LIVRE DOUZIÈME
Toute l'armée des alliés dressait déjà ses tentes y et la campagne était couverte de riches pavillons de toutes sortes de couleurs, où les Hespériens fatigués attendaient le sommeil.
Quand les rois^ avec leur suite, furent entrés dans la ville, ib parurent étonnés qu'en si peu de temps on eût pu faire tant de bàtimens magnifiques , et que l'embarras d'une si grande guerre n'eût point empêché cette ville naissante de croître et de s'embellir tout à coup.
On admira la sagesse et la vigilance d'Idomenée, qui avait fondé un si beau royaume; et chacun concluait que , la paix étant faite avec lui, les alliés seraient bien puissans s'il entrait dans leur ligue contre les Dauniens.
On proposa à Idoménëe d'y entrer; il ne pul rejeter une si juste proposition , et il promit des troupes.
Mais comme Mentor n'ignorait rien de tout ce qui est nécessaire pour rendre un état florissant, il comprit que les forces d'Idoménée ne pouvaient pas être aussi grandes qu'elles le paraissaient; il le prit en particulier, et lui parla ainsi :
Vous voyez que nos soins ne vous ont pas été inutiles. Salente est garantie des malheurs qui la menaçaient. Il ne tient plus qu^à vous d'en élever jusqu'au ciel la gloire, et d'égaler la sagesse de Minos, votre aïeul, dans le gouvernement de vos peuples. Je continue à vous parler librement , supposant que vous le voulez, et que vous détestez toute flatterie. Pen* dant que ces rois ont loué votre magnificence, je pensais en moi-même à la témérité de votre conduite.
A ce mot de témérité^ Idoménëe changea de visage, ses yeux se troublèrent, il rougit, et peu s'en fallut qu'il n'interrompit Mentor pour lui témoigner son ressentiment. Mentor lui dit d'un ton modeste et respectueux , mais libre et hardi : Ce mot de témérité vous choque^