‹ Aventures de deux parisiennes pendant la terreurChapitre 18 sur 39 · AVENTURES DE DEI'X PARISIENNES · texte numérisé non relu

AVENTURES DE DEI'X PARISIENNES

plus puissante et aussi aimante que moi. Ne néglige pas de la prier chaque jour, si tu veux rester mon chaste et gentil Rossignol. »

Elle alla, avec beaucoup de précaution, soulever une planche sous son lit. Elle ouvrit une cachette. Elle en retira une statuette de la sainte Vierge. Elle s'agenouilla et pria en pleurant, jusqu'à ce que le sommeil la saisît et abaissât sa tête mignonne sur la table 011 elle avait posé la petite statue.

Elle se réveilla sous les caresses du soleil levant. Le rayon qui la touchait tombait sur la face blanche dç la Vierge qu'il faisait resplendir. Elle garda longtemps les regards fixés sur cette douce et grave physionomie qui lui l'appelait tant de souvenirs de sa première enfance. Ses larmes coulèrent de nouveau, mais cette fois sans angoisse, bienfaisantes et pour ainsi dire toutes claires : la première pluie de la douleur avait lavé cette âme naïve que le mal n'avait guère encore salie.

Elle se releva. Un brusque et franc sourire dérida son visage, car son vif et candide esprit ne pouvait, sans grande cause, rester longtemps en brouille avec la gaieté : elle pensait que si depuis des mois elle ne s'était pas agenouillée, au moins elle était restée à genoux assez longtemps pour faire la compensation. Elle se coucha, après avoir caché de nouveau la relique maternelle. Elle s'endormit, en murmurant quelques aii-s de cantiques qu'elle trouvait à grand'peine et par lambeaux, comme ensevelis dans sa mémoire soùs des monceaux de chansons patriotiques ou

cyniques que le vertueux Dubois lui avait fait chanter pour plaire au peuple souverain.

Il était tard quand elle se leva. Elle prit à peine le temps d'embrasser son père qui la voulait retenir pour lui raconter son triomphe de la veille. Elle courut littéralement jusqu'à la inie de Chartres: Elle avait hâte de confesser à Emilie l'accès de coquetterie qu'elle avait eu la veille. Emilie n'y était pas. Lise attendit deux heures. On lui vint dire que la citoyenne Crassus était chez les Duplay et qu'elle ne rentrerait pas pour dîner.

Elle reprit le chemin de la inie de Sèvres. En y entrant, elle remarqua que la rue était bien bmyante et remplie d'une masse de peuple qui paraissait agitée par quelque événement extraordinaire. Mais les événements extraordinaires étaient devenus si ordinaires, le peuple était si aisément agité et bruyant, qu'elle ne s'en inquiéta pas. Pourtant elle eut un léger serrement de cœur quand elle vit que la foule était plus dense aux environs de sa demeure. Elle hâta le pas et entra, sans guère écouter ou regarder autour d'elle .

Le jardin était occupé par un peloton de Sectionnaires. Son cœur commença à battre vivement. Elle s'avança vers la maison.

— Où est mon père, le vertueux Dubois ? demanda-t-elle à Piget-Villars qui se tenait sur le seuil.

— Ton père, le vertueux Dubois, est un hideux scélérat, un anti-révolutionnaire hypocrite, un de ces riches égoïstes qui serpentent dans les voies obliques

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d'un rusé sans-culottisme. Mais l'auguste Comité qui préside aux destinées du salut public a saLri le fil de ses trames impures. Il y a deux heures j la Section a reçu Tordre de l'arrêter. Il est déjà au secret dans la maison d'arrêt de la Section. Il ne tardera pas à être transféré à *Lazare, pour aller bientôt après mettre la tête à la chatière afin de voir sa Pitt et Cobourg accourent le délivrer.

Le coup était tellement inattendu, même en ce temps où rien n'était surprenant et oii la fantaisie furieuse et insensée de la classe dirigeante avait habitué les esprits à un flegme merveilleux ; le juge de paix était si prudent, si soumis à tous les caprices des sans-culottes, si sincèrement dévoué d'ailleurs à la Révolution, que cette arrestation parut à lise absolument impossible et ridicule. L'injustice et la sottise du fait la feisirent tout d'abord plus que tout le reste.

— Allons, citoyen Piget, vous savez bien que c'est impossible et qu'il y a là quelque erreur, cpielque malentendu.

Elle entra vivement dans la maison.

— Halte-là, coquine ! s'écria la voix rude du président Ballière, lequel, accompagné de Requain, posait les scellés dans le cabinet du juge. Je savais bien que ça finirait comme ça, et ce scélérat4à ne m'a jamais trompé.

C'était donc vrai ! c'était donc sérieux ! En ce moment Lise se sentit suffoquée. Elle avait songé jusqu'ici au ridicule de l'accusation. Tout brusquement, elle

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