‹ Aventures de Télémaque suives du recueil des Fables. Composées pour l'éducation de Monseigneur le Duc de BourgogneChapitre 111 sur 228 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Nymphes, et dansant au son de taflûteà Tombredes bois. Tout était tranquille et riant ; mais la joie était modérée , et ies plaisirsne servaient qu'à délasser des longs travaux ; ils ea étaient plus vifs et plus purs.

Les vieillards , étonnés de voir ce qu'ils n'avaient osé espérer dans la suite d'un si long âge , pleuraient par un excès de joie mêlée de tendresse ; ils levaient leurs mains tremblantes vers le ciel. Bénissez , disaient-ils , 6 grand Jupiter, le roi qui vous ressemble, et qui est le plus grand don que vous nous ayez fait ! Il est né pour le bien des hommes, rendez-lui tous les biens que nous recevons de lui. r^os arrière-neveux , venus de ces mariages qu'il favorise, hii devront tout , jusqu'à leur naissance ; et il sera véritablement le père de ses sujets. Les jeunes hommes, et les jeunes filles qu'ils épousaient, ne faisaient éclater leur joie qu'en chantant les louanges de celui de qui cette joie si douce leur était venue. Les bouches, et encore plus les cœurs, étaient sanscesse remplis de son nom. On se croyait heureux de le voir ; on craignait de le perdre : sa perte eût été la désolation de chaque famille.

Alors Idoménée avoua à Mentor qu'il n'avait jamais senti de plaisir aussi touchant que celui d'être aimé, et de rendre tant de gens heureux. Je ne l'aurais jamais cru , disait-il : il me semblait que toute la grandeur des princes ne consistait qu'à se faire craindre; que le reste des hommes était fait pour eux ; et tout ce que j'avais oui dire des rois qui avaient été l'amour et les délices de leurs peuples me paraissait une pure fable : j'en reconnais maintenant la vérité. Mais il faut que je vous raconte comment on avait empoisonné mon cœur, dès ma plus tendre enfance, sur l'autorité des rois. C'est ce qui a causé tous les malheurs de ma vie. Alors Idoménée commença cette narration :

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