‹ Aventures de deux parisiennes pendant la terreurChapitre 19 sur 39 · W^WM · texte numérisé non relu

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se dit que nulle accusation n'était ridicule pour ces brutes féroces.

En un instant, elle vit se renverser tout cet échafaudage de paradoxes par où on soutenait depuis quatre années toutes tes folies du Jacobinisme. Elle se rappela que cent mille individus aussi innocents que son père, avaient été emprisonnés, et que les arguments qui avaient servi à guillotiner des milliere d'êtres, — le salut du peuple, la volonté du peuple, l'infaillibilité du peuple, la sagesse du peuple, — pouvaient également servir à guillotiner son père. Elle comprit, en cet instant, toute l'iniquité, l'ineptie des représentants de ce peuple, aussi bien des commissaires de la Section cpe des jurés et des juges. Elle le comprit, parce que mille preuves, plus convaincantes les imes que les autres, de l'innocence de son père saisirent son cerveau, et que pourtant elle eut aussi la conviction que nulle de ces preuves iiTéfragables n'aurait aucmie vertu auprès de l'opinion, auprès des sectionnaires, auprès des Comités, auprès des jurés. Elle le comprit, parce que toutes les phrases vagues à l'aide desquelles on condamnait, chaque jour, à mort les premiers venus, pouvaient aussi bien s'appliquer à son père qu'à n'importe quel autre de ces accusés! Pourtant elle voulut résister encore à cette évidence.

— Mais citoyens, je ne trouve que cela à vous dire : c'est impossible. Vous connaissez mon père, je le connais bien aussi aussi peut-être. Vous savez qu'il est le plus franc Montagnard, le plus dévoué

des révolutionnaires. N'est-il pas un des plus anciens, un des pères de la Révolution ? Ne lui a-t-il pas tout donné, obéi en tout ? Quand avez-vous entendu un mot ou un signe qui ne fût pas d'un esclave du peuple? Vous le portiez hier en triomphe. Moi qui ai vu toutes ses pensées, je vous -jure, par tout ce qu'il y a de plus sacré, que jamais un être n'a aimé la République avec une ferveur aussi magnanime. Quelles raisons, je vous le demande, pouvez-vous trouver pour commettre le crime d'arrêter un bon patriote ?

— Prends garde à toi, péronnelle. Dis encore un mot, et je te clos le bec en t'envoyant à la geôle. Des raisons ! Prends-tu les sans-culottes pour des donneurs de raisons? A quoi donc servirait la souveraineté du peuple s'il lui fallait donner des raisons? La raison, la voici : ordre du Comité de Salut public, signé Robespierre, Couthon et Barère. Des raisons, c'est Fouquier-Tinville qui est chaîné d'en donner, et encore c'est inutile : le rasoir national doit être le seul raisonneur.

Lise était vaillante, et malgré la corruption révolutionnaire que son père travaillait depuis tant d'années à lui inoculer, elle avait conservé de la justesse d'esprit. Elle comprit qu'elle devait, dans l'intérêt même de son père, garder la liberté de ses mouvements. Elle pensa à sa cousine Emilie, à son amie Éléonore Duplay, qui obtiendraient bien aisément la liberté du prisonnier, eût-il commis cent fois plus de crimes antipatriotiques qu'il n'était possible de le supposer.

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— Citoyen Ballière, dit-elle froidement, tu n'es pas aujourd'hui en meilleure situation patriotique que le vertueux Dubois n'était hier, et si l'on t'arrête deniain, on pourra te donner les mêmes raisons que tu donnes aujourd'hui. Les trouveras-tu bonnes? * ' — Allons, dit Requain, dont la galanterie avait fort baissé depuis le mandat d'aiTêt, mais qui était moins foncièrement corrompu que ses compagnons, ne te fâche pas, Ballière. On ne peut pas demander à une jolie citoyenne les vertus d'un Brutus, qui eût vu guillotiner son père en criant : Vivent les sans-culottes ! Viens avec nous, citoyenne. Puisque tu n'es pas encore arrêtée, il est juste que tu conserves ta chambre ; nous allons voir s'il n'y a rien de suspect et nous n'y mettrons pas les scellés.

lise pensa à la petite statuette et à bien d'autres objets compromettants qui se trouvaient dans la cachette. Mais l'examen fut fait superficiellement par le gracieux vidangeur.

Les scellés mis, une dizaine d'individus se présentèrent. Ils appartenaient à cette corporation nouvelle que la Révolution avait créée, en utilisant les aboyeurs, les débauchés de chaque section ; à cette corporation de gamisaires, chargés de surveiller la personne et les biens des suspects, qui les payaient pour recevoir les insultes, pour les voir dévorer les provisions et s'enivrer en hurlant les chansons patriotiques.

Le président Ballière, ayant écouté Ténumération des actes de brutalité qu'ils appelaient des preuves

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