‹ Aventures de TélémaqueChapitre 85 sur 158 · LIVRE XVIII. ai · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. ai

des entrailles. Semblable à un métal dans une fournaise ardente, l'àme est comme fondue par ce feu vengeur ; il ne laisse aucune consistance j et il ne consume rien; il dissout jusqu'aux premiers principes de la vie, et on ne peut mourir. On est arraché à soi ; on n'y peut plus trouver ni appui , ni repos pour un sfiul instant : on ne vit plus que par la rage qu'on a contre soi-même , et par une perte de toute espérance qui rend forcené.

Parmi ces objets qui faisaient dresser les cheveux de Télémaque sur sa tète , il vit plusieurs des anciens rois de Lydie, qui étaient punis pour avoir préféré les délices d'une vie molle au travail^ qui doit être inséparable de la royauté pour le soulagement des peuples.

Ces rois se reprochaient, les uns aux autres, leur aveuglement. L'un disait à l'autre, qui avait été son fils : Ne vous avais-je pas recommandé souvent , pendant ma vieillesse et avant ma mort, de réparer les maux que j'avais faits par ma négligence? Le fils répondait : malheureux père ! c'est vous qui m'avez perdu ! c'est votre exemple qui m'a inspiré le faste, l'orgueil, la volupté, la dureté pour les hommes! En vous voyant régner avec tant de mollesse , avec tant

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de lâches flatteurs autour de vous , je me suis accoutumé à aimer la flatterie et les plaisirs. J'ai cru que le reste des hommes était, à l'égard des rois , ce que les chevaux et les autres bétes de charge sont à l'égard des hommes , c'est-^ dire des animaux dont on ne fait cas qu'autant qu'ils rendent de service, et qu'ils donnent de commodités. Je l'ai cru , c'est vous qui me l'avez fait croire ; et maintenant je souffre tant de maux pour vous avoir imité. A ces reproches , ils ajoutaient les plus affreuses malédictions, et paraissaient animés de rage pour s'entredéchirer.

Autour de ces rois voltigeaient encore , comme des hiboux dans la nuit, les cruels soupçons, les vaines alarmes, les défiances, qui vengent les peuples de la dureté de leurs rois, la faim insatiable des richesses , la fausse gloire toujours tyrannique, et la mollesse lâche qui redouble tous les maux qu'on souffre , sans pouvoir jamais donner de solides plaisirs.

On voyait plusieurs de ces rois sévèrement punis, non pour les maux qu'ils avaient faits, mais pour les biens qu'ils auraient dû faire. Tous les crimes des peuples , qui viennent de la négligence avec laquelle on fait observer les lois ,

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