LIVRE XXI. 3ai
qui gardent la côte, ont voulu le repousser comme un ennemi qui vient faire une irruption ; mais, après avoir tiré son épée avec un air intrépide, il a déclaré qu'il saurait se défendre si on l'attaquait , mais qu'il ne demandait que la paix et l'hospitalité. Aussitôt il a présenté un rameau d'olivier, comme suppliant. On l'a écouté ; il a demandé à être conduit vers ceux qui gouvernent cette côte de l'Hespérie, et on l'amène ici pour le faire parler aux rois assemblés.
A peine ce discours fut-il achevé , qu'on vit entrer cet inconnu avec une majesté qui surprit toute l'assemblée. On aurait cru facilement que c'était le dieu Mars y quand il assemble sur les montagnes de la Thrace ses troupes sanguinaires. Il commença à parler ainsi :
vous, pasteurs des peuples, qui êtes sans doiite assemblés ici pour défendre la patrie contre ses ennemis, ou pour faire fleurir les plus justes lois , écoutez un homme que la fortune a persécuté. Fassent les dieux que vous n'éprouviez jamais de semblables malheurs ! Je suis Diomède, roi d'Étolie, qui blessai Vénus au siège de Troie. La vengeance de cette déesse me poursuit dans tout l'univers. Neptune , qui
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ne peut rien refuser à la divine fille de la mer, m'a livré à la rage des vents et des flots, qui ont brisé plusieurs fois mes vaisseaux contre les écueils. Linexorable Vénus m'a ôté toute espérance de revoir mon royaume , ma famille j et cette douce lumière d'un pays où je commençai à voir le jour en naissant. Non , je ne reverrai jamais tout ce qui m'a été le plus cher au monde. Je viens, après tant de naufrages, chercher sur ces rives inconnues un peu de repos et une retraite assurée. Si. vous craignez les dieux, et surtout Jupiter, qui a soin des étrangers, si vous êtes sensibles à la compassion, ne me reiîisez pas, dans ces vastes pays, quelque coin de terre infertile , quelques déserts , quelques sables , ou quelques rochers escarpés, pour y fonder , avec mes compagnons , une ville qui soit du moins une triste image de notre patrie perdue. Nous ne demandons qu'un peu d'espace qui vous soit inutile. Nous vivrons en paix avec vous dans une étroite alliance; vos ennemis seront les nôtres ; nous entrerons dans vos intérêts: nous ne demandons que la liberté de vivre selon nos lois.
Pendant que Diomède parlait ainsi, Télémaque, ayant les yeux fixés sur lui, montra