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— C'est drôle qu'il vienne se faire soigner dans une campagne ; il me semble qu'à la ville, il serait bien plus à portée des médecins.
— Bah! dit Périn, il paraît que c'est un pauve diable, à qui on a donné asile par pitié. Tiens, ajouta-t-il, voilà ma femme qui vient de ce côté-ci, elle va nous en donner des nouvelles. Eh bien ! Mariolle, lui dit-il en Tabordant, comment va ton malade.
— Il a eu la fièvre toute la nuit, dit la femme Périn, et il a parlé à tort et à travers. Je crois qu'il est fou, et, ma foi, je pense qu'il n'ira pas loin.
Puis elle se tourna vers Poiré et dit à
son mari :
— Voilà donc le gars que tu as arrêté ? il me semble que tu aurais pu en choisir un plus jeune.
— Il me va comme ça, repartit le mari d'un ton aigre et jaloux.
La jardinière était jolie. Elle regagna sa maisonnette, et Périn alla se remettre à l'ouvrage de l'autre côté du jardin.
Tout cela avait été dit si naturellement que Poiré dut penser qu'il n'y avait aucun mystère dans la présence de ce malade au château de la Guyomarais, ou du moins que les jardiniers n'en avaient pas d'idée.
La plus grande partie de la journée se passa sans qu'il remarquât rien d'extraordinaire. Vers les quatre heures, Poiré vit seulement arriver un jeune homme qui entra dans le château. Il supposa que c'était celui dont il avait été parlé la veille, et qu'on avait nommé Fontevieux.
Un moment après le jeune homme ressortit et vint droit à Poiré, qui était penché sur un carré dont il arrachait les mauvaises herbes, et lui dit :
— Eh ! père Périn !
Guillaume se redressa et répondit :
— Je ne suis pas M. Périn.
Le jeune homme parut stupéfait de ren-
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contrer devant lui un visage étranger.
— Ah ! lui dit-il en l'examinant , qui doncêtes-vous?
Guillaume lui raconta comme quoi il était garçon jardinier et comme quoi il était arrivé de la veille. Le jeune homme ne fit pas d'observations et lui dit sans le quitter des yeux.
— Eh bien ! va dire à la mère Périn que j'ai besoin de lui parler.
Guillaume fit sa commission.
Il parait que la demande déplut à la jardinière, car elle répondit d'un ton d'humeur :
— Je comprends ; maintenant que M. de Fontevieux est arrivé, il faut que
j'aille veiller le malade pendant que madame va aller causer dans un coin avec le jeune homme.
Aussitôt elle se dirigea vers le château ; Guillaume Poiré la suivit.
Mais ce qu'avait prédit la paysanne n'arriva pas. Fontevieux, car c'était bien lui, resta dans le jardin et se promena dans l'allée qui faisait face à la grande avenue.
Toutes les fois qu'il arrivait près de la barrière , il s'arrêtait, tirait sa montre comme quelqu'un qui attend avec impatience des gens qui n'arrivent pas.
Guillaume observa ce manège, qui dura jusqu'au moment, où il vit ve-
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nir plusieurs cavaliers bride abattue.
Le premier que Guillaume put apercevoir était le marquis de Perbruck ; Poiré le reconnut pour l'avoir vu chez Fichet. Il était en compagnie d'un gentilhomme aussi âgé que lui, mais que Poiré ne connaissait pas, c'était M. de Paradèze. Fontevieux les introduisit dans le château. D'autres arrivèrent successivement : c'était Tinteniac, Tuffin, M. de Champagnolles, que Poiré ne connaissait pas.
Fontevieux les introduisit de même dans l'intérieur du château.
Ceci ressemblait volontiers à une réunion de conspirateurs, et la présence de
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M. de Perbruck était pour Poiré une preuve suffisante du caractère politique de cette assemblée. Guillaume vit briller dans un prochain avenir les dix milles livres promises par Morillon.
Gependant la nuit était arrivée, et il fallut que Guillaume se retirât dans la maison de Pérïn. Ainsi une conférence avait lieu dans le château, et Poiré se désespérait en voyant qu'il lui serait sans doute impossible de savoir quel en était le but.
Il essaya d'en découvrir quelque chose en faisant causer le jardinier, tout en mangeant l'énorme morceau de pain qui lui servait de souper. Poiré lui dit du ion le plus niais qu'il put prendre.
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— Il me semble que tout ce monde-là va bien fatiguer votre pauvre malade.
— Ma foi, dit le jardinier, qui paraissait toujours de fort mauvaise humeur, un peu plus, un peu moins, au point où il en est, cela ne lui fera pas grand'chose. Il parait qu'il veut faire son testament, et c'est pour cela qu'on a fait venir le notaire et les témoins.
— C'est donc un homme riche ce M. Gosselin ? dit Poiré.
— Je ne le croyais pas, répondit le jardinier, mais il parait qu'il a de quoi.
— Et de quel pays est-il?
— Je n'en sais rien, et je ne m'en oc-
cupe pas, repartit la femme Périn avec un tel air d'indifférence que Poiré jugea que décidément elle ne savait rien.
— Allons, dit-elle un moment après, voilà l'heure d'aller se coucher.
— Oui, fit Périn, pour vous autres; mais moi il faut que j'attende l'arrivée du docteur, qui n'est pas encore venu.
'■— - Oh ! si vous voulez, dit Guillaume, je l'attendrai, moi, je n'ai pas envie de dormir.
— Tu ne sais pas où sont les écuries, dit le jardinier.
— Que si,, dit Guillaume, je les ai vues là*bas, derrière le château, au coin du
clos.
— Ah ! fit la femme, vous savez déjà les êtres.
Guillaume eut peur d'avoir été trop loin ; mais Périn reprit aussitôt et sans montrer aucune défiance :
— C'est égal, le docteur est habitué à moi, et je l'attendrai. Monte dans ta chambre, mon gars, chacun son ouvrage.
Guillaume obéit, et gagna le petit escalier extérieur qui montait à son grenier. Une fois chez lui, Guillaume se mit à marcher pesamment pendant quelques minutes jusqu'au moment où la paysanne impatientée lui dit à travers les planches :
— Eh! dis donc! toi, là-haut, vas-tu bientôt me laisser dormir?
Guillaume s'arrêta, et bientôt après, au silence absolu qui régnait au rez-dechaussée, il jugea que le sommeil avait gagné la jardinière. Bientôt après, il entendit le bruit d'un cavalier qui arriva en quelques instants près de la maison. Périn alla recevoir son cheval en lui disant :
— Bonsoir, monsieur le docteur.
Celui-ci ne s'informa pas, comme il avait fait la veille, de la santé de son malade et dit seulement à Périn :
— Tu peux te coucher, je ne partirai pas cette nuit.
Périn lui répondit :
— Madame Gosselin m'en avait averti
et je vais conduire votre cheval à l'écune.
Thaburel entra dans le clos et le traversa rapidement pendant que Périn longeait la haie pour arriver aux écuries parun petit sentier qui la bordait au dehors. Un moment après il revint, et Guillaume l'entendit se coucher. Alors notre espion se décida à tenter un grand coup.
Il quitta son grenier, tourna le clos par le sentier qu'avait suivi Périn, afin de découvrir quelque passage par où il put pénétrer sans être vu du château. Quelques instants après il arriva à une petite porte basse et qui ouvrait sur une grange déserte. Cette grange commuai-
quait à l'écurie, qui ouvrait elle-même sur une basse-cour qui n'était close que par des treillages mal joints.
Bientôt Guillaume se trouva dans le jardin, et quelques instants après il était à la porte du château.
Malgré l'épaisseur des volets, tant intérieurs qu'extérieurs , qui fermaient chaque fenêtre, Poiré reconnut que l'on parlait avec action dans une des salles basses du château, mais il ne put entendre ce qui s'y disait. Il écouta longtemps et finit par se décider à entrer. Il se glissa le long d'une allée et arriva à la petite porte par laquelle il avait vu pénétrer tous ceux qui étaient arrivés dans la
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journée ; mais ce fut en vain qu'il essaya de l'ouvrir, elle était fermée intérieurement. Guillaume désespéré, allait se retirer, lorsqu il entendit tourner la clé dans laserrure et tirerlesverrous avec précaution. Il se jeta derrière une charmille, tremblant d'avoir été découvert, et s'at-
tendant à voir sortir les personnages qu'il avait vus entrer.
Sa stupéfaction fut grande, en apercevant sur le seuil ouvert une espèce de fantôme blanc , qui ferma lentement la porte derrière lui, et qui s'avança silencieusement vers la basse-cour. Guillaume le suivit, cet étrange fantôme entra dans l'écurie, et malgré l'obscurité de la