‹ Aventures de TélémaqueChapitre 116 sur 158 · LIVRE XXL · texte numérisé non relu

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souterrains sont détruits peu à peu ^ jusqu'au moment où tout à coup le terrain s'affaisse , et ouvre un abîme. Ainsi une puissance injuste et trompeuse , quelque prospérité qu'elle se procure par ses violences, creuse elle-même un précipice sous ses pieds. La fraude et l'inhumanité sapent peu à peu tous les plus solides fondémens de l'autorité illégitime : on l'admire^ on la craint, on tremble devant elle, jusqu'au moment où elle n'est déjà plus ; elle tombe de son propre poids , et rien ne peut la relever, parce qu'elle a détruit, de ses propres mains, les vrais soutiens de la bonne foi et dé la justice, qui attirent l'amour et la confiance.

Les chefs de l'armée s'assemblèrent , dès le lendemain, pour accorder un roi aux Dauniens. On prenait plaisir à voir les deux camps confondus par une amitié si inespérée , et les deux armées qui n'en faisaient plus qu'une. Lé sage Nestor ne put se trouver dans ce conseil , parce que la douleur, jointe à la vieillesse, avait flétri son cœur, comme la pluie abat et fait languir, le soir, une fleur qui était , le matin , pendant la naissance de l'aurore, la gloire et l'ornement des vertes campagnes. Ses yeux étaient devenus

deux fontaines de larmes qui ne pouvaient 3. 19

!i9o TÉLÉMAQUE.

tarir : loin d^eux s'enfuyait le doux sommeil, qm charme les plus cuisantes peines; Fespérance, qui est la vie du coeur de l'homme, était éteinte en lui. Toute nourriture était amère à cet infortuné vieillard ; la lumière même lui était odieuse : son âme ne demandait plus qu'à quitter son corps , et qu'à se plonger dans l'éternelle nuit de l'empire de Pluton. Tous ses amis lui parlaient en vain ; son cœur, en défaillance , était dégoûté de toute amitié , comme un malade est dégoûté des meilleurs alimens. A tout ce qu'on pouvait lui dire de plus touchant , il ne répondait que par des gémissemens et des sanglots. De temps en temps, on l'entendait dire : Pisistrate, Pisistrate ! Pisistrate, mon fils , tu m'appelles! Je te suis, Pisistrate; tu me rendras la mort douce. mon cher fils ! je ne désire plus pour tout bien que de te revoir sur les rives du Styx. Il passait des heures entières sans prononcer aucune parole, mais gémissant, levant les mains et les yeux noyés de larmes vers le ciel.

Cependant les princes assemblés attendaient Télémaque, qui était auprès du corps de Pisistrate : il répandait sur son corps des fleurs à pleines mains ; il y ajoutait des parfums exquis, et versait des lannes amères. mon cher com-

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