‹ Aventures de TélémaqueChapitre 94 sur 158 · LIVRE XIX. a · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. a

mêmes : plus de désirs, plus de besoins, plus de craintes : tout est fini pour eux, excepté leur joie , qui ne peut finir.

Considère, mon fils, cet ancien roi Inachus qui fonda le royaume d'Argos. Tu le vois avec cette vieillesse si douce et si majestueuse : les fleurs naissent sous ses pas; sa démarche légère ressemble au vol d'un oiseau; il tient dans sa main \ine lyre d'ivoire , et , dans un transport éternel , il chante les merveilles des dieux. II sort de son cœur et de sa bouche un parfum exquis; l'harmonie de sa lyre et de sa voix ravirait les hommes et les dieux. Il est ainsi récompensé pour avoir aimé le peuple qu'il assembla dans l'enceinte de ses nouveaux murs , et auquel il donna des lois.

De l'autre côté, tu peux voir , entre ces myrtes, Cécrops, Égyptien, qui le premier régna dans Athènes, ville consacrée à la sage déesse dont elle porte le nom. Cécrops, apportant des lois utiles de l'Egypte, qui a été pour la Grèce la source des lettres et des bonnes mœurs, adoucit les naturels farouches des bourgs de l'Attique , et les unit par les liens de la société. Il fut juste, humain, compatissant : il laissa les peuples dans l'abondance, et sa famille dans la

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médiocrité^ ne youlant point que ses enfans eussent l'autorité après lui, parce qu'il jugeait que d'autres en étaient plus dignes.

Il faut que je te montre aussi dans cette petite vallée Érichton, qui inventa l'usage de l'argent pour la monnaie : il le fit en vue de faci* liter le commerce entre les iles de la Grèce ; mais il prévit l'inconvénient attaché à cette invention. Appliquez - vous 9 disait -il à tous les peuples, à multiplier chez vous les richesses naturelles , qui sont les véritables : cultivez la terre pour avoir une grande abondance de blé, de vin , d'huile et de fruits ; ayez des troupeaux innombrables qui vous nourrissent de leur lait , et qui vous couvrent de leur laine : par-là vous vous mettrez en état de ne craindre jamais la pauvreté. Plus vous aurez d'enfans, plus vous serez riches, pourvu que vous les rendiez laborieux; car la terre est inépuisable, et elle augmente sa fécondité à proportion du nombre de ses habitans qui ont soin de la cultiver : elle les paye tous libéralement de leurs peines; au lieu qu'elle se rend avare et ingrate pour ceux qui la cultivent négligemment. Attachez - vous donc principalement aux véritables richesses qui satisfont aux vrais besoins de l'homme.

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