AVANT-PROPOS
La première partie des Aventures de La{arille de 7 ormes fut écrite vers i525, par don Diego Hurtado de Mendoza^ alors étudiant de T Université de Salamanque.
C'était un joyeux compagnon & un garçon d'esprit qui promettait déjà ce qu'il a tenu plus tard (i). Mais^ s'il eft permis de supposer que ses camarades d'étude prirent grand plaisir à lui entendre conter cette folle équipée, il eft encore
(i) Hurtado de Mendoza^qui avait fait de très-brillantes études, servit pendant quelques années en Italie dans les armées de l'empereur Charles* Q.uint, sans négliger pour cela le culte des lettres. Il assifta en qualité d'ambassadeur au concile de Trente & y montra une rare solidité d'esprit & une très-grande habileté diplomatique. Conseiller d'État en 1 554, il fut exilé de la cour en 1567 par Philippe II, qui, malgré les services qu'ilavait rendus à l'État, ne pouvait lui pardonner d'avoir écrit, dans sa jeunesse, les Aventures de La\arille de Tormes, livre condamne par
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plus probable que le saint-office eût montré à Fauteur de quel bois il se chauffait, s'il avait eu la mauvaise inspiration d'envoyer son manuscrit chez Timprimeur.
Le père de Mendoza était comte de Tendilla & marquis de Monde) ar, & son grand-père maternel, duc d'Escalona ; ne voulant pas compromettre d'aussi grands personnages & aussi sa propre peau, l'étudiant Mendoza jeta son manuscrit au fond d'un vieux bahut où il dormit en paix près de vingt-sept ans sous son enveloppe de parchemin.
Nommé capitaine d'une compagnie qui allait renforcer la garnison espagnole dans le Milanais, don Diego de Mendoza emmena Lazarille avec lui, comme un bon compagnon de voyage. Les feuillets, tout poudreux, étaient devenus aussi jaunes que la face duu Maure; mais le drôle avait conservé sa joyeuse humeur, & les officiers de Charles-Quint rirent d'aussi bon cœur que les étudiants de Salamanque au récit de ses aventures.
Par cela même qu'il n'avait pu présenter dans le monde ce fils de sa pensée, Mendoza aimait son Lazarille, comme on aime l'enfant de Tamour qui ressemble à sa mère & reflète le souvenir des riantes années de jeunesse.
l'Inquisition. H. de Mendoza se retira à Grenade^ où il résida jusqu'en t574; rentré en grâce vers cette époque, il retourna à Madrid^ oU il mourut peu de temps après.
Vaillant capitaine, diplomate diitingué, écrivain illuHre^ H. de Mendoza a publié des poésies remarquables & une eicellente hiftoire de la Guerre contre les Maures de Grenade.
AVANT-PROPOS lit
La conscience du père, qui doit aide & protedion à son fils, & l'amour - propre de Tauteur s'éveiUant en même temps, Mendoza prit, un matin, son manuscrit, une bourse bien garnie de pifioles & se rendit chez Timprimeur.
Mais, chemin faisant, il songea qu'il y avait là encore un petit inconvénient à user de Tinvention de Jean Gensfieisch de Sulgeloch, autrement dit Gutenberg.
L'Inquisition italienne aimait tout aussi peu les romans de mœurs légères, où Ton riait à ses dépens, que son cousin le saint«*office d'Espagne; &, 1^ cas échéant, elle procédait avec la même conviélion, avec la seule nuance qu'elle disloquait les membres du romancier avant de le brûler vif, tandis que les Espagnols lui chauffaient la plante des pieds ou le remplissaient d'eau comme une outre.
Or ce petit inconvénient fit rebrousser chemin à don Diego de Mendoza, qui comprit qu'il fallait se séparer de son cher Lazarille & l'envoyer respirer un air plus salubre. L'occasion était d'ailleurs toute trouvée ; un de ses compagnons d'armes allait partir pour les Flandres, porteur d'un message pour la gouvernante, Marguerite de Parme.
Roulé dans un portç-manteau de cavalier, Lazarille franchit en croupe les portes de Bruxelles, après quarante jours de route.
Avant de se séparer de lui, Mendoza, qui l'abandonnait à la garde de Dieu & au bon plaisir des imprimeurs hollandais, avait effacé son nom sur le premier feuillet du manuscrit.
Seul responsable à l'avenir de ses ades, Lazarille de