‹ Aventures de TélémaqueChapitre 23 sur 158 · LIVRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIEME

Déjà la réputation du gouvernement doux et modéré dldoménée attire en foule de tous côtés des peuples qui viennent s'incorporer au sien , et chercher leur bonheur sous une si aimable domination. Déjà ces campagnes si long-temps couvertes de ronces et d'épines promettent de richm moissotis et des fruits jusqu'alors inconnus. La terré ouvre son sein au tranchant de la charrue, et prépare ses ri* chesses pour récompenser le laboureur : Tespérance reluit de tous côtés. On voit dans les vallons et sur les collines les troupeaux de moutons qui bondissent sur l'herbe, et les grands troupeaux de bœufs et de génisses qui font retentir les hautes montagnes de leurs mu* gissemens : ces troupeaux servent à engraisser les campagnes. C'est Mentor qui a trouvé le moyen d'avoir ces troupeaux. Mentor conseilla à Idoménée de faire avec les Peucètes , peuples voisins, un échange de toutes les choses superflues qu'on ne voulait plus souffrir dans Salente^

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avec ces troupeaux , qui manquaient aux Salontins.

En même temps la ville et les villages d'alentour étaient pleins d'une belle jeunesse qui avait langui long-temps dans la misère , et qui n'avait osé se marier, de peur d'augmenter leurs maux. Quand ils virent qu'Idoménée prenait des sentimens d'humanité , et qu'il voulait être leur père, ils ne craignirent plus la faim et les autres fléaux par lesquels le ciel afflige la terre. On n'entendait plus que des cris de joie, que les chansons des bergers et des laboureurs qui célébraient leurs hyménées. On aurait cru voir le dieu Pan avec une foule de satyres et de faunes mêlés parmi les nymphes, et dansant au son de la flûte à l'ombre des bois. Tout était tranquille et riant : mais la joie était modérée ; et les plaisirs ne servaient qu'à délasser des longs travaux : ils en étaient plus vifs et plus purs.

Les vieillards , étonnés de voir ce qu'ils n'avaient osé espérer dans la suite d'un si long âge ) pleuraient par un excès de joie mêlée de tendresse : ils levaient leurs mains tremblantes vers le ciel. Bénissez, disaient-ils, ô grand Jupiter , le roi qui vous ressemble , et qui est le

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