‹ Aventures de Télémaque [microforme]Chapitre 1 sur 13 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

Félémaque, conduit par Minerve sous la figure de Mento: aborde, après un naufrage, dans l'ile de Ja déesse Ca lypso, qui regrettait encore le départ d'Ulysse. L, déesse le reçoit favorablement, conçoit de 1 passion pour lui, lui offre l’immortalité, et lui demande le récit de ses aventures. I] lui raconte son voyage à Pylos et à Lacédémone, son naufrage sur la côte de Sicile. le péri: où il fut d’être immolé aux mânes d’Anchise, le secours que Mentor et lui donnèrent à Aceste dans une incursion de Barbares, et le soin que ce roi eut de reconnaitre ce service, en leur donnant un vaisseau tyrien pour retourner en leur pays.

—ce0e—

1. CALYPSO ne pouvait se consoler du départ d'Ulysse. Dans sa douleur, elle se trouvait mal heureuse d’être immortelle. Sa grotte ne résonnait plus de son chant: les nymphes qui la servaient n’osaient lui parler. Elle se promenait souvent seule sur les gazons fleuris dont un printemps éternel bordait son île; mais ces beaux lieux, loin de modérer sa douleur, ne faisaient que lui rappeler le triste souvenir d'Ulysse, qu’elle y avait vu

tant de fois auprès d'elle. Souvent elle demeurait immobile sur le rivage de la mer, qu’elle arrosait de ses larmes; et elle était sans cesse tournée vers le côté où le vaisseau d’U lysse, fendant les ondes, avait disparu à ses veux.

2. Tout à coup elle apercçut les débris d'un navire qui venait de faire naufrage: des bancs de rameurs mis en pièces, des rames Ccartées ça et là sur le sable, un gouvernail, un mat, des cordages flottant sur la côte: puis elle découvre de loin deux hommes, dont l'un paraissait âgé ; l’autre, quoique Jeune, ressemblait à Ulysse. Il avait sa douceur et sa fierté, avec sa taille et sa démarche majestueuse. La déesse comprit que c'était T'élémaque, fils de ce héros. Mais, quoique les dieux surpassent de loin en connaissances tous les hommes, elle ne put découvrir qui était cet homme vénérable dont T'élémaque était accompagné: c’est que les dieux supcrieurs cachent aux inférieurs tout ce qui leur plait; et Minerve, qui accompagnait Télémaque sous la figure de Mentor, ne voulait pas être connue de Calypso.

3. Cependant Calypso se réjouissait d’un naufrage qui mettait dans son île le fils d'Ulysse, si semblable à son père. Elle s’avance vers lui: et sans faire semblant de savoir quiilest: D'où vous vient, lui dit-elle, cette témérité d'aborder dans mon ile? Sachez, jeune étranger, qu’on ne vient point impunément dans mon empire, Elle tâchait de couvrir sous ces paroles menaçantes la joie de son cœur, qui éclatait malgré elle sur son visage,

4. Télémaque lui répordit: O vous, qui que vous soyez, mortelle ou déesse, quoiq#'à vous voir on ne puisse vous prendre que pour une divinité, se

riè ch; vu do css un ver la les cor duc ter:

nél nvo ave où mai lan sav sau trui une ne} elle mac a vo tem; nez mon cette que

foule

e demeurait elle arrosait ournée vers it les ondes,

ris d’un nabancs de rasea et la sur >rdages flotle loin deux re, quoique \ douceur et najestueuse.

que, fils de passent de elle ne put ‘rable dont ue les dieux

ce qui leur Télémaque as être con-

t d’un naul'Ulysse, si vers Jui; et D'où vous order dans ’on ne vient Elle tâächait s la joie de son visage, qui que vous ous voir on divinité. se

riez-vous insensible au malheur d'un fils qui, cher. chant son père à la merci des vents et des fots, a vu briser son navire contre vos rochers? Quel est donc votre père que vous cherchez ? reprit la dé. esse. Il se nomme Ulysse, dit T'élémaque ; c’est un des rois qui ont, après un siége de dix ans, renversé la fameuse Troie. Son nom fut célèbre dans la Grèce et dans toute PAsie, par sa valeur dans les combats, et plus ersore par sa sacesse dans les conseils. Maintenant, errant dans toute l’étendue des mers, il parcourt tout les écueils les plus terribles. Sa patrie semble fuir devant lui, Pénélope sa femme, et moi qui suis son fils, nous avons perdu l'espérance de le revoir. Je cours, avec les mêmes dangers que lui, pour apprendre où ilest. Mais, que dis-je! peut-être qu'il est Maintenant enseveli dans les profonds abimes de la mer, Ayez pitié de nos malheurs; et si vous savez, Ô déesse, ce que les destinées ont fait pour sauver ou pour perdre Ulysse, daignez en instruire son fils Télémaque.

5. Calypso, étonnée et attendrie de voir dans une si vive jeunesse tant de sagesse et d’éloquence, ne pouvait rassasier ses yeux en le regardant; et elle demeurait en silence. ‘ufin, elle lui dit: Télémaque, nous vous apprendrons ce qui est arrivé a votre père. Mais l'histoire en est longue ; il est temps de vous délasser de tous vos travaux. Venez dans ma demeure, où Je vous recevrai comme mon fils: venez, vous serez ma consolation dans cette solitude, et je ferai votre bonheur, pourvu que vous sachiez en jouir.

6. Télémaque suivait la déesse environnée d’une oule de jeunes nymphes, au-dessus desquelles

elle s'élevait de toute la tête, comme un grand chène dans une forêt élève ses branches épaisses au-dessus de tous les arbres qui l’environnent, 1] admirait l'éclat de sa beauté, la riche pourpre de sa robe longue et flottante, ses cheveux noués par derrière, négligemment mais avec grâce, le feu qui sortait de ses yeux, et la douceur qui tempérait

cette vivacité. Mentor, les yeux baissés, gardant

un silence modeste, suivait T'élémaque.

7. On arriva à la porte de la grotte de Calypso, où Télémaque fut surpris de voir, avec une apparence de simplicité rustique, des objets propres à charmer les Yeux. Il est vrai qu’on n’y voyait ni or, ni argent, ni marbre, ni colonnes, ni tableaux, ni statues : mais cette grotte était taillée dans le roc, en voûtes pleines de rocailles et de coquilles ; elle était tapissée d’une jeune vigne qui étendait ses branches souples également de tous côtés. — Les doux zéphirs conservaient en ce lieu, malgré les ardeurs du soleil, une délicieuse fraîcheur : des fontaines, coulant avec un doux murmure sur des prés semés d’amaranthes et de violettes, formaient en divers lieux des bains aussi purs et aussi clairs que le cristal; mille fleurs naissantes émaillaient les tapis verts dont la grotte était environnée, La, on trouvait un bois de ces arbres touffus qui portent des pommes d’or, et dont la fleur, qui se renouvelle dans toutes les saisons, répand le plus doux de tous les parfums: ce bois semblait couronner ces belles prairies, et formait une nuit que les rayons du soleil ne pouvaient percer. Là on n’entendait jamais que le chant des oiseaux, ou le bruit d’un ruisseau qui, se pré-

cipitant du haut d’un rocher, tombait À gros bouil- M

fi À

lon la

d'u que fois bri:

des rivi fleu tête can.

dan clai sibl reve vers ces | colli lesr rizoi mon verts éclat les f fruit, les a faisai 9, ces b babit chan, racot

ché,

eun grand es épaisses ronnent. Ï] pourpre de X noués par e, le feu qui i tempérait és, gardant

de Calypso, C une appas propres à ’y voyait ni nitableaux, lée dans le e coquilles ; ui étendait us cÔtés.— eu, malgré fraicheur :

armure sur lettes, forsi purs et naissantes te était ences arbres et dont la es saisons, is: ce bois et formait pouvaient 3 le chant jui, se pré

gros bouil- #

lons pleins d’écume, et s'enfuyait au travers de la prairie.

8. La grotte de la déesse était sur le penchant d’une colline; de là on découvrait la mer, quelquefois claire et unie comme une glace, quelquefois follement irritée contre les rochers, où elle se brisait en gémissant et élevant ses vagues comme des montagnes, D'un autre côté, on voyait une rivière, où se formaient des iles bordées de tilleuls fleuris et de hauts peupliers qui portaient leurs têtes superbes Jusque dans les nues, Les divers Canaux qui formaient ces îles semblaient se jouer dans Ja aMpagne: les uns roulaient leurs eaux claires avec rapidité; d’autres avaient une eau paisible et dormante : d’autres, par de longs détours, revenaient sur leurs pas, comme pour remonter vers leur source, et semblaient ne Pouvoir quitter ces bords enchantés. On apercevait de loin des collines et des montagnes qui se perdaient dans les nues, et dont la ligure bizarre forniait un horizon à souhait pour le plaisir des yeux. Les montagnes voisines étaient couvertes da pampres verts qui pendaient en festons: le aisin, plus éclatant que la pourpre, ne pouvait se cacher sous les feuilles, et la vigne était accablée sous son fruit. Le figuier, l'olivier, le grenadier, et tous les autres arbres, couvraient la Campagne et en faisaient un grand jardin, 9% Calypso, ayant montré à Télém ces beautés naturelles, lui dit: Reposez-vous : vos babits sont mouillés, il est temps que vous en changiez; ensuite nous nous reverrons, et Je vous

aque toutes

leu

conterai des histoires dont votre cœur sera touché, Eu même temps elle le fit entrer avec Men-

ire

SES bee OS

Eee

FE or « "3

tor dans le lieu le plus secret et le plus reculé d'une grotte voisine de celle où la déesse demeurait.— Les nymphes avaient eu soin d'allumer en ce lieu un grand feu de bois de cèdre, dont la bonne odeur se répandait de tous côtés, et elles y avaient laissé des habits pour les nouveaux hôtes. Télémaque, voyant qu’on lui avait destiné une tunique d’une laine fine dont la blancheur effaçait celle de la neige, et une robe de pourpre avec une broderie d'or, prit le plaisir qui est naturel à un Jeune homme, en considérant cette mawnificence,

10. Mentor lui dit d’un ton grave: Sont-ce donc la, Ô Télémaque, les pensées qui doivent occuper le cœur du fils d'Ulysse ! Songez plutôt à soutenir Ja réputation de votre père, et à vaincre la fortune qui vous persécute. Un jeune homme qui aime à se parer vainement comme une femme est indigne de la sagesse et de la gloire: Ja gloire n’est due qu’à un cœur qui sait souffrir la peine et fouler aux pieds les plaisirs.

11. Télémaque répondit en soupirant: Que les dieux me fassent périr, piutôt que de souffrir que la mollesse et la volupté s'emparent de mon cœur ! Non, non, le fils d'Ulysse ne sera Jamais vaincu par les charmes d’une vie lâche et efféminée.— Mais quelle faveur du ciel nous a fait trouver, après notre naufrage, cette déesse ou cette mortelle qui nous comble de biens ?

12. Craignez, repartit Mentor, qu’elle ne vous accable de maux; craignez ses trompeuses douceurs plus que les écueils qui ont brisé votre navire: le naufrage et la mort sont moins funestes que les plaisirs qui attaquent la vertu. Gardez-vous bien de croire ce qu'elle vous racontera. La jeunesse

est mêr n’av gère coul qui crai :

mèên

repa

prop celle lets,

flèch tar « tasse dans prorr Enn à cha des d Piter éducs d'Ata le ma Hesp chant élevé:

ulé d'une eurait.— en ce lieu ne odeur ent laissé lémaque, ue d’une elle de la broderie in jeune ce, -ce donc ccuper le soutenir à fortune qui aime e est inire n’est e et fou-

Que les ffrir que n cœur | S vaincu ninée.— trouver, [te mor-

ne vous ouceurs vire: le que les us bien eunesse

est présomptueuse ; elle se promet tout d’ellemême: quoique fragile, elle croit pouvoir tonf. :+ n'avoir jamais rien à craindre ; elle se confie !:gèrement et sans précaution. Gardez-vous d'écouter les paroles douces et flatteuses de Calypso, qui se glisseront comme un serpent sous les fleurs ; craignez ce poison caché: défiez-vous de vous. même, et attendez toujours mes conseils.

13. Ensuite ils retournèrent auprès de Calypso, quiles attendait. Les nymphes, avec leurs chéveux tressés, et des habits blancs, servirent d’abord un repas simple, mais exquis pour le goût et pour la propreté. On n’y voyait aucune autre viande que celle des oiseaux qu’elles avaient pris dans {es filets, ou des bêtes qu’elle avaient percées de leurs flèches à la chasse : un vin plus doux que le nectar coulait de grands vases d'argent dans des tasses d’or couronnées de fleurs. On apporta dans des corbeilles tous les fruits que le printemps promet, et que l’automne répand sur la terre. — En même temps quatre jeunes nymphes se mirent à chanter, D'abord elles chantèrent les combats des dieux contre les géans, puis les amours de Jupiter et de Sémélé, la naissance de Bacchus et son éducation conduite par le vieux Silène, la course d’'Atalante et d’Hippomène, qui fut vainqueur par l& moyen des pommes d’or venues du jardin des Hespérides : enfin, Ja guerre de Troie fnt aussi chantée; les combats d’ Ulysse et sa sagesse furent élevés jusqu’aux cieux. La première des nymphes, qui s'appelait Leucothoë, Joignit les accords de

sa Îyre aux douces voix de toutes les autres,

1# Quand Télémaque entendit le nom de son

père, les larmes qui coulèrent le long de ses joues

donnèrent un nouveau lustre à sa beauté. Mais comme Calypso aperçut qu’il ne pouvait manger, et qu’il était saisi de douleur, elle fit signe aux nymphes. A l'instant on chanta le combat des Centaures avec les Lapithes, et la descente d’Orphée aux enfers pour en retirer sa chère Eurydice, .

15. Quand le repas fut fini, la déesse prit Télémaque, et lui parla ainsi: Vous voyez, fils du grand Ulysse, avec quelle faveur je vous reçois. Je suis immortelle: nul mortel ne peut entrer dans cette île sans être puni de sa témérité ; et votre naufrage même ne vous garantirait pas de mon ine dignation, si d’ailleurs je ne vous aimais. Votre père a eu le mème bonheur que vous; mais, hé- Jas {il n’a pas su en profiter. Je l'ai gardé longtemps dans cette île : il n’a tenu qu’à lui d'y vivre avec moi dans un état immortel; mais l’avergle passion de retourner dans sa misérable patrie lui fit rejeter tous ces avantages, Vous voyez tout ce qu'il a perdu pour Ithaque, qu’il n’a pu revoir. — Il voulut me quitter, il partit, et Je fus vengée par la tempête : son vaisseau, après avoir été longtemps le jouet des vents, fut enseveli dans les ondes. Profitez d’un si triste exemple. Après son naufrage, vous n'avez plus rien à espérer ni pour le revoir, ni pour régner jamais dans l’île : d'Ithaque après lui: consolez-vous de lavoir per du, puisque vous trouvez ici une divinité prête à : vous rendre heureux, et un royaume qu’elle vous offre.

16. La déesse ajouta à ces paroles de longs discours pour montrer combien Ulysse avait été heureux agprès d'elle : elle raconta ses aventures dans ja caverne du cyciope Poiyphème, et chez Anti--

ASS Bu NA SR

ponc ma € rer :

Ates laisse savez pleu tage ; de s’a naître horarr naufre côtes.

trop L de les

| le pres

HPEME 5 3 nee a 13 AL

et il pe 19, aux au

- velles ç

î iélope

uté, Mais ait manger, siune aux ‘ombat des ‘ente d'Or

> Eurydice,

prit Télé.

Is du grand eçois. Je ‘utrer dans ‘; et votre de mon ine is Votre mais, héardé longui d’y vivre l’avergle patrie lui yez tout ce | revoir, — engée par été long- ‘ dans les é,. Après

espérer ni

daus l'ile :

avoir per

té prète à :

’elle vous

longs dist été heuures dans

hez Anti--

phate, roi des Lestrigons: elle n’oublia pas ce qui lui était arrivé dans l'ile de Circé, fille du Soleil, ni les dangers qu'il avait Courus entre Scylla et Charybde. Elle représenta la dernière tempête que Neptune avait exciiée contre lui quand il partit d'auprès delle, Elle voulut faire entendre qu'il était péri dans ce naufrage, et elle supprima son arrivée dans l’île des Phéaciens.

17. Télémaque, qui s’était d’abord abandon né trop promptement à la Joie d’être si bien traité de Calypso, reconnutenfin son artifice et la sagesse des conseils que Mentor venait de lui donner, Ilrépondit en peu de mots: © déesse, pardonnez à ma douleur ; maintenant je ne puis que m'affli. ge peut-être que dans la suite j'aurai plus de orcé pour goûter Ja fortune que vous m’offrez : laissez-moi en cé moment pleurer mon père; vous savez Mieux que moi combien il mérite d’être

Page 1