‹ Aventures de TélémaqueChapitre 106 sur 158 · LIVRE XX. a · texte numérisé non relu

LIVRE XX. a

s^emportent çà et là : il tombe de dessus son char, les yeux déjà fermés à la lumière, et la pâle mort étant peinte sur son visage défiguré. Télémaque eut pitié de lui; il donna aussitôt son corps à ses domestiques^ et garda , comme une marque de sa victoire , la peau du lionavec la massue.

Ensuite il cherche Àdraste dans la mêlée; mais, en le cherchant, il précipite dans les enfers une foule de combattans : Hilée , qui avait attelé à son char deux coursiers semblables à ceux du soleil, et nourris dans les vastes prairies qu'arrose FÂufide ; Démoléon , qui , dans la Sicile , avait autrefois presque égalé Érix dans les combats du ceste; Crantor, qui avait été hôte et ami d'Hercule, lorsque ce fils de Jupiter, passant dans THespérie , y ôta la vie à l'infâme Cacus ; Ménécrate , qui ressemblait , disait-on , à PoUux dans la lutte; Hypocoon , salapien , qui imitait Tadresse et la bonne grâce de Castor pour mener un cheval; le fameux chasseur Euryméde , toujours teint du sang des ours et des sangliers qu'il tuait dans les sommets couverts de neige du froid Apennin, et qui avait été, disait-on , si cher à Diane , qu'elle lui avait appris elle-même à tirer des flèches ; Nicostrate ,

ik'jo TÉLÉMAQUE.

vainqueur d'un géant qui vomissait le feu dans les rochers du mont Gargan; Cléanthe, qui devait épouser la jeune Pholoé, fille du fleuve Liris. Elle avait été promise par son père k celui qui la délivrerait d'un serpent ailé qui était né sur les bords du fleuve , et qui devait la dévorer dans peu de jours, suivant la prédiction d'un oracle. Ce jeune homme, par un excès d^amour , se dévoua pour tuer le monstre ; il réussit ; mais il ne put goûter le fruit de sa victoire; et pendant que Pholoé , se préparant à un doux hyménée , attendait impatiemment Cléanthe , elle apprit qu'il avait suivi Âdraste dans les combats , et que la parque avait tranché cruellement ses jours. Elle remplit de ses gémissemens les bois et les montagnes qui sont auprès du fleuve ; die noya ses yeux de larmes , arracha ses beaux cheveux blonds , oublia les guirlandes de fleurs qu'elle avait accoutumé de cueillir, et accusa le ciel d'injustice. Comme elle ne cessait de pleurer nuit et jour, les dieux, touchés de ses regrets, et pressés par les prières du fleuve, mirent fin à sa douleur. A force de verser des larmes, elle fut tout à coup changée en fontaine qui, coulant dans le sein du fleuve, va joindre ses eaux à celles du

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