‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 106 sur 228 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Yèrement la multitude superflue et la magniûcence des logements. Ces divers modèles de maisons, suivant la grandeur des familles , servirent à embellir à peu de frais une partie de la ville, et à la rendre régulière; au lieu que Tautre partie, déjà achevée suivant le caprice et le faste des particuliers, avait, malgré sa magniûcence, une disposition moins agréable et moins commode. Cette nouvelle ville fût bâtie en très-peu de temps , parce que la côte voisine de la Grèce fournit de bons architectes , et qu'on fit venir an très-grand nombre de maçons de l'Épire et de plusieurs autres pays, à condition qu'après avoir achevé leurs travaux ils s'établiraient autour de Salente, y prendraient des terres à défricher, et serviraient à peupler la campagne.

La peinture et la sculpture parurent à Mentor des arts qu'il n'est pas permis d'abandonner ; mais il voulut qu'on souffrît dans Salente peu d'hommes attachés à ces arts. Il établit une école où présidaient des maîtres d'un goût exquis, qui examinaient les jeunes élèves. Il ne faut, disaitil, rien de bas et de faible dans ces arts, qui ne sont pas absolument nécessaires. Par conséquent, on n'y doit admettre que des jeunes gens d'un génie qui promette beaucoup, et qui tendent à la perfection. Les autres sont nés pour des arts moins nobles, et ils seront employés plus utilement aux besoins ordinaires de la république. Il ne £Eiut, disait-il , employer les sculpteurs et les peintres ({ue poiir conserver la mémoire des grands hommes et des graor des actions. C'est dans les bâtiments publics, ou dans les tombeaux, qu'on doit conserver des représentations de tout ce qui a été fait avec une vertu extraordinaire pour le service de la patrie. Au reste, la modération et la frugalité de Mentor n'empêchèrent pas qu'il n'autorisât tous les grands bâtiments destinés aux courses des chevaux et de

chariots , aux combats de lutteurs, à ceux du oeste , et à tous les autres exercices qui cultivent les corps pour les rendre plus adroits et plus vigoureux.

Il retraucba uq nombre prodigieux de marchands qui vendaient des étoffes façonnées des pays éloignés , des broderies d'un prix excessif, des vases d'or et d'argent, avec des figures de dieux , d'hommes et d'animaux ; enfin , des liqueurs et des parfums. Il voulut même que les meubles de chaque maison fussent simples, et faits de manière à durer longtemps; en sorte que les Salentins, qui se plaignaient hautement de leur pauvreté, commencèrent à sentir combien ils avaient de richesses superflues : mais c'étaient des richesses trompeuses, qui les appauvrissaient, et ils devenaient effectivement riches à mesure qu'ils avaient le courage de s'en dépouiller. C'est s'enrichir, disafent-ils eux-mêmes , que de mépriser de telles richesses , qui épuisent l'État, et que de diminuer ses besoins, en les réduisant aux vraies nécessités de la nature.

x\Ientor se hâta d'aller visiter les arsenaux et tous les magasins, pour savoir si les armes et toutes les autres choses nécessaires à la guerre étaient en bon état ; car il faut , disait-il , être toujours prêt à faire la guerre, pour n'être jamais réduit au malheur de la faire. Il trouva que plusieurs choses manquaient partout. Aussitôt on assembla des ouvriers pour travailler sur le fer, sur Tader et sur l'airain. On voyait s'élever, des fournaises ardentes , des tourbillons de fumée et de flammes semblables à ces feux souterrains que vomit le mont Etna. Le marteau résonnait sur l'enclume, qui gémissait sous les coups redoublés. Les montagnes voisines et les rivages de la.mer en retentissaient; on eût cru être dans cette île où Yulcain, animant les Gyclopes , foi^e des foudres pour le père des

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