LIVRE QUATORZIÈME
ÀPitl^s avoir dit ces paroles, Mentor persuada à Idoménée qu'il fallait au plus lot chasser Protésilas et Timocrate , pour rappeler Philoclès. Uunique difficulté qui arrêtait le roi, c'est qu'il craignait la sévérité de Philoclès. J'avoue, disait-i), que je ne puis m'empécher de craindre un peu 3on retour, quoique je l'aime |et que je Festime. Je suis depuis ma tendre jeunesse accoutumé à des louanges, à des empressemens , et à des complaisances que je ne saurais espérer de trouver dans cet homme. Dès que je faisais quelque chose qu'il n'approuvait pas, son air triste me marquait assez qu'il me condamnait. Quand il était en particulier avec moi , ses manières étaient respectueuses et modjérées, mais sèches.
Ne voyez-vous pas , lui répondit Mentor, que les princes gâtés par la flatterie trouvent sec et austère tout ce qui est libre et ingénu. Ils vont même jusiqù'à s'imaginer qu'on n'est pas zélé
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pour leur service, et qu'on n'aime pas leur autorité^ dés qu'on n'a point l'àme servile, et qu'on n'est pas prêt à les flatter dans l'usage le plus injuste de leur puissance. Toute parole libre et généreuse leur paratt hautaine^ critique et séditieuse. Us deviennent si délicats que tout ce qui n'est point flatteur les blesse et les irrite. Mais allons plus loin. Je suppose que Philoclès est effectivement sec et austère : son austérité ne vaut-elle pas mieux que la flatterie pernicieuse de vos conseillers 7 Où trouvere^vous un homme sans défauts? et le défaut de vous dire trop hardiment la vérité n'est-il pas celui que vous devez le moins craindre? que dis-je? n'est-ce pas un défaut nécessaire pour corriger les vôtres, et pour vaincre le dégoût de la vérité où la flatterie vous a fait tomber? Il vous faut un homme qui n^aime que la vérité et vous; qui vous aime mieux que vous ne savez vous aimer vous-même; qui vous dise la vérité malgré vous ; qui force tous vos retranchemens; et cet homme nécessaire, c'estPhiloclès. Souvenez-vous qu'un prince est trop heureux quand il nait un seul homme sous son règne avec cette générosité; qu'il est le plus précieux trésor de l'état , et que la plus grande punition qu'il doit craindre d^ dieux