Aventures de Saturnin Fichet
Marthe cependant s'informait à Fontevieux de ce qu'il fallait à mademoiselle; elle lui demandait si elle avait faim, si elle avait soif, si elle avait froid, et Georges, qui ne voulait pas troubler Thérèse dans le pieux épanchement de son cœur, répondit à Marthe qu'elle préparât tout ce qu'elle voudrait.
Un moment après, la vieille entrait avec un énorme fagot qu'elle jetait dans la cheminée, pendant que Thérèse se relevait calme et heureuse, et tendait la main à Fontevieux en lui disant :
—Merci, Georges, maintenant que j'ai prié et pleuré devant l'imagedema mère, je me sens plus de courage pour souffrir, si je dois souffrir encore; pour mourir, si la mort doit me venir bientôt.
Mais déjà le feu flambait au foyer avec ce joyeux pétillement qui semble saluer l'arrivée du maître. Les bougies allumées éclairaient le salon , et deux fauteuils.
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approchés de chaque côté du feu, invitaient les voyageurs à réchauffer leurs membres glacés et endoloris.
— Asseyons-nous un moment, dit Thérèse à Georges.
Et tous deux prirent place aux deux côtés delà cheminée éclatante de flamme* Le vieux Baptiste était revenu, et son bonnet à la main, incliné devant Thérèse , il la regardait à travers de grosses larmes.
— Ah ! pauvre mademoiselle, pauvre mademoiselle, lui disait-il, que de fois
nous avons pleuré en pensant à vous !
Bonté du ciel t est-ce une vie que celle que vous menez ? toujours en route, souvent sans toit et sans lit, n'ayant pas toujours du pain à manger, quand moi et ma femme, de pauvres paysans, qui sommes nés pour le travail et la peine , nous nous voyons ici bien à l'aise et faisant bonne chère ! Ah! je me suis bien souvent reproché notre sommeil et le pain que nous mangions.
— Eh bien, mon bon Baptiste, lui dit Thérèse en souriant, puisque vous faites si bonne chère en mon absence, tâchez de me la faire partager, maintenant que
me voilà. Monsieur de Fonte vieux et moi nous sommes à cheval depuis sept heures, et nous avons besoin de réparer nos forces pour repartir.
— Quoi ! vous voulez nous quitter ? dit la vieille Marthe. Oh ! vous resterez ici, maintenant; nous vous soignerons, nous vous servirons , et vous verrez qu'on est toujours mieux dans la maison de son père et de sa mère que dans celle des autres, fussent-ils des princes et des rois.
— Ma maison est proscrite, et me cacherait mal, dit Thérèse; je repartirai
cette nuit, mais je vous en prie, serveznous quelque chose.
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— Eh ! dit Baptiste en s' adressant à sa femme, que peux-tu donner à mademoiselle?
— Tout ce qu'elle voudra; je vais aller «aanoiip senioY 80oy chez le Boulanger, chez le boucher, parafe.
tout.
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— Ne faites point cela , fit vivement
Fontevieux; ce serait hors de vos habi-
tildes, ce serait avenir tout le monde que
quelqu un est arrive dans la maison.
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— Cest vrai, dit Thérèse ; mais, ajouta-t-elle en souriant, il doit vous rester quelque chose de votre bonne chère.
— Dame, dit la vieille Marthe, un petit brin de lard avec des choux et un morceau de pain bis , voilà ce qu'il y a dans la huche.
-~ Nous ne sommes pas accoutumés à de meilleurs repas, dit Thérèse avec un soupir douloureux, allez nous chercher votre pain bis.
Cette misère qui n'avait jamais occupée mademoiselle de Moëllien au milieu
de ses courses errantes, lui fut pénible et douloureuse dans sa propre maison; mais ce sentiment s'effaça bientôt devant les soins empressés des deux vieillards. L'ingénieuse activité de Marthe parvint à organiser un souper presque splendide, comparativement à ce quelle avait d'abord annoncé. Une volaille , des œufs, quelques fruits, aussiprécieusement conservés que si la maîtresse de la maison avait présidé à leur arrangement, firent de ce repas une sorte de régal pour ceux qui depuis quelque temps ne vivaient que d'un morceau de pain, qu'ils parvenaient à acheter par hasard. Et puis le linge était blanc, la vaisselle resplendis-
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sait, le feu continuait k flamber joyeusement dans la vaste cheminée.
Ce sentiment de bien-être fut si puissant sur Thérèse qu'elle s'écria tout-àcoup et avec un accent heureux :
— Ohî on est bien ici !
Thérèse avait ordonné à Baptiste et à sa femme de rentrer chez eux et d'attendre ses ordres. Elle et Fontevieux étaient de chaque côté de la table, les pieds tournés vers le feu , et ce mot seul de Thérèse avait troublé le silence qu'ils gardaient depuis quelques instants.
En Tentendant , Georges fut sur le point d'avertir Thérèse qu'il fallait songer à quitter le plus tôt possible cette maison où elle se trouvait si bien ; mais unôontentement si vif et si mélancolique à la fois rayonnait sur le visage de Thérèse, son regard semblait caresser avec une si douce joie chacun des objets jadis accoutumés et qu'elle retrouvait enfin, qu'il ne se sentit pas le courage de Tarracher à cette charmante contemplation.
Thérèse arrêta tout-à-coup ses regards sur une tache qui se trouvait au plafond. Elle la regarda longtemps et sembla lui sourire. Puis elle la montra du doigt à
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Fontevieux , et lui dit sans la quitter des yeux :
— Vous souvenez-vous de cela, Georges ?
— De quoi donc? dit-il en regardant à
"^ *=^l son tour.
— Comment, reprit Thérèse toujours les yeux fixés au plafond et en souriant à ses souvenirs, vous ne vous rappelez pas? Il y a bien longtemps de cela, le jour de la fête de ma mère, les gens de la maison tiraient des coups de fusils dans le jardin pendant que nous étions tous ici dans le
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salon; j'étais toute petite fille, la peur me prit, et à vous aussi, et nous allâmes nous cacher tous deux derrière le fauteuil de mon grand-père, M. de Moëllien. Vous ne vous rappelez pas, dit-elle en s'animant, que mon grand-père vous fit honte de vos frayeurs pendant que ma mère me grondait doucement pour avoir dérangé le fauteuil de mon grand-père? Vous ne vous souvenez pas, reprit -elle encore qu'à ce moment laRouarie, qui était déjà un homme lorsque nous n'étions tous que des enfants, prit votre défense, et dit à mon père : t Je vous promets que ce petit gaillard-là sera brave un jour et qu'il n'aura pas plus peur du bruit d'un fusil
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que de celui de cette bouteille de Champagne. > En parlant ainsi il en fit sauter le bouchon , qui alla frapper le plafond. Oui, oui , je mêle rappelle, ajouta-t-elie,, car mon père gronda la Rouarie de venir déboucher le vin de Champagne dans le salon, car il se fâcha de la petite tache qu'on venait de faire au plafond, qu^on avait repeint quelques jours auparavant.
Cettetache, la voilà.
Thérèse poussa un profond soupir, et perdue dans la vague pensée qui s'était emparée d'elle, elle continua d'une voix douce et plaintive :
— Quelle charmante vie c'était alors , Georges ! quels plaisirs innocents et quels innocents chagrins! quelle joie, quelle sécurité, et quelles espérances !
— Oui, dit Georges, que cette mélanéolie de Thérèse gagna à son tour ; oui , je me rappelle la noble et chaste maison de votre mère , et l'hommage respect tueux qui l'entourait, et la joyeuse hospitalité de votre père, et toute votre famille, si nombreuse, si vénérée, si unie; ces longues soirées si gravement occupées par des dissertations sur un coup de tric-trac ou de piquet mal joué la veille, pendant que là-bas , dans le coin
de ce salon, vous et moi, et vos belles cousines, et mon pauvre frère , qui est mort en exil, nous écoutions la Rouarie, qui nous racontait des histoires de revenant, et qui s'amusait bien plus de nos rires et de nos jeux que de la conversation qui se tenait au coin du feu.
— Et il est mort aussi, ce noble cœur, dit Thérèse avec un accent profond, le beau jeune homme d'alors , si célèbre par ses magnifiques chevaux, ses grandes meutes, sa vie qui avait le luxe de celle d'un prince, il est mort d'avoir supporté trop longtemps la misère et la faim, il est mort dans une maison étran-
gère, sur le pavé d une chambre, et il est dans la terre humide et glacée , sans avoir un cercueil pour le défendre de la pluie et du froid.
— Oui> oui, dit Fontéviéux , dont la Voix s'altéra à ce souvenir, et nous sommes tous deux proscrits, tous deux condamnés à la vie qu'a menée la Rouarie.
— Est-ce qu'elle ne vous épouvante pas, Georges? dit Thérèse.
Fontevieuxne répondit pas; il contempla Thérèse ; son œil s'anima à voir sa beauté rayonner d'un sourire de joie.
Son cœur se gonfla alors ; il se leva brusquement et dit :
— Partons, Thérèse, partons, il est temps.
— Déjà, dit-elle tristement.
— La prudence le veut, reprit Fontevieux.
— Encore un moment, reprit Thérèse d'une voix pleine de prière ; je suis si heureuse ici !
— Heureuse! dit Fontevieux en essuvant une larme.
vu «
iS AVENTURES
" — Mais pourquoi cette tristesse ?
— Un jour viendra, repartit Fontevieux amèrement, où je vous dirai ce que
' je souffre maintenant , ce que j'avais espéré, et ce qui n'était qu'une illusion.
— Parlez tout de suite, Georges, dit Thérèse. Ne sommes-nous pas proscrits tous deux, vous le disiez tout à l'heure, orphelins tous deux, tous deux enchaînés aux mêmes devoirs, exposés aux mêmes dangers, poursuivant les mêmes espérances , inséparables , je Tespère du moins, dans notre bonne comme dans notre mauvaise fortune ?
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— Est-ce tout, Thérèse? dit Fontevieux; et à ces espérances que nous poursuivons depuis si longtemps ensemble, ne s'en est-il mêlé aucune depuis ce matin ?
— Oh ! Georges , dit Thérèse avec épouvante , si près de la tombe de la Rouarie... Ah! c'est mal ce que vous venez de dire là, fit-elle en baissant la tête.
— Eh bien! oui, reprit Fontevieux avec une exaltation fébrile, c'est mal; mais je dois vous le dire, dut ma franchise vous épouvanter, cette espérance m'est venue à l'instant même où la Rouarie rendait le dernier soupir.
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— Taisez-vous ! taisez-vous ! s'écria Thérèse avec un plus terrible effroi.
— Oh ! reprit Fontevieux en pleurant.
Dieu sait si jusqu'à ce moment la pensée d'être à vous m'est venue une seule fois. La Rouarie est mort, Thérèse ; mais s'il eût vécu, il m'eût toujours trouvé prêt à vivre ou à mourir pour iui ; sa volonté était la mienne, son esprit s'était tenchaîné le mien. J'appartenais à ses projets comme son bras à son corps ; il •s'était emparé de tout mon être, excepté de mon cœur, qui était allé à vous. S'il eût vécu, le supplice que j'ai supporté si longtemps, je l'aurais supporté encore
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sans me plaindre et sans chercher à y échapper; mais quand cette barrière infranchissable, qui me séparait de vous, a été brisée par la main inexorable de la mort , je dois vous le dire pour que vous sachiez toute mon àme, je n'ai pu contenir une sorte de joie fatale et coupable, et |e n'ai pensé qu'à vous à côté du cadavi^ de celui pour qui j'aurais donné ma ne, si j'avais pu sauver la sienne, pour qui je la donnerais encore, si je pouvais la lui rendre.
Thérèse se taisait, les yeux baissés, le cœur ému, la rougeur au front.
— Vous n'avez point pensé à moi ,
VOUS, reprit Georges, et je vous ai excusée dans la première heure de votre désespoir; je vous ai excusée encore lorsque vous défendiez la pensée de la Rouarie contre les esprits étroits qui veulent se partager son héritage ; je tous ai encore excusée lorsque la fuite nous a forcés de reprendre nos fatigues et nos dangers ; mais depuis que vous êtes dans cette maison, depuis que vous ouvrez votre âme aux doux souvenirs de votre passé, j'ai attendu un mot, un regard; mais rien! rien!... Depuis cette heure fatale où ma vie n'est plus qu'en vous, vous n'avez pas pensé un seul moment à moi.
Thérèse pleurait ; mais elle avait trop peur de l'émotion qu'elle éprouvait pour oser se hasarder à parler ; elle ne répondit pas encore.
— Non, reprit Fontevieux, vous n'avez pas pensé à moi, vous ne vous êtes pas souvenue de cette nuit où nous mourions tous deux, perdus et abandonnés par tous, et où vous me disiez que vouç m'aimiez.
— J'y ai si bien pensé, Georges, s'écria Thérèse en laissant éclater ses larmes , que j'ai juré sur la tombe de la Rouarie de n'être à toi que le jour où
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notre cause aurait triomphé, tant je me suis sentie faible désormais contre le foi amour que j'éprouve.
— ^ Est-ce vrai? dit Georges en tombant à genoux devant elle.
— * Oui, c*est vrai, répliqua-t-elte, ce que vous avez éprouvé avec effroi, je l'ai éprouvé avec horreur.
— Vous avez raison, Thérèse, reprit Georges, mais l'avenir nous appartient, Tavenir qui apporte avec lui, non pas Toubli de ceux qu'on a aimés, mais le droit de penser à son propre bonheur.
Ce serment que tu as fait à la Rouarie, je !e prends pour moi-, tu as juré de ne m'appartcnir que le jour où notre cause aurait triomphé, et moi je ne me croirai digne d'être à toi que lorsque j'aurai combattu et vaincu pour elle.
— Oh ! merci , Georges , merci î dit Thérèse en le regardant ainsi prosterné à ses pieds ; ils veulent un chef, repritelle avec ardeur, et ils ne t'ont pas choisi, et ils n'ont pas compris que toi seul au monde pouvais achever tout entière l'œuvre dont tu as déjà fait la moitié!
Cette place, dit Fontevieux, je ne
veux pas la devoir à un choix toujours cruellement disputé, cette place, je veux la devoir à mes actions, et si Dieu n'a pas marqué ma tombe au premier pas de ma carrière, cette ^lace je l'aurai bientôt conquise.
— Elle est à toi, et c'est moi qui te la donnerai reprit Thérèse avec enthousiasme. Écoute , Georges , écoute : cet acte que se disputaient encore ce matin les chefs de notre entreprise, cette Hste de tous les conjurés, qui est la force même de la conjuration, ce levier avec lequel on peut jeter d'un seul coup dans la révolte tous les villages de trois pro-
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vinces, c'est moi qui l'ai, Fontevieux, et je te la donnerai. Ah! disais-tu, je n'ai pas pensé à toi depuis que la barrière qui nous séparait est tombée ; oh! Fontevieux, que je t'aime bien plus que toi, j'y avais pensé avant, moi! et cette liste, je rai volée à laRouarie, vivant encore, pendant que tu dormais à côté de la chambre où je veillais pour toi, près du lit de celui qui se mourait.
— Oh! sois bénie, Thérèse, dit Fontevieux, sois bénie, et maintenant demande-moi tout ce que tu voudras, dis-moi quel péril il faut braver, quels travaux il faut entreprendre; oh! que n'ai-je dé-
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jà une armée pour délivrer !a France de ses bourreaux et t'en faire proclamer la libératrice ; oh ! je te le jure, Thérèse, je te le jure, j'aurai de la gloire, je serai digne de toi !
— Et alors, n'est-ce pas, dit Thérèse, nous reviendrons dans cette maison , çir vous qui me reprochez de ne pas avoir pensé à vous, Georges, vous ne savez pas qu'à Tinstant où je me replongeais avec tant de bonheur dans les souvenirs du passé , je faisais en moi-même rhistoire de notre avenir. Comprenezvous le charme d*être ici, à Tabri de toute crainte, de toute séparation, au
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milieu de la famille dont nous serons à notre tour les anciens, et de pouvoir nous rappeler ces jours funestes d'à présent; cet orage sanglant et fatal, arrachant, brisant, détruisant les plus puissants du royaume, et nous poursuivant aussi dans notre obscure existence, prêt à nous anéantir sous sa furie, et auquel nous aurons échappé? Ne trouvez -vous pas que ce sera là un bonheur qui n'est réservé qu'à ceux qui ont souffert, ef tremblé, et pleuré comme nous.
— Oh! oui, Thérèse, répondit Fontevieux, et ce jour je me rappellerai tout, et je raconterai comment tu fus plus
forte et plus aimante que moi, comment je te soupçonnai et comment tu me rassurais. Car je t'aime, entends-tu, comme nulle femme n'a pu être aimée...
— Taisez- vous, Georges, dit Thérèse avec ce bonheur embarrassé que donne l'amour que l'on aime.
— Car, reprit Georges, aucune femme ne vous a jamais égalée, Thérèse. Oh!
laissez-moi vous dire tout ce que j'éprouve!... laissez parler ce cœur si longtemps comprimé!... .Ne savez-vous pas que le prisonnier qui croit que sa captivité sera éternelle, s'y résigne, et n'éprouve plus
qu'un désespoir calme et sans combat?... Mais vienne le jour où un événement lui apporte l'assurance de sa liberté , oh î alors, il éclate et heurte sans cesse la porte de la prison; il appelle, et se fait répéter sans cesse qu'il sera bientôt libre, et il demande à chaque minute :
€ Est-ce dans huit jours? est-ce demain? est-ce aujourd'hui?» Eh bien! moi, je suis ainsi; il faut, après ce silence affreux de trois ans, que je parle et que je dise sans cesse : « Je t'aime ! je t'aime î et toi, m'aimes-tu? m'aimes-tu?...
— Oh! oui, Georges, je vous aime...
oui... mais prenez garde, ami, nos vieux
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serviteurs sont là près de nous... Que diraient-ils s'ils entraient tout-à-coup , et qu'ils vous trouvassent là à mes pieds, mes mains dans les vôtres, mon front incliné vers le lien. Oh! tais-toi, Georges! tais-toi!...
— ^ Eh bien! dis-moi encore que tu m'aimes...
— Oh ! ne le vois-tu pas ! ne le sens-tu pas!... Mets ta main sur mon cœur... il m'étouffe, tant Je suis heureuse... Mais écoute-moi, Georges, c'est à mon tour d'être prudente, et il est temps de partir; vois, déjà la nuit est moins épaisse
et le ciel noir s'éclaire de teintes grises; à peine aurons-nous le temps de quitter cette ville dangereuse.
— Oh ! pas encore, Thérèse, pas encore, reprit à son tour Fontevieux; mais où serions-nous mieux cachés que dans cette maison, que les maîtres ont désertée depuis si longtemps? Reste, Thérèse, reste, il te faut du repos... Un jour, un seul après tant de fatigues, tant de cruels événements... Oh! restons, je t'en supplie, restons...
— Non, non! dit Thérèse, il faut partir, je le veux , je vous en prie. N'oubliez