‹ Aventures de TélémaqueChapitre 88 sur 158 · LIVRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIÈME

Lorsque Télémaque sortit de ces lieux, il se sentit soulagé, comme si on ayait ôté une montagne de dessus sa poitrine : il comprit, par ce soulagement , le malheur de ceux qui y étaient renfermés sans espérance d'en sortir jamais. Il était effrayé de voir combien les rois étaient plus rigoureusement tourmentés que les autres coupables. Quoi ! disait-il, tant de devoirs, tant de périls , tant de pièges, tant de difficultés de connaître la vérité pour se défendre contre les autres et contre soi-même; enfin, tant de tourmens horribles dans les enfers, après avoir été si agité, si envié, si traversé dans une vie courte! insensé celui qui cherche à régner! Heureux celui qui se borne à une condition privée et paisible, où la vertu lui est moins difficile !

En faisant ces réflexions, il se troublait au dedans de lui-même : il frémit, et tomba dans une consternation qui lui fit sentir quelque choae du désespoir de ces malheureux qo'il ve-

nait de considérer. Mais à mesure qu'il s'éloigna de ce triste séjour des ténèbres , de l'horreur et du désespoir, son courage commença peu à peu à renaître : il respirait et entrevoyait déjà de loin la douce et pure lumière du séjour des héros.

C'est dans ce lieu qu'habitaient tous les bons rois qui avaient jusqu'alors gouverné sagement les hommes : ils étaient séparés du reste des justes. Gomme les méchans princes souffraient dans le Tartare des supplices infiniment plus rigoureux que les autres coupables d'une condition privée, aussi les bons rois jouissaient, dans les champs-élysées , d'un bonheur infiniment plus grand que celui du reste des hommes qui avaient aimé la vertu sur la terre.

Télémaque s'avança vers ces rois , qui étaient dans des bocages odoriférans, sur des gazons toujours renaissans et fleuris : mille petits ruisseaux d'une onde pure arrosaient ces beaux lieux , ^et y faisaient sentir une délicieuse fraîcheur; un nombre infini d'oiseaux faisoient résonner ces bocages de leur doux chant. On voyait tout ensemble les fleurs du printemps qui naissaient sous les pas , avec les plus riches fruits de l'automne qui pendaient des arbres. Là , jamais

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