LA JOURNÉE
Sans attendre que ces dispositions éclatassent davantage, le commandant des Quinze-Vingts forma son bataillon en colonne, fit sortir des éclaireurs pour en couvrir les flancs, et il nous demanda un détachement d'élite pour renforcer son avant-garde. Les autres bataillons imitèrent ce mouvement, et tous ensemble, par une résolution spontanée, nous sortimes du Champ de Mars, en manifestant notre indignation et notre douleur.
Près des Invalides nous rencontrâmes un bataillon, celui des Arcis, je crois, qui, pour obéir à la réquisition de la Municipalité, s'était mis en marche. Il voulut, sans aller plus loin, apprendre de nous quels avaient été les événements ; il les jugea comme nous, et au lieu d'aller au Champ de Mars, il se joignit à notre colonne, en témoignant par ses acclamations la sympathie que lui inspirait notre conduite.
On peut apprendre par ce fait quelle fui l'opinion de Paris sur cette fatale journée. Les récits officiels qu’on en fit le lendemain, et les circonstances par lesquelles on voujut la justifier, ne changèrent rien au premier jugement qu'on en avait porté. Tout le monde savait bien qu'il n’y avait rien de commun entre le meurtre de deux-invalides, tués le matin au Gros-Caillou, et la réumion fortuite, dans l'après-midi, de vingt à trente mille familles de promeneurs dans l'enceinte du Champ de Mars. Personne ne crut qu’il s'était trouvé un homme assez insensé pour aller témérairement ürer,à brûle-pourpoint sur le maire et le commandant en chef, — assez maladroit pour n’atteindre personne, — et assez habile pour n’être ni arrêté, ni connu en commettant un tel attentat au milieu de vingt mille hommes de troupes ayant leurs armes chargées et étant bien disposés à n'épargner personne, comme le prouva l’événement. Quant
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