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DU CHAMP DE MARS

à la pétition, qui fut l'origine ou plutôt le prétexte de c& coup d'Etat, elle était dans ce temps parfaitement légale, et toutes les opinions avaient le droit de se manifester, sans entraves, par ce moyen, aussi bien que par l'usage de Îa presse.

Épouvantée de son cruel succès, l'autorité s’eflorça d'en dissimuler les effets; elle affirma avec une intrépidité d'imposture, qui cependant ne fit naître aucune illusion, que vingt mille coups de fusil, tirés sur une population compacte, s’élevant de gradin en gradin jusqu'au sommet d'un immense amphithéâtre, n’avaient frappé mortellement que neuf personnes. Tout Paris crut que ce nombre montait à dix-huit cents, et que, pour dérober la connaissance de tant de meurtres, on avait, pendant la nuit, enseveli les cadavres dans les eaux de la Seine, qui coulent près de là.

Le massacre du Champ-de-Mars fut, comme autrefois celui de Vassy, la source des discordes civiles les plus terribles. Il divisa la garde nationale en deux partis irréconciliables, et il donna le fatal exemple d’ensanglanter la cité, pour faire dominer une opinion politique par la ter- TOUT Cette odieuse lecon ne fut pas perdue.

Les effets de ce triste événement ne sont que trop certains, mais il reste une grande obscurité sur ses causes el sur ses auteurs. On l’attribua au général La Fayette, qui, pour faire prévaloir la monarchie constitutionnelle, avait comprimé par la violence une manifestation républicaine. Sans doute le général était royaliste, et croyait qu'il était possible de relever et d'affermir le trône. Mais il n'était pas de caractère à vouloir réussir à tout prix et à payer le succès d’une opinion par un crime qui aurait entaché sa vie. Le

maire de Paris, Bailly, avait les mœurs pacifiques d’un savant ; il pouvait bien vouloir faire peur à des agitateurs qui l’effrayaient, sans toutefois qu’il pût entrer dans un esprit calme et philosophique comme le sien d’ouvrir un feu meurtrier de mousqueterie sur une foule désarmée. L'un et l’autre ne furent assurément coupables que d’avoir fourni imprudemment à des gens passionnés et pervers, une occasion de renouveler dans le même but et par les mêmes moyens la tragédie sanglante de Nancy. Une circonstance bizarre, c’est que dans leur position critique et perplexe, ni le général ni le maire ne put se disculper en faisant connaître qu’il n’avait point donné l’ordre de tirer. Le secret qu'ils gardèrent, ne profita point à ceux pour qui ils s'étaient dévoués, et leur attira à tous les deux les plus horribles catastrophes qu’aient jamais éprouvées des hommes innocents. Les cachots d’Olmütz et les fossés du Champ de Mars sont des monuments de l'injustice et de l’ingratitude humaines, qui le disputent à la ciguë de Socrate et à la croix du Calvaire.

10 août 1792.

Rien appris, rien oublié.

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