UVRE XI
cbantes qu'il m'avait données de son désintéressement et de sabonnefoi. Cependant que pouvais-je faire? quel moyen de résister à une lettre où Je croyais être sûr de reconnaître l'écriture de PhUoclès ?
Quand Timocrate vit que je ne pouvais plus résister à son artifice , il le poussa plus loin. Oserai-je, me dit-il en hésitant, vous faire remarquer un mot qui est dans cette lettre? Philoclès dit à son ami qu'il peut parier en confiance à Protésilas sur une chose qu'il ne désigne que par un chiffre : assurément Protésilas est entré dans Je dessein de ^liloclès, et ils se sont raccommodés à vos dépens. Vous savezquec'estProtésilasqui vous apresséd*envoyer Pliilodès contre les Garpathiens. Depuis un certain temps il a cessé devons parier contre lui , comme il le faisait souvent autrefois. Au contraire, il le loue, il l'excuse en toute occasion : ils se voyaient depuis quelque temps avec assez d'honnêtetés. Sans doute Protésilas a pris avec Piiiloclès des mesures pour partager avec lui la conquête de Garpathie. Vous voyez même qu'il a voulu qu'on fit cette entreprise contre toutes les règles , et qu'il s'expose à faire périr votre armée navale, pour contenter son ambition. Croyez- , vous qu'il voulût servir ainsi à celle de Philoclès , s'ils étaient encore mal ensemble ? Non , non , on ne peut plus douter que ces deux hommes ne soient réunis pour s'élever ensemble à une grande autorité, et peut-être pour renverser le trône où vous régnez. En vous parlant ainsi, Je sais que Je m'expose à leur ressentiment, si , malgré mes avis sincères , vous leur laissez encore votre autorité dans les mains : mais qu'importe , pourvu que Je vous dise la vérité?
Ces dernières paroles de Timocrate firent une grande impression sur moi : Je ne doutai plus de la trahison de
Philoclès , et Je me défiai de Protésilas comme de son ami. Cependant Timocrate me disait sans cesse : Si vous attendez que Philoclès ait conquis l'île de Garpathie, il ne sera plus temps d'arrêter ses desseins ; hâtez- vous de vous en assurer pendant que vous le pouvez. J'avais horreur de la profonde dissimulation des hommes; je ne savais plus à qui me fier. Après avoir découvert la trahison de Philoclès , je ne voyais plus d'homme sur la terre dont la vertu pût me rassurer. J'étais résolu de faire au plus tôt périr ce perfide; mais je craignais Protésilas, et je ne savais comment faire à son égard. Je craignais de le trouver coupable, et je craignais aussi de me fier à lui. Enfm, dans mon trouble , je ne pus m'empêcher de lui dire que Philoclès m'était devenu suspect. Il en parut surpris ; il me représenta sa conduite droite et modérée; il m'exagéra ses services; en un mot , il fit tout ce qu'il fallait pour me persuader qu'il était trop bien avec lui. D'un autre côté , Timocrate ne perdait pas un moment pour me faire remarquer cette intelligence , et pour m'obliger à perdre Philoclès pendant que je pouvais encore m'assurer de lui. Voyez, mon cher ISfentor, combien les rois sont malheureux, et exposés à être le jouet des autres hommes, lors même que les autres hommes paraissent tremblants à leurs pieds !
Je crus faire un coup d'une profonde politique, et déconcerter Protésilas, en envoyant secrètement à L'armée navale Timocrate pour faire mourir Philoclès. Protésilas poussa jusqu'au bout sa dissimulation , et me trompa d'autant mieux qu'il parut plus naturellement comme un homme qui se laissait tromper. Timocrate partit donc, et trouva Philoclès assez embarrassé dans sa descente : il manquait de tout; car Protésilas , ne sachant si la lettre supposée pourrait faire périr son ennemi, voulait avoir en