LIVRE XIX. aag
les ont couronnés de leurs {H'opres. mains ^ avec des couronnes que rien ne peut flétrir.
Télémaque, qui cherchait son père, et qui avait craint de le trouver dans ces beaux lieux, fut si saisi de ce goût de paix et de félicité, qu^il eût voulu y trouver Ulysse^ et qu'il s'affligeait d'être contraint lui-même de retourner ensuite dans la société des mortels. C'est ici , disait-il , que la véritable vie se trouve, et la nôtre n'est qu'une mort. Mais ce qui l'étonnait était d'avoir vu tant de rois punis dans le Tartare, et d'en voir si peu dans les champs-élysécs ; il cojmprit qu'il y a peu de rois assez fermes et assez courageux pour résister h leur propre. puissance, et pour rejeter la flatterie de tant de gens quj excitent toutes leurs passions. Ainsi , les bons rois sont très-rares; et la plupart sont si méchans que les dieux ne seraient pas justes si, après avoir souffert qu'ils aient abusé de leur puissance pendant la vie, ils ne les punissaient après leur mort.
Télémaque^ ne voyant point son père Ulysse parmi tous ces rois, chercha du moins des yeux le divin Laêrte, son grand-père. Pendantqu'îl le cherchait inutilement,, un vieillard vénérable et plein de majesté s'avança vers lui. Sa vieillesse ne ressemblait point à celle des hommes
a3o TÉLÉMAQUE.
que le poids des années accable sur la terre; on voyait seulement qu'il avait été vieux avant sa moii: : c'était un mélange de tout ce que la vieillesse a de grave , avec toutes les grâces de la jeunesse : car ces grâces renaissent même dans les vieillards les plus caducs ^ au moment où ils sont introduits dans les champs-élysées. Cet homme s'avançait avec empressement, et regardait Télémaque avec complaisance, comme une personne qui lui était fort chère. Télémaque , qui ne le reconnaissait point, était en peine et en suspens.
Je te pardonne, 6 ipon cher fils, lui dit le vieillard de ne me- point reconnaître ; je suis Arcésius , père de Laèrte. J'avais fini mes jours avant qu'Ulysse, mon petit «fils, partît pour aller au siège de Troie ; alors tu étais encore un petit enfant entre les bras de ta nourrice : dèslors j'avais conçu de toi de grandes espérances; elles n'ont point été trompeuses^ puisque je te vois descendu dans le royaume de Pluton pour chercher ton père, et que les dieux te soutiennent dans cette entreprise. heureux enfant, les dieux t'aiment, et te préparent une gloire égale à celle de ton père! heureux moi-même de te revoir! Cesse de chercher