‹ Aventures de TélémaqueChapitre 115 sur 158 · LIVRE VINGT-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIÈME

A peine Adraste fut mort^ que tous les Dauniens, loin de déplorer leur défaite et la perte de leur chef, se réjouirent de leur délivrance; ils tendirent les niains aux alliés eu signe de paix et de réconciliation. Métrodore, fils d'Adraste, que son père avait nourri dans des maximes de dissimulation , d'injustice, et d'inhumanité, s'enfuit lâchement. Mais un esclave, complice de ses infaqaies et de ses cruautés , qu'il avait affranchi et comblé de biens, et auquel seul il se confia dans sa fuite , ne songea qu'à le trahir pour son propre intérêt : il le tua par derrière pendant qu'il fuyait, lui coij^a la tête, et la porta dans le camp des alliés, espérant une grande récompense d'un crime qui finissait la guerre. Mais on eut horreur de ce scélérat , et on le fit mourir. Télémaque ^ ayant vu la tête deMétrodore, qui était un jeune homme d'une merveilleuse beauté, et d'un naturel excellent , que les plaisirs et les mauvais exemples avaient

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corrompu^ ne put retenir ses brmes. Hélas!

s'écria-t-il ^ voilà ce que fait le poison de la prospérité pour un jeune prince : plus il a d'élévation et de vivacité , plus il s'égare et s'éloigne de tout sentiment de vertu. Et maintenant je serais peut-être de même , si les malheurs où je suis né, grâces aux dieux, et les instructions de Mentor, ne m'avaient appris h me modérer.

LesDauniens assemblés demandèrent^ comme l'unique condition de paix, qu'on leur permit de faire un roi de leur nation , qui pût effacer, par ses vertus , Topprobre dont Timpie Adraste avait couvert la royauté. Ils remerciaient les dieux d'avoir frappé le tyran ; ils venaient en foule baiser la main de Télémaque , qui avait été trempée dans le sang de ce monstre ; et leur défaite était pour eux comme un triomphe.

Ainsi tomba en un moment, sans aucune ressource, celte puissance qui menaçait toutes les autres dans THespérie, et qui faisait trembler tant de peuples : semblable à ces terrains qui paraissent fermes et immobiles , mais que l'on sape peu à peu par-dessous : long-temps on se moque du faible travail qui en attaque les fondeitiens; rien ne parait affaibli, tout est uni, rien ne s'ébranle; cependant tous les soutiens

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