LIVRE X
septièmes, qai seront les derniers du peuple, d'une couleur mêlée de jaune et de blanc. Voilà les habits de sept conditions différentes pour les hommes libres. Tous les esclaves seront vêtus de gris-brun. Ainsi, sans aucune dépense , chacun sera distingué suivant sa condition , et on bannira de Salente tous les arts qui ne servent qu'à entretenir le faste. Tous les artisans qui seraient employés à ces arts pernicieux serviront ou aux arts nécessaires , qui sont en petit nombre, ou au commerce, ou à Fagricultare. On ne souffrira jamais aucun changement , ni pour la nature des étoffes, ni pour la forme des habits; car il est indigne que des hommes , destinés à une vie sérieuse et noble, s'amusent à inventer des parures affectées, ni qu'ils permettent que leurs femmes, à qui ces amusements seraient moins honteux, tombent jamais dans cet excès.
Mentor, semblable à un habile jardinier qui retranche dans ses arbres fruitiers le bois inutile, tâchait ainsi de retrancher le faste inutile qui corrompait les mœurs : il ramenait toutes choses à une noble et frugale simplicité. Il r^la de même la nourriture des citoyens et des esclaves. Quelle honte, disait-il , que les hommes les plus élevés fassentconsister leur grandeur dans les ragoûts , par lesquelsils amollissent leurs âmes, et minent insensiblement la santé deleurs corps I llsdoivent faire consister leur bonheur dans leur modération , dans leur autorité pour faire du bien aux autres hommes , et dans la réputation que leurs bonnes actions doivent leur procurer. La sobriété rend la nourriture la plus simple très-agréable. C'est elle qui donne, avec la santé la plus vigoureuse, les plaisirs les plus purs et les plus constants. Il faut donc borner vos repas aux viandes les meilleures , mais apprêtées sans aucun ragoût. C'est un art pour empoisonner les hommes , que celui d'irriter leur appétit au delà de leur vrai besoin.
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Idoménée comprit bien qa*ii avait eu tort de laisser les habitants de sa nouvelle vilie amollir et corrompre Leurs mœurs , en violant toutes les lois de Minos sur la sobriété ; mais le sage Mentor lui fit remarquer que les lois mêmes , quoique renouvelées, seraient inutiles, si l'exemple du roi ne leur donnait une autorité qui ne pouvait venir d'ailleurs. Aussitôt Idoménée régla sa table, où il n'admit que du pain excellent, de vin du pays , qui est fort et agréable , mais en fort petite quantité, avec des viandes simples, telles qu'il en mangeait avec les autres Grecs au siège de Troie. Personne n'osa se plaindre d'une règle que le roi s'imposait lui-même ; et chacun se corrigea de la profusion et de la délicatesse où l'on commençait à se plonger pour les repas.
Mentor retrancha ensuite la musique molle et efféminée qui corrompait toute la jeunesse. Il ne condamna pas avec une moindre sévérité la musique bachique, qui n'enivre guère moins que le vin , et qui produit des mœurs pleines d'emportement et d*impudence. Il borna toute la musique aux fêtes dans les temples, pour y chanter les louanges des dieux et des héros qui ont donné l'exemple des plus rares vertus. Il ne permit aussi que pour les temples les grands ornements d'architecture, tels que les colonnes, les frontons , les portiques ; il donna des modèles d'une architecture simple et gracieuse, pour faire, dans un médiocre espace , une maison gaie et commode pour une famille nombreuse, en sorte qu'elle fût tournée à un aspect sain, que les logements en fussent dégagés les uns des autres, que l'ordre et la propreté s'y conservassent facilement, et que l'entretien fût de peu de dépense.
Il voulut que chaque maison un peu considérable eût un salon et un petit péristyle, avec de petites chambres pour toute^ ^^^ personnes libres. Mais il défendit très-sé-