‹ Aventures de TélémaqueChapitre 103 sur 158 · LIVRE XX. a · texte numérisé non relu

LIVRE XX. a

lémaque^ comme pour lai demander une décision.

Les dieux, répondit-il, qui nous ont préser^'és des traîtres^ nous défendent de nous en servir. Quand même nous n'aurions pas assez de vertu pour détester la trahison^ notre seul intérêt suffirait pour la rejeter : dès que nous l'aurons autorisée par notre exemple , nous mériterons qu'elle se tourne contre nous : dés ce moment^ qui d'entre nous sera en sûreté 7 Adraste pourra bien éviter le coup qui le menace , et le faire retomber sur les rois alliés. La guerre ne sera plus une guerre ; la sagesse et la vertu ne seront plus d'aucun usage : on ne verra plus que per- 6die, trahison et assassinat. Nous en ressentirons nous-mêmes les funestes suites, et nous le mériterons, puisque nous aurons autorisé le plus grand des maux. Je conclus donc qu'il faut renvoyer le traître à Adraste. J'avoue que ce roi ne le mérite pas ; mais toute l'Hespérie et toute la Grèce, qui ont les yeux sur nous, méritent que nous tenions cette conduite pour en être estimés. Nous nous devons à nous-mêmes , et plus encore aux justes dieux , cette horreur de la perfidie.

Aussitôt on envoya Dioscore à Adrasfe, qui

frémit du péril où il avait été , et qui ne pouvait assez s'étonner de la générosité de ses ennemis; car les méchans ne peuvent comprendre la pure vertu. Adraste admirait, malgré lui, ce qu'il venait de voir, et n'osait le louef. Cette action noble des alliés rappelait un honteux souvenir de toutes ses tromperies et de toutes ses cruau* tés. Il cherchait à rabaisser la générosité de ses ennemis, et était honteux de paraître ingrat, pendant qu'il leur devait la vie; mais les hommes corrompus s'endurcissent bientôt contre tout ce qui pourrait les toucher. Adraste, qui vit que la réputation des alliés augmentait tous les jours, crut qu'il ^Cait pressé de faire contre eux quelque action éclatante : comme il n'en pouvait faire aucune de vertu , il voulut du moins tâcher de remporter quelque grand avantage sur eux par les armes , et il se hâta de combattre. Le jour du combat étant venu^ à peine l'aurore ouvrait au soleil les portes de l'orient , dans un chemin semé de roses, que le jeune Télé* maque, prévenant par ses soins la vigilance des plus vieux capitaines, s'arracha d'entre les bras du doux sommeil, et mit en mouvement tous les officiers. Son casque, couvert de crins flottans, brillait déjà sur sa tête , et sa cuirasse sur

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