IV AVANT-PROPOS
Tormes devait passer pour le seul auteur du récit de ses aventures, escrites par lui-tnesme*
Lazarille & son compagnon de voyage retrouvèrent l'inquisition qui emménageait à Bruxelles, à Anvers & autres lieux ; mais elle avait beau gonfler ses joues blafardes pour souffler son feu, les brouillards de T Escaut mouillaient ses fagots, & ses tenailles se rouillaient dans ses steens.
Le pays était malsain pour ses tortionnaires, qui y grelottaient la fièvre des polders.
Elle faisait horreur & pitié, & les braves Flamands, qui devaient quelques années plus tard se faire tuer pour la défense de leurs libertés politiques & reli^euses, passaient la tête haute & le regard menaçant devant ses cagoules jaunes.
La haine religieuse & l'exécration de la domination étrangère faisaient alors arme de tout contre l'Espagne.
Un imprimeur anversois lut le manuscrit de Lazarille & le mit sous presse, comme un frondeur met un caillou dans sa fronde pour l'envoyer dans les lignes ennemies.
Le caillou fendit l'air en sifflant & alla ricocher en Espagne.
Relié en veau, avec tranches carmjinées & titres tirés en rouge, Laiarille de Tormes fit sa première apparition à Anvers, l'an de grâce i553, en format in-i6.
C'était alors un grand garçon de vingt-huit ans, haut sur pattes, largement fendu de gueule, fleuri de trogne & parlant gras comme un muletier afturien ; n'ayant rien à craindre & à perdre sur cette terre proteftrice des gueux, il s'en