‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 10 sur 228 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

la sagesse du malheureux Ulysse : tout mon plaisir est de secourir la vertu malheureuse*

L'officier auquel le roi envoya Texamen de notre affaire avait Téme aussi corrompue et aussi artificieuse que Sésostris était sincère et généreux. Cet officier se nommait Méthophis ; il nous interrogea pour tâcher de nous surprendre; et comme il Titque Mentor répon* dait avec plus de sagesse que moi , il le regarda a>ec aversion et ave^ défiance : car les méchants s'irritent contre les bons* 11 nous sépara, et depuis ce moment Je ne sus point ce qu'était devenu Mentor. Cette séparation fut un coup de foudre pour moi. Méthophis espérait toujours qu'en nous questionnant séparément il pourrait nous faire dire des choses contraires : surtout il croyait m*éblouir par irCS promesses flatteuses, et me faire avouer ce que Mentor lui aurait caché. Enfin il ne cherchait pas de bonne foi la vérité ; mais il voulait trouver quelque prétexte de dire au roi que nous étions des Phéniciens, pour nous Cèdre ses esclaves. En effet, malgré notre innocence et malgré la sagesse du roi , il trouva le moyen de le tramper.

Hélas ! à quoi les rois sont-ils exposés, les plus sages mêmes sont souvent surpris. Des hommes artificieux et intéressés les environnent. Les bons se retirent, parce qu'ils ne sont ni empressés ni flatteurs ; les bons attendent qu'on les cherche , et les princes ne savent guère les aller chercher : au contraire , les méchants sont hardis, trompeurs, empressés à s'insinuer et à plaire, adroits à dissimuler, prêts à tout faire contre l'honneur et la conscience pour contenter les passions de celui qui règne. 0 qu'un roi est malheureux d'être exposé aux artifices des mé* chants! 11 est perdu s'il ne repousse la flatterie, et sll

Q*aiine ceux qui disent harctiment la vérité. Voilà les réflexions que je disais dans mon malheur; et Je rappelais tout ce que j'avais oui dire à Mentor. Cependant Métiiophis m'envoya vers les montagnes du drsert d'Oasis avec ses esclaves , afin que je servisse avec eux à conduire ses grands troupeaux.

En cet endroit, Calypso intercompit Télémaque, disant : Ëh bien , que fîtes-vous alors , vous qui aviez préféré en Sicile la mort à la servitude? Télémaque répondit : Mon malheur croissait toujours ; je n*avais plus la misérable consolation de choisir entre la servitude et la mort. Il fallut être esclave , et épuiser pour ainsi dire toutes les rigueurs de la fortune. 11 ne me restait plus aucune espérance, et je ne pouvais pas même dire un mot pour travailler à me délivrer. Mentor m'a dit depuis qu'on l'avait vendu à des Éthiopiens, et qu'il les avait suivis en Ethiopie.

Pour moi, j'arrivai dans des déserts affreux : on y voit des sables brûlants au milieu des plaines. Des neiges qui ne fondent jamais font un hiver perpétuel sur le sommet des montagnes ; et on trouve seulement , pour nourriries troupeaux, des pâturages parmi les rochers, vers le milieu du penchant d&^es moQtagnes escarpées: les vallées y sont si profondes , qu'à peine le soleil y peut faire luire ses rayons;

Je ne trouvai d'autres hommes, en ce pays, que des bergers aussi sauvages (pie le pays même. Là, je passais les nuits à déplorer mon malheur, et les jours à suivre un ti'oupe^u, pour éviter la fureur brutale d'un premier esclave , qui , espérant d'obtenir sa liberté , accusait sans cesse les autres pour faire valoir à son maître son zèle et ' son attachement àses intérêts. Cet esclave se nommait Bu*

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