LIVRE XII
d^établir pour Pagriculture rendront leur vie laborieuse; et, dans leur abondance, ils n'auront que le nécessaire, parce que nous retranchons tous les arts qui fournissent le superflu. Cette abondance même sera diminuée par la facilité des mariages et par la grande multiplication des familles. Chaque famille, étant nombreuse , et ayant peu de terres , aura besoin de la cultiver . par un travail sans relâche. C'est la mollesse et l'oisiveté qui rendent les peuples insolens et rebelles. Us auront du pain, à la vérité, et assez largement; mais ils n'auront que du pain et des fruits de leur propre terre, gagnés^ à la sueur de leur visage.
Pour tenir votre peuple dans cette modération, il faut régler^ dès à présent, l'étendue de terre que chaque famille pourra posséder.
Vous savez que nous avons divisé tout votre peuple en sept classes, suivant les différentes conditions; il ne faut permettre à chaque famille, dans chaque classe, de pouvoir posséder que l'étendue de terre absolument nécessaire pour nourrir le nombre de personnes dont elle sera composée. Cette règle étant inviolable, les nobles ne pourront faire des s^cquisitions
sur les pauvres : tous auront des terres; mais chacun en aura fort peu, et sera excité par-là à la bien cultiver. Si, dans une longue suite de temps ^ les terres manquaient ici, on ferait des colonies qui augmenteraient la puissance de cet état.
Je crois même que vous devez prendre garde à ne laisser jamais le vin devenir trop commun dans votre royaume. Si on a planté trop de vignes, il faut qu'on les arrache : le vin est la source des plus grands maux parmi les peuples ; il cause les maladies, les querelles, les séditions, l'oisiveté , le dégoût du travail , le désordre des familles. Que le vin soit donc réservé comme ,une espèce de remède, ou comme une liqueur très-rare, qui n'est employée que pour les sacrifices , ou pour les fêtes extraordinaires. Mais n'espérez point de faire observer une règle si importante , si vous n'en donnez vous-même l'exemple.
D'ailleurs il faut faire garder inviolablement les lois de Minos pour l'éducation des enfans. Il faut établir des écoles publiques où l'on enseigne la crainte des dieux, l'amour de la patrie, le respect des lois, la préférence de l'honneur aux plaisirs et à la vie môme.