‹ Aventures de TélémaqueChapitre 11 sur 158 · LIVRE XII. a · texte numérisé non relu

LIVRE XII. a

réparer son tort. U est bien plus glorieux de se relever ainsi que de n'être jamais tombé.

Idoménée a fait les fautes que presque tous les rois font; mais presque aucun roi ne fait pour se corriger ce quMl vient de faire. Pour moi, je lie pouvais me lasser de Tadmirer dans les momens mêmes où il me permettait de le contredire. Âdmire7yle aussi y mon cher Télémaque : c'est moins pour sa réputation que pour votre utilité que je vous donné ce conseil.

Mentor fit sentir à Télémaque, par ce discours, combien il est dangereux d'être injuste en se laissant aller à. une critique rigoureuse contre les autres hommes, et surtout contre ceux qui sont chargés des embarras et des difficultés du gouvernement. Ensuite il lui dit : Il est temps que vous partiez ; adieu. Je vous attendrai, ô mon cher Télémaque! Souvenezvous que ceux qui craignent les dieux n'ont rien à craindre des hommes. Vous vous trouverez dans les plus extrêmes périls; mais sachez que Minerve ne vous abandonnera point.

• Aces mots, Télémaque crut sentir la pré** sence de la déesse, et il eût même reconnu que c'était elle qui parlait pour le remplir de confiance, si la déesse n'eût rappelé l'idée de Men-

toi*, en lui disant : N'oubliez pas, mon fils, tous les soins que j'ai pris pendant votre enfance pour vous rendre sage et courageux comme votre père. Ne faites rien qui ne soit digne de ses grands exemples , et des maximes de vertu que j'ai tâché de vous inspirer.

Le solfiîl se levait déjà , et dorait le sommet des montagnes, quand les rois sortirent de Salente pour rejoindre leurs troupes. Ces troupes , campées autour de la ville, se mirent en marche sous leurs commandans. On voyait de tous côtés briller le fer des piques hérissées; l'éclat des boucliers éblouissait les yeux; un nuage de poussière s'élevait jusqu'aux nues. Idoménée, avec Mentor , conduisait dans la campagne les rois alliés, et s'éloignait des murs de la ville. Enfin , ils se séparèrent , après s'être donné de part et d'autre les marques d'une vraie amitié; et les alliés ne doutèrent plus que la paix ne fût durable, lorsqu'ils connurent la bonté du cœur d'Idoménée, qu'on leur avait représenté bien différent de ce qu'il était : c'est qu'on jugeait de lui, non par ses sentimens naturels, mais par les conseils flatteurs et injustes auxquels il s'était livré.

Après que l'armée fut partie , Idoménée mena

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Mentor dans tous les quartiers de la ville.

Voyons, disait Mentor, combien vous avez d'hommes et dans la ville et dans la campagne voisine; faisons-en le dénombrement. Examinons aussi combien vous avez de laboureurs parmi ces hommes. Voyons combien vos terres portent, dans les annâss médiocres, de blé, de vin , d'huile , et des autres choses utiles : nous saurons par cette voie si la terre fournit de quoi nourrir tous ses habitans, si elle produit encore de quoi faire un commerce utile de son superflu avec les pays étrangers. Exanîinons aussi combien vous avez de vaisseaux et de matelots : c'est par-là qu'il faut juger de votre puissance. Il alki visiter le port , et entra dans chaque vaisseau. Il s'informa des pays où chaque vaisseau allait pour le commerce ; quelles mar^ chandises il y apportait , celles qu'il prenait au retour; quelle était la dépense du vaisseau pendant la navigation; les prêts que les marchands se faisaient les uns aux autres; les sociétés qu'ils faisaient entre eux , pour savoir si elles étaient équitables et fidèlement observées; enfin, les hasards des naufrages et les autred malheurs du commerce, pour prévenir la ruine des marchands^ qui, par l'avidité du gain, en

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treprennent souvent des choses qui sont audelà de leurs forces.

Il Toulut qu'on punit sévèrement toutes les banqueroutes^ parce que celles qui sont exemptes de mauvaise foi ne le sont presque jamais de témérité. En même temps il fit des régies pour faire en sorte qu'il ftit aisé de ne foire jamais banqueroute. Il établit des magistrats à qui les marchands rendaient compte de leurs effets, de leurs profits, de leurs dépenses, et de leurs entreprises. Il ne leur était jamais permis de risquer le bien d'autrui, et ils ne pouvaient même risquer que la moitié du leur. De plus, ils faisaient en société les entreprises qu'ils ne pouvaient faire seuls ; et la police de ces sociétés était inviolable par la rigueur des peines imposées à ceux qui ne les suivraient pas. D'ailleurs, la liberté du commerce était entière : bien loin de le gêner par des impôts, on promettait une récompense à tous les marchands qui pourraient attirer à Salente le commerce de quelque nouvelle nation.

Ainsi les peuples y accoururent bientôt en foule de toutes parts. Le commerce de. cette ville était semblable au flux et reflux de la mer. Les trésors y entraient comme les flots viennent

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