‹ Aventures de TélémaqueChapitre 100 sur 158 · LIVRE XX. a · texte numérisé non relu

LIVRE XX. a

rimpie Adraste, est dans nos mains, pourvu que nous ayons horreur d'imiter sa lâcheté et sa mauvaise foi.

Lorsque Télémaque acheva ce discours, il sentit que la douce persuasion avait coulé de ses lèvres, et avait passé jusqu'au fond des cœurs. Il remarqua un profond silence dans l'assemblée; chacun pensait, non à lui ni aux grâces de ses paroles, mais à la force de la vérité qui se faisait sentir dans la suite de son raisonnement : l'étDnnement était peint sur les visages. Enfin , on entendit un murmure sourd qui se répandait peu à peu dans l'assemblée : les uns regardaient les autres , et n'osaient parler les premiers ; on attendait que les chefs de l'armée se déclarassent ; et chacun avait de la peine à retenir ses sentimeus. Enfin , le grave Nestor prononça ces paroles :

Digne fils d'Ulysse , les dieux vous ont fait parler; et Minerve^ qui a tant de fois inspiré votre père, a mis dans votre cœur le conseil sage et généreux que vous avez donné. Je ne regarde point votre jeunesse ; je ne considère que Minerve dans tout ce que vous venez de dire. Vous avez parlé pour la vertu ; sans elle les plus grands avantages sont de vraies pertes;

258 TÉLÉMÂQUE.

sans elle on s'attire bientôt la vengeance de ses ennemis , la défiance de ses alliés, l'horreur de tous les gens de bien , et la juste colère des dieux. Laissons donc Venuse entre les mains des Lucaniens , et ne songeons plus qu'à vaincre Adraste par notre courage.

Il dit^ et toute l'assemblée applaudit à ces sages paroles; mais, en applaudissant, chacun étonné tournait les yeux vers le fils d'Ulysse , et on croyait voir reluire en lui la sagesse de Minerve, qui l'inspirait.

Il s'éleva bientôt une autre question dans le conseil des rois, où il n'acquit pas moins de gloire. Adraste, toujours cruel et perfide, envoya dans le camp un transfuge nommé Acante, qui devait empoisonner les plus illustres chefs de l'armée : surtout il avait ordre de ne rien épargner pour faire mourir le jeune Télémaque, qui était déjà la terreur des Dauniens. Télémaque , qui avait trop de courage et de candeur pour être enclin à la défiance, reçut sans peine avec amitié ce malheureux y qui avait vu Ulysse en Sicile, et qui lui raco<ntait les aventures de ce héros. Il le nourrissait, et tâchait de le consoler dans son malheur ; car Acante se plaignait d'avoir été trompé et traité indignement par

Page 1