce sont de* pièces de poésie , des contes entiers dictés pr Burns, Campbell, Southey, Edgar Poe, etc., et publiés à Londres par M. Spicer (Sights and sounds Apparitions et bruits). On a imprimé à la Guadeloupe, en 1853, Juanita, nouvelle par vne chais*. suivie d'un proverbe et de quelques œuvres choisi* du même auteur. Avec Juanita, on a le Magnitism. proverbe à six personnages. — Inspirations : Poesi* Voici un quatrain détaché :
Il est un ange , jeune fille , Qui , simple à la fois et gentille, Promet un céleste bonheur A celui qui prendra son cœur*.
I. Voir à la bibliothèque de l'Institut, ou Chemul, et U Baguette divinatoire.
— Religion et philosophie» C'est le vrai terrain des esprits. Ils s'accordent entièrement sur l'immortalité de rame, ce qui doit être, et ne tarissent pas sur la grandeur , la bonté de Dieu et la charité mutuelle que nous devons avoir; du reste, pour le plus grand nombre, c'est un esprit hardi de réforme qui nie le surnaturel du christianisme et en attaque les dogmes principaux. Sur ce fond ils ont dessiné les inventions les plus admirables : en haut, l'éducation continuée à travers les plaisirs de toutes sortes; en bas l'avénement futur de l'âge d'or, par l'expansion de la doctrine nouvelle, l'union prochaine de tous les hommes, et la réconciliation avec la nature, qui se transformera pour leur plaire. En attendant l'harmonie universelle, les esprits s'accusent les uns les autres de mensonge ; les esprits supérieurs signalent ceux de la basse classe comme grossiers et pleins de vices, et désavouent leurs médiums comme n'étant pas suffisamment passifs ou ayant une folie particulière. Les rétractations posthumes de plusieurs grands personnages ont jeté beaucoup de trouble dans les croyances. Dans un très-intéressant article de la Revue des Deux-Mondes (t*r septembre 1863), M. A. Maury a établi la filiation de ces mystères.
La doctrine nouvelle s'appelle le spiritualisme. Quand on se dira spiritualiste , il faudra désormais
ajouter si on Test à la façon de Platon, de Descarte> et de Malebranche, ou de la famille Fox.
Dans le mois de janvier 1854, une pétition de spiritualistes américains est adressée au Sénat el a la chambre des Représentants des États-Unis , demandant qu'une commission soit nommée pour examiner les nouveaux, phénomènes, devenus m communs dans le nord, le centre et l'ouest <lt l'Union : 1° une force occulte dérange la position normale d'un grand nombre de corps pesanb. contre les lois connues de la nature ; 2°"des éclairet des clartés de. différentes formes et de. couleur variées apparaissent dans des salles obscures, sancause scientifique qui puisse les produire ; 3° de> bruits inexplicables sont produits ; ils varient beaucoup : de simples frappements , des bruits de tempêtes , des détonations avec ébranlement de la maison entière où elles éclatent, des harmonies d< voix humaines .ou plus souvent d'instruments de musique, fifre, tambour, trompette, guitaiv. harpe, piano; quelquefois des instruments rârt vibrant d'eux-mêmes; 4° les fonctions normaio du corps et de l'esprit humain sont altérées : k* membres prenant le froid et la rigidité cadavérique. la respiration suspendue pendant des heures et dr* journées entières ; tantôt, et dans des cas nombreux, sont venus à la suite des dérangcme:> d'esprit et des maladies incurables; tantôt, au cou-
raire , des guérisons de maladies invétérées. Tous ;es effets ont été vus par des milliers de personnes nlelligentes et raisonnables. Il y a deux opinions iur'les causes : les uns lès attribuent au pouvoir ;t à l'intelligence des esprits des morts, agissant >ar le moyen et au travers des éléments subtils et mpondérables qui parcourent et pénètrent toutes es formes matérielles (l'agent mystérieux de ces manifestations semble être de cet avis); les autres pensent qu'on parviendra à tout expliquer par tes principes reconnus de la physique et de la métaphysique. Les premiers comptent parmi eux un grand nombre d'hommes également distingués par leur valeur morale , leur éducation , leur puissance intellectuelle, et par l'éminence de leur position sociale et de leur influence politique ; les seconds ne sont pas moins distingués. Les pétitionnaires tiennent pour les premiers. En tout cas , les nouveaux phénomènes sont destinés à changer considérablement la condition physique, le dévelop-. peinent mental, le caractère moral d'une large fraction du peuple américain , et par suite la foi , la philosophie et le gouvernement du monde.
Comment le spiritualisme fut-il reçu en France ? Au milieu du mois de mai 1853 parut une brochure intitulée : Le mystère de la danse des tables dévoilé par ses rapports avec les manifestations spirituelles d'Amérique, par un catholique. L'auteur rend
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compte des manifestations d'esprits survenues en Amérique, et rapprochant ces faits des faits qui occupent l'Europe, il veut « qu'on se hâte d'étudier les questions expérimentalement, d'une manière grave et approfondie , au lieu de se faire un simple jeu d'une chose aussi importante. » Et il ajoute que cela n'est pas difficile ; qu'on interroge d'abord les objets mis en mouvement, qu'on s'assure qu'ils "répondent pertinemment, même souvent à de* questions mentales, et sur des faits que les personnes présentes ignorent, ce qui sera déjà une présomption bien forte d'une intervention surnaturelle; qu'on leur pose, pour plus de certitude, des questions telles que les suivantes : Quelle est la force qui fait mouvoir les tables? Est-ce l'électricité , le magnétisme animal ou une puissance surnaturelle? Est-ce l'esprit d'une personne décédée. et dans ce cas, quel est son nom , que veut-il ? Que pense-t-il de la vie future et des différentes religions? Y a-t-il un enfer? etc., etc. 11 termine ainsi : « Alors , j'en ai la confiance , au lieu de regarder ou de faire danser des tables , prêtres et laïques fidèles frémiront en pensant au danger qui 1rs a menacés, et leur foi, rajeunie par la vue des prestiges qui rappellent les temps de la primitif Église et du moyen âge , deviendra capable de sou* lever des montagnes. Alors, saisissant leur béton pastoral pour la défense de leur cher troupeau .
NN. SS. les évêques, et, s'il le faut, N. S. P. le Pape s'écrieront, au nom de celui à qui tout pouvoir a été donné au ciel , sur la terre et dans les enfers : Vade rétro Satanas ! (Arrière, Satan!) Parole qui n'aura jamais reçu une plus juste application, v
En plusieurs endroits l'autorité spirituelle interdit ces curiosités dangereuses. Le P. Ventura (Lettre à M. Eudes de Mirville) voit dans les phénomènes nouveaux, malgré leur apparence de puérilité, un des plus grands événements de notre siècle. « Il sort déjà de toutes ces choses de merveilleuses leçons. Il en sort, en effc;t, la justification de l'Évangile et de la foi, la condamnation définitive d'un rationalisme terrassé par les faits, et par conséquent la glorification prochaine de tout le passé de la véritable Église, et même de ce moyen âge si calomnié, si travesti, si gratuitement doté de tant de ténèbres. Les événements politiques de ces derniers temps s'étaient chargés de lui donner raison, à ce moyen âge, sous le rapport du bon sens en matière gouvernementale ; et voilà des faits d'une nature tout à fait étrange qui viennent le venger des accusations d'une crédulité superstitieuse. » Tout sert en ménage.
Un ouvrage qui fit une très-grande sensation fut
:elui du marquis Eudes de Mirville : Des esprits et
le leurs manifestations fluidiques , mémoire adressé
ï l'Académie. Le volume, par ses proportions,
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marquait l'importance du sujet : c'était Thistoinuniverselle du merveilleux, et la généalogie du prodige récent, depuis Simon le magicien jusqu'aux sorciers de nos campagnes , avec une insinuation sur les loups-garous. C'était aussi la philosophie de la chose. Cette philosophie , ce sont 1* démons, des esprits servis par un fluide, circulai dans ce monde et y accomplissant des phénomène* impossibles aux lois ordinaires de la nature. Le plus caractéristique est la surintelligence, par laquelle un sujet devine ce qui est caché et même o qui n'existe pas encore. Ce qui nous étonne aujourd'hui s'est passé avant nous, en tout temps, en tort lieu , et les savants de profession se sont évertués * expliquer la croyance à ces faits par la superstition ou leur accomplissement soit par la jonglerie, soit par la puissance des nerfs et de l'imagination. Maintenant on sait la vérité.
L'auteur, qui a du courage, ne recule devant aucun récit. Pour la critique historique, il ne* montre pas plus difficile que Voltaire :
1° Un grand nombre de témoins très-sensés e' avant bien vu,
2° Se portant bien,
3° N'avant nul intérêt à la chose,