LIVRE XV
toi-même. Que dis-tu7... Tu ne dis rien!
rocher sauvage! je reviens à toi, nu, misérable, abandonné, sans nourriture; je mourrai seul dans cet antre : n'ayant plus mon arc pour tuer les bétes^ les bétes me dévoreront; n'importe. Mais, mon fils, tu ne parais pas mâchant, quelque conseil te pousse; rends mes armes, va-t'en.
Néoptolème , les larmes aux yeux , disait tout bas : Plût aux dieux que je ne fusse jamais parti de Scyros! Cependant je m'écrie : Ah! que vois-je? n'est-ce pas Ulysse? Aussitôt j'entends sa voix , et il me répond : Oui , c'est moi. Si le sombre royaume de Pluton se fût entr'ouvert, et que j'eusse vu le noir Tartare , que les dieux mêmes craignent d'entrevoir, je n'aurais pas été saisi, je l'avoue, d'une plus grande horreur. Je m'écriai encore : terre de Lemnos ! je te prends à témoin ! soleil , tu le vois , et tu le souffres! Ulysse me répondit sans s'émouvoir : Jupiter le veut, et je l'exécute. Oses-tu, lui disais-je, nommer Jupiter? Vois-tu ce jeune homme qui n'était point né pour la fraude , et qui souffre en exécutant ce que tu l'obliges de faire? Ce n'est pas pour vous tromper, me dit Ulysse, ni pour vous nuire , que nous venons ; c'est pour
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VOUS délivrer, vous guérir, vous donner la gloire de renverser Troie , et vous ramener dans votre patrie. C'est vous ^ et non pas Ulysse , qui êtes l'ennemi de Philoctéte:
Alors je dis à votre père tout ce que la fureur pouvait m'inspirer. Puisque tu m'as abandonné sur ce rivage , lui disai^je, que ne m'y laisses*tu en paix? Va chercher la gloire des combats et tous les plaisirs; jouis de ton bonheur avec les Atrides : laisse-moi ma misère et ma douleur. Pourquoi m'enlever? Je ne suis plus rien; je suis déjà mort. Pourquoi ne crois-tu pas encore aujourd'hui , comme tu le croyais autrefois, que je ne saurais partir; que mes cris et l'infection de ma plaie troubleraient les sacrifices? Ulysse, auteur de mes maux, que les dieux puissent te...! Mais les dieux ne m'écoutent point; au contraire, ils excitent mon ennemi. terre de ma patrie, que je ne reverrai jamais !... dieux, s'il en reste encore quelqu'un d'assez juste pour avoir pitié de moi , punissez , punissez Ulysse ; alors je me croirai guéri.
Pendant que je padais aihâi, votre père, tranquille , me regardait avec un air de compassion, comme un homme qui, loin d'être irrité, supporte et excuse le trouble d'un mal-