‹ Aventures de TélémaqueChapitre 105 sur 158 · LIVRE XX. a · texte numérisé non relu

LIVRE XX. a

bkbles aux épis qui couvrent les sillons fertiles dans le temps des moissons. Déjà s'élevait un nuage de poussière qui dérobait peu à peu aux yeux des hommes la terre et le ciel. La confusion , l'horreur, le carnage, Timpitoyable mort, s'avançaient.

A peine les premiers traits étaient jetés, que Télémaque , levant les yeux et les mains vers le ciel , prononça ces paroles :

Jupiter, père des dieux et des hommes, vous voyez de notre côté la justice et la paix que nous n'avons point eu honte de chercher. C'est h regret que nous combattons ; nous voudrions épargner le sang des hommes ; nous ne baissons point cet ennemi même, quoiqu'il soit cruel, perfide et sacrilège. Voyez et décidez entre lui et nous : s'ilfaut mourir, nos vies sont dans vos mains : s'il faut délivrer lllespérie et abattre le tyran, ce sera votre puissance et la sagesse de Minerve, votre fille, qui nous donnera la victoire; la gloire vous en sera due. C'est TOUS qui , la balance en main , réglez le sort des combats : nous combattons pour vous; et, puisque vous êtes juste , Âdraste est plus votre ennemi que le nôtre. Si votre cause est victo* rieuse, avant la fin du jour le sang d'une

hécatombe entière ruissellera sur vos autels. Il dit, et à l'instant il poussa ses coursiers fougueux et écumans dans les rangs les plus pressés des ennemis. Il rencontra d'abord Périandre, locrien, couvert d'une peau de lion qu'il apfait tué dans la Cilicie, pendant qu'il y avait voyagé : il était armé , comme Hercule , d'une massue énorme; sa taille et sa force le rendaient semblable aux géans. Dés qu'il vit Télémaque , il méprisa sa jeunesse et la beauté de son visage. Cest bien à toi, dit-il, jeune efféminé, à nous disputer la gloire des combats! va, enfant, va parmi les ombres chercher ton père. En disant ces paroles, il lève sa massue noueuse, pesante, armée de pointes de fer; elle parait comme un mât de navire : chacun craint le coup de sa chute. Elle menace la tête du fils d'Ulysse; mais il se détourne du coup, et s'élance sur Périandre avec la rapidité d'un aigle qui fend les airs. La massue , en tombant, brise une roue d'un char auprès de celui de Télémaque. Cependant le jeune Grec ip&rce d'un trait Périandre à la gorge; le sang qui coule h gros bouillons de sa large plaie étoufTe sa voix : ses chevaux fougueux , ne sentant plus sa main défaillante, et les rênes flottant sur leur cou,

Page 1