‹ Aventures de guerreChapitre 2 sur 62 · AE 04 FEAT IONS NA ITE · texte numérisé non relu

AE 04 FEAT IONS NA ITE

ms + fée” ThCa

le vainqueur d’'Hohenlinden, le Xénophon de la plus belle retraite des temps modernes, était alors prévôt de l École de droit, c’est-à-dire l’un des jeunes avocats destinés à soutenir l'honneur du barreau de Rennes.

En voyant cette ville produire tant d'hommes éminents, il semble qu’elle devait avoir une Université peuplée d'étudiants laborieux et savants. Pas du tout. Excepté un petit groupe d’écoliers penauds griffonnant dans le coin le plus obscur des classes, et qu'on qualifiait de piocheurs et de culs de plomb, personne au collége ne s’occupait sérieusement de ses études, et chacun employait pour s’en dispenser bien plus d'intelligence qu'il n’en aurait fallu pour y réussir.

Toute cette jeunesse était divisée en deux classes séparées l'une de l’autre, comme l'aristocratie l’est du populaire. La première était composée des grands étudiants, qui aflectaient les manières viriles. Leur vie se passait au café, à la salle d'escrime, et lorsqu'ils avaient de l’argent ou du crédit, dans de joyeuses et gaillardes parties de plaisir suivies souvent de tapages nocturnes, de duels, de dettes et de regrets. Les écoliers des classes inférieures formaient la plèbe du collége. J'avais l'honneur, assez chèrement acquis, d’être l’un des leurs. C'était une population turbulente et indisciplinable, dont la dissipation et l’insouciance rendaient l'intelligence inutile. L’unique occupation de chaque jour était d'inventer quelque espièglerie nouvelle, quelques méchants tours, quelque ruse pour mal faire sans encourir des punitions. Le bedeau, sorte d’huissier collégial, posté au pied de la chaire du professeur pour exécuter ses mandats, fournissait par sa mine grotesque un thème perpétuel de plaisanteries et de niches plus ou moins innocentes. Sa perruque rousse et indéfrisable était le but des plus pro-

Page 1