LIVRE XX, ^r
pas mieux périr que vaincre par de tels moyens? Faut-il repousser la fraude par la . fraude 7 Sera* t-il dit que tant de rds , ligués pour punir Finipie Adraste de ses tromperies^ seront trompeurs comme lui 7 S'il nous est permis de faire comme Adraste, il n'est point coupable , et nous avons tort de vouloir le punir. Quoi! THeapérie entière, soutenue de tant de colonies grecques et de héros revenus du siège de Troie, n'a-t-elle point d'autres armes contre la perfidie et les parjures d'Adraste que la perfidie et le parjure? Vous avez juré ^ par les choses les plus sa-^ crées, que vous laisseriez Yenuse en. dépôt dans les mainsdesLucaniens* La garnison lucanienne, dites-vous, est corrompue par l'argent d'Adraste; je le crois comme vous : mais cette garnison est toujours à la solde des Lucaniens ; elle n'a point > refusé de leur obéir; elle a gardé, du moins en apparence , la neutralité. Adraste, ni les siens , ne sont jamais entrés dans Yenuse : le traité subsiste; votre serment n'est point oublié des dieux. Ne gardera-t-on les paroles données que quand on manquera de prétextes plausibles pour les violer 7 Ne sera-t-on fidèle et religieux pour les sermens que quand on n'aura rien à gagner en violant sa foi? Si l'amour de la vertu et la
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voisin, et de violer la foi donnée? Quelle 5era votre défiance mutuelle , votre division , votre ardeur à vous détruire les uns les autres?
Adraste n'aura plus besoin de vous attaquer; vous vous déchirerez assez vous-mêmes; vous justifierez ses perfidies.
rois sages et magnanimes , ô vous qui commandez avec tant d'expérience sur des peuples innombrables , ne dédaignez pas d'écouter les conseils d'un jeune homme! Si vous tombiezdans les plus afTreuses extrémités où la guerre précipite quelquefois les hommes^ il faudrait vous relever par votre vigilance et par les efforts de votre vertu ; car le vrai courage ne se laisse jamais abattre. Mais si vous aviez une fois rompu la barrière de l'honneur et de la bonne foi , cette perte est irréparable, vous ne pourriez plus ré- ^tablir ni la confiance nécessaire aux succès de toutes les affaires importantes, ni ramener les hommes aux principes de la vertu, après que vous leur auriez appris à les mépriser. Que craignez-vous? N'avez-vous pas assez de courage pour vaincre sans tromper? Votre vertu , jointe aux forces de tant de peuples, ne vous suffitelle pas ? Combattons , mourons s'il le faut, plu tôt que de vaincre si indignement. Adraste,