‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 9 sur 228 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

par lui-même, et qui était fort animé contre les Ty riens. Nous remontâmes donc encore le long du Nil . jusqu'à cette fameuse Thèbes à cent portes , où habitait ce grand roi. Cette ville nousj^arut d*une étendue immense, et plus peuplée que les plus florissantes villes de Grèce. La police y est parfaite *pour la propreté des rues, pour le cours des eaux, pour la commodité des bains, pour la culture des arts et pour la sûreté publique. Les places sont ornées de fontaines et d'obélisques; les temples sont de marbre, et d'une architecture simple, mais majestueuse. Le palais du prince est lui seul comme une grande ville : on n'y voit que colonnes de marbre , que pyramides et obélisques , que statues colossales , que meubles d*or et d'argent massif.

Ceux qui nous avaient pris dirent au roi que nous avions été trouvés dans un navire phénicien. Il écoutait chaque jour, à certaines heures réglées, tous ceux de ses sujets qui avaient , ou des plaintes à lui faire , ou des avis à lui donner. Il ne méprisait ni ne rebutait personne, et ne croyait êtce roi que pour faire du bien à tous ses sujets, qu'il aimait comme ses enfants. Pour les étrangers, il les recevait avec bonté, et voulait les voir, parce qu'il croyait qu'on apprenait toujours quelque chose d'utile en s'instruisant des mœurs et des maximes des peuples éloignés. Cette curiosité du roi fit qu'on nous présenta à lui. Il était sur un tr^ne d'ivoire, tenant en main un sceptre d'or. Il était déjà vieux , mais agréable , plein de douceur et de majesté : ij jugeait tous les jours les peuples, avec une patience et une sagesse qu'on admirait sans flatterie. Après avoir travaillé toute la journée à régler les affaires et à rendre une exacte justice , il se délassait le soir à écouter des hommes savanti^, ou à converser avec les plus

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honnêtes gens , qu il savait bien choisir pour les admettre dans sa familiarité. On ne pouvait lui reprocher en toute sa vie que d'avoir triomphé avec trop de faste des rois qu'il avait vaincus, et de s'être confié à un de ses sujets que Je vous dépeindrai tout à Theure»

Quand il me vit , il fut touché de ma Jeunesse et de ma douleur; il me demanda ma patrie et mon nom. Nous fâmes étonnés de la sagesse qui parlait par sa bouche. Je lui répondis : 0 grand roi , vous n'ignorez pas le siège de Troie, qui a duré dix ans, et sa ruine , qui a coûté tant de sang à toute la Grèce. Ulysse, mon père, a été un des principaux rois qui ont ruiné cette ville : il erre sur toutes les mers, sans pouvoir retrouver l'île d'itha— que , qui est son royaume. Je le cherche ; et un malheur semblable au sien fait que j'ai été pris. Rendez-moi à mon père et à ma patrie. Ainsi puissent les dieux vous conserver à vos enfants , et leur faire sentir la joie de vivre sous un si I)on père I

Sésostris continuait à me regarder d'un œil de compassion; mais, voulant savoir si ce que je disais était vrai, il nous renvoya à un de ses officiers, qui fut chargé de savoir de ceux qui avaient pris notre vaisseau si nous étions effectivement ou Grecs ou Phéniciens. S'ils sont Phéniciens, dit le roi, il faut doublement les punir, pour être nos ennemis, et plus encore pour avoir voulu nous tromper par un lâche mensonge; si au contraire ils sont Grecs, je veux qu'on les traite favorablement, et qu'on les renvoie dans leur pays sur un de mes vaisseaux : car j'aime la Grèce ; plusieurs Égyptiens y ont donné des lois. Je connais la vertu d'Hercule; la gloire d'Achille est parvenue jusqu'à nous, et j'admire ce qu'on m'a raconté de

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