LIVRE XII
Il faut avoir des magistrats qui veillent sur les familles et sur les mœurs des particuliers. Veillez vous-même , vous qui n'êtes roi ^ c'eslràdire pasteur du peuple , que pour veiller nuit et jour sur votre troupeau ; par-là vous pré vien* drez un nombre infini de désordres et de crimes : ceux que vous ne pourrez prévenir, punissez-les d'abord sévèrement. C'est une clémence que de faire d'abord des exemples qui arrêtent le cours de l'iniquité* Par un peu de sang répandu à propos, on en épargne beaucoup pour la suite, et on se met en état d'être craint , sans user souvent de rigueur.
Mais quelle détestable maxime que de ne croire trouver sa sûreté que dans l'oppression de ses peuples! Ne les point faire instruire, ne les point conduire à la vertu , ne s'en faire jamais aimer , les pousser par la terreur jusqu'au désespoir , les mettre dans l'affreuse nécessité ou de ne pouvoir jamais respirer librement, ou de secouer le joug de votre tyrannique domination, est-ce là le vrai moyen de régner sans trouble? est-ce là le vrai chemin qui mène à la gloire ?
Souvenezr^ous que les pays où la domination du souverain e^t plus absolue , sont ceux où les
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souverains sont moins puissans. Ils prennent , ils ruinent tout, ils possèdent seuls tout l'état;^ mais aussi tout l'état languit, les campagnes sont en friche et presque désertes , les villes diminuent chaque jour , le commerce tarit. Le roi , qui ne peut être roi tout seul , et qui n'est grand que par ses peuples , s'anéantit lui-même peu à peu par l'anéantissement insensible des peuples dont il tire ses richesses et sa puissance. Son état s'épuise d'argent et d'hommes ; cette dernière perte est la plus grande et la plus irr)iparable. Son pouvoir absolu fait autant d'esclaves qu'il a de sujets. On le flatte , on fait semblant de l'adorer , on tremble au moindre de ses regards ; mais attendez la moindre révolution : cette puissance monstrueuse, poussée jusqu'à un excès trop violent, ne saurait durer; elle n'a aucune ressource dans le cœur des peuples; elle a lassé et irrité tous les corps de l'état; elle contraint tous les membres de ce corps de soupirer après un changement. Au premier coup qu'on lui porte , l'idole se renverse, se brise ^ et est foulée aux pieds. Le mépris, la haine, la crainte, le ressentiment, la défiance, en un mot toutes les passions se réunissent contre une autorité si odieuse. Le