LIVRE XVIII. a
étaient imputés aux rois, qui ne doivent régner qu'afin que les lois régnent par leur ministère. On leur imputait aussi tous les désordres qui viennent du faste , du luxe , et de tous les autres excès qui jettent les hommes dans un état violent^ et dans la tentation de mépriser les lois pour acquérir du bien. Surtout on traitait rigoureusement les rois qui, au lieu d'être de bons et vigilans pasteurs des peuples, n'avaient songé qu'à ravager le troupeau comme des loups dévorans.
Mais ce qui consterna davantage Télémaque, ce fut de voir, dans cet abime de ténèbres et de maux , un grand nombre de rois qui avaient passé sur la terre pour des rois assez bons; ils avaient été condamnés aux peines du Tartare, pour s'être laissé gouverner par des hommes méchans et artificieux. Ils étaient punis pour les maux qu'ils avaient laissé faire par leur autorité. De plus, la plupart de ces rois n'avaient été ni bons ni méchans , tant leur faiblesse avait été grande; ils n'avaient jamais craint de ne pas connaître la vérité ; ils n'avaient point eu le goût de la verty , et n'avaient pas mis leur plaisir à faire du bien.