LIVRE Xm
donnant aux enfans une bonne éducation^ et à tout le peuple une exacte discijdine, pour le tenir dans une vie simple ^ sobre et laborieuse. Hé quoi! disais-je, ne peut-on pas soumettre un peuple sans le faiire mourir de faim 7 Quelle inhumanité! quelle politique brutale!
Combien voyons-nous de peuples traités doucement, et très -fidèles à leurs princes! Ce qui cause les révoltes , c'est l'ambition et l'inquiétude des grands d'un état , quand on leur a donné trop de licence , et qu'on a laissé leurs passions s'étendre sans bornes; c'est la multitude des grands et des petits qui vivent dans la mollesse , dans le luxe , et dans l\)isiveté ; c'est la trop grande sibond^nce d'hommes adonnés à la guerre qui ont négligé toutes les occupations utiles dans les tepaps de paix; enfin ^ c'est le désespoir de3 peuples maltraités; c'est la dureté, la hauteur des rois , et leur mollesse , qui les rend incapables de veiller sur tous les membres de l'état pour prévenir les troubles. Voilà ce qui cause les révoltes, et non pas le pain qu'on laisse manger en paix au laboureur, après qu'il l'a gagné à la sueur de son visage.
Quand Protésilas a vu que j'étais inébran-
lable dans ces maximes^ il a pris un parti lout opposé à ^a conduite passée : il a commencé k suivre ces maximes qu'il n'avait pu détruire; il a fait semblant de les goûter, d'en être convaincu , de m'avoir obligation de l'avoir éclairé Ik-dessus. Il va au devant de tout ce que je puis souhaiter pour soulager les pauvres; il est le premier à me représenter leurs besoins , et à crier contre les dépenses excessives. Vous savez même quil vous loue , qull vous témoigne de la confiance ) et qu'il n'oublie rien pour vous plaire. Pour Timocrate, il commence à n'être plus si bien avec Protésilas; il a songé à se rendre indépendant : Protésilas en est jaloux; et c'est en partie par leurs diflférens que j'ai découvert leur perfidie.
Mentor, souriant , répondit ainsi à Idoménée : Quoi donc! vous avez été faible jusqu'à vous laisser tyranniser pendant tant d'années par deux traîtres dont vous connaissiez la trahison! Âh! vous ne savez pas , répondit Idoménée , ce que peuvent les hommes artificieux sur un roi faible et inappliqué qui s'est livré à eux pour toutes ses affaires. D'ailleurs je vous ai d^'à dit que Protésilas entre maintenant dans toutes vos vues pour le bien public.