‹ Aventures de TélémaqueChapitre 102 sur 158 · LIVRE XX. a6i · texte numérisé non relu

LIVRE XX. a6i

Aussitôt il interroge cet homme sur son commerce avec Arionj il le presse sur une infinité de circonstances : il fait semblant plusieurs fois de le renvoyer à Adraste comme un transfuge digne d'être puni , pour observer s*il aurait peur d'être ainsi renvoyé ^ ou non ; mais le visage et la voix d'Acante demeurèrent tranquilles ; et Télémaque en conclut qu'Acante pouvait n^être pas innocent. Enfin , ne pouvant tirer la vérité du fond de son cœur^ il lui dit : Donnez -moi votre anneau, je. veux l'envoyer à Adraste. A cette demande de son anneau , Acahte pâlit , et fut embarrassé. Télémaque, dont les yeux étaient toujours attachés sur lui, l'aperçut; il prit cet anneau. Je m'en vais, lui dit-il, l'envoyer à Adraste par les mains d'un Lucanien , nommé Poly trope , que vous connaissez, et qui paraîtra y aller secrètement de votre part. Si nous pouvons découvrir par cette voie votre intelligence avec Adraste, on vous fera périr impitoyablement par les tourmens les plus cruels ; si , au contraire , vous avouez dès à présent votre £siute, on vous la pardonnera, eh on se contentera de vous envoyer dans une ile où vous ne manquerez de rien. Alors Acante avoua tout; et Télémaque obtint des rois qu'on lui

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donnerait la vie , parce qu'il la lui avait promise. On l'envoya dans une des iles Êchinades ^ où il vécut en paix.

Peu de temps après , un Daunien d'une naissance obscure, mais d'un esprit violent et hardi, nommé Dioscore , vint la nuit dans le camp des alliés leur offrir d'égorger dans sa tente le roi Adraste. Il le pouvait; car on est maître de la vie des autres quand on ne compte plus pour rien la sienne. Cet homme ne respirait que la vengeance, parce que Adraste lui avait enlevé sa femme, qu'il aimait éperdument, et qui était égale en beauté à Vénus môme. Il était résolu, ou de faire périr Adraste et de reprendre sa femme, ou de périr lui-même. Il avait des intelligences secrètes pour entrer la nuit dans la tente du roi, et pour être favorisé dans son entreprise par plusieurs capitaines dauniens; mais il croyait avoir besoin que les rois alliés attaquassent en même temps le camp d' Adraste, afin que, dans ce trouble, il pût plus facilement se sauver et enlever sa femme. Il était content de périr, s'il ne pouvait l'enlever après avoir tué le roi.

Aussitôt que Dioscore eut expliqué aux rois ^on dessein , tout le monde se tourna vers Té-

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