‹ Aventures de TélémaqueChapitre 12 sur 158 · LIVRE XU · texte numérisé non relu

LIVRE XU

l'un sur l'autre* Tout y était apporté et tout en sortait librement. Tout ce qui entrait était utile; tout ce qui sortait laissait^ en sortant ^ d'autres richesses en sa place. La justice sévère présidait dans le port au milieu de tant de nations. La franchise, la bonne foi, la candeur , semblaient, du haut de ces superbes tours, appeler les marchands des terres les plus éloignées : chacun de ces marchands, soit qu'il vint des rives orientales où le soleil sort chaque jour du sein des ondes , soit qu'il fût parti de cette grande mer où le soleil, lassé de son cours, va éteindre ses feux^ vivait paisible et en sûreté dans Salente comme dans sa patrie.

Pour le dedans de la ville, Mentor visita tous les magasins , toutes les boutiques d'artisans, et. toutes les places publiques. Il défendit toutes les marchandises de pays étrangers qui pouvaient introduire le luxe et la mollesse. U régla les habits, la nourriture^ les meubles, la grandeur et l'ornement des maisons, pour toutes les conditions différentes. U bannit tous les omemens d'or et d'argent, et il dit à Idoménée : Je ne connais qu'un seul moyen pour rendre votre peuple modeste dans sa dépense , c'est que vous lui en donniez vous - même

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l'exemple. Il est nécessaire que vous ayez une certaine majesté dans votre extérieur; mais votre autorité sera assez marquée par vos gardes et par les principaux officiers qui vous environnent. Contentez - vous d'un habit de laine très - fine , teinte en pourpre ; que les principaux de l'état, après vous, soient vêtus de la même laine , et que toute la différence ne consiste que dans la couleur et dans une légère broderie d'or que vous aurez sur le bord de votre habit. Les différentes couleurs serviront à distinguer les différentes conditions, sans avoir besoin ni d'or, ni d'argent, ni de pierreries. Réglez les conditions par la naissance.

Mettez au premier rang ceux qui ont une noblesse plus ancienne et plus éclatante. Ceux qui auront le mérite et l'autorité des emplois seront assez contens de venir après ces anciennes et illustres familles^ qui sont dans une si longue possession des premiers honneurs.

Les hommes qui n'ont pas la même noblesse leur céderont sans peine, pourvu que vous ne les accoutumiez point à se méconnaître dans une trop promjpte et trop haute fortune, et que vous donniez des louanges à la modéra-

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