LIVRE XVm. Tioi
était conduit par l'amour pieux qu'un fik doit à son père. A peine fut-il auprès de Tenti'ée de la caverne ) qu'il entendit l'empire souterrain mugir. La terre tremblait sous ses pas ; le ciel s'arma d'éclairs et de feux qui semblaient ton^ber sur la terre. Le jeune fils d'Ulysse sentit soh cœur ému ; et tout son corps était couvert d'une sueur glacée; mais son courage se soutint : il leva les yeux et les mains au ciel. Grands dieux^ s'écria-t-il^ j'accepte ces présages que je crois heureux; achevez votre ouvrage! Il dit, et, redoublant ses pas, il se présente hardiment.
Aussitôt la fumée épaisse qui rendait l'entrée de la caverne funeste à tous les animaux , dès qu'ils en approchaient, se dissipa; l'odeur empoisonnée cessa pour un peu de temps* Télémaque entre seul; car quel autre mortel eût osé le suivre! Deux Cretois, qui l'avaient accompagné jusqu'à une certaine distance de la caverne , et auxquels il avait confié son dessein , demeurèrent tremblans et à demnmorts assez loin de là, dans un temple, disant des vœux , et n'eq>érant phis de revoir Télémaque.
Cependant le fils d'Ulysse , l'épée à la main , s'enfonce dans les ténèbres horribles. Bientôt il aperçoit une faible et sombre lueur, telle qu'on
^oa TÉLÉMAQUE.
la voit pendant la nuit sur la terre : il remarque les onabres légères qui voltigent autour de lui ; il les écarte avec son épée; ensuite il voit les tristes bords du fleuve marécageux dont les eaux bourbeuses et dormantes ne font que tournoyer. Il découvre sur ce rivage une fouie innombrable de morts privés de la sépulture^ qui se présentent en vain à Timpitoyable Caron. Ce dieu, dont la vieillesse éternelle est toujours triste et chagrine , mais pleine de vigueur , les menace , les repousse , et admet d'abord dans la barque le jeune Grec. En entrant, Télémaque entend les gémissemens d'une ombre qui ne pouvait se consoler.
Quel est donc, lui dit-il, votre malheur? qui étiez-vous sur la terre ? J'étais , répondit cette ombre , Nabopharzan , roi de la superbe Babylone ; tous les peuples de l'Orient tremblaient au seul bruit de mon nom : je me faisais adorer par les Babyloniens, dansun temple de marbre où j'étais représenté par une statue d'or, devant laquelle on brûlait nuit et jour les plus précieux parfums de l'Ethiopie; jamais personne n'osa me contredire sans être aussitôt puni : on inventait chaque jour de nouveaux plaisirs pour me rendre la vie plus délicieuse. J'étais encore